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04/08/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 6/5ème partie)

Bienvenue sur Deliciosa couv.jpgAucune trace de la merveilleuse Félina. J’en arrive même à me demander si je n’ai pas rêvé tout ce que je te raconte…

- Onirisme quand tu nous tiens… Je me demande quel est le rôle de ces deux escorts… Il est bien possible qu’Anlow ait pratiqué de la même façon avec Eva…

- Ce qui me déplait fortement, dit Oncle Tom. Je ne suis pas partageur…

- Je m’en doute et je me demande si ces deux-là ne sont pas des leurres…

Ils quittèrent la salle de sport après avoir pris une bonne douche et se dirigèrent vers la terrasse de la paillote de la plage où ils s’installèrent pour prendre l’apéritif sous un parasol qui les protégeait des ardeurs des luminaires qui tenaient lieu de soleils. John prit un TnT, boisson pétillante et alcoolisée qui rappelait vaguement un mélange rhum champagne. Tom préféra une double absinthe, une DeeZee, qui prenait une couleur bleutée quand on y versait de l’eau. Ils trinquèrent à leur bonne santé et l’oncle reprit là où il en était : « Je me surprends moi-même et ce n’est pas normal. Toute ma vie, j’ai été proche des femmes. Je les ai manipulées, j’en ai toujours fait ce que j’ai voulu et voilà que je me fais prendre au piège comme un bleu ! Ce n’est pas pensable… Pas moi, pas Oncle Tom, « l’Etalon Noir » ! Oui, c’est comme ça qu’on m’appelait dans mon quartier. Et puis aussi, « Tom le magnifique »…

- Sur la Terre, tu étais le chouchou de ces dames, ironisa John.

- C’est cela et tu n’imagines pas à quel point… Je suis né dans la banlieue de Blackpool, dans un quartier terriblement défavorisé comme on dit. Je n’ai jamais connu ma mère biologique et encore moins mon père. Je fus recueilli par une grosse maquerelle, Madame Blunt qui tenait une maison de passe clandestine de très bas étage tout au fond du ghetto noir qu’on appelle « Black Town West» ou « BTW ». On ne peut pas imaginer pire coin pour élever un gamin. Je passais le plus clair de mon temps dans la rue ou dans les jupes des prostituées de « Mamy Blunt » vu que c’est comme ça que tout le monde appelait la vieille femme ridée au teint grisâtre qui s’occupait de moi. Son âge me la faisait considérer comme ma grand-mère plus que comme ma mère. Je n’ai aucun souvenir de ma petite enfance. Je me rappelle seulement du cagibi sous l’escalier dans lequel je devais me réfugier le soir après le repas. Je m’y endormais en entendant les grincements des marches sous les pas des clients que les filles emmenaient baiser dans les chambres… A l’école, je ne fus pas un élève brillant, bien au contraire. Je m’acoquinais avec les pires cancres et rebelles et n’appris guère qu’à me faire respecter à grands coups de pieds et de poings. A onze ans, une grosse fille qui me faisait la toilette profita d’une de mes toutes premières érections pour me déniaiser gentiment…

- Qu’est-ce que tu me racontes ? Ces putes te donnaient le bain, comme à un bébé ?

- Tu as parfaitement compris… J’étais leur bébé à toutes. Elles adoraient s’occuper de moi, comme de leur poupée, me laver, me brosser, me peigner, m’habiller, même grand. Et moi, je me laissais faire jusqu’à cette époque là. J’étais bien jeune et bien naïf et après tout, ce n’était pas du tout désagréable. La grosse ne sut pas se montrer discrète. Elle raconta à tout le bordel comment j’étais devenu un homme. Bon nombre de filles en profitèrent. Sans doute cela les changeait-elles de leurs clients habituels, obsédés sexuels, contrefaits, vieillards ou solitaires rejetés et autres déchets humains peu ragoûtants. Un peu de chair fraîche dans un monde de brutes ne se refusait pas. Pour ma part, j’en retirai une éducation sexuelle aussi poussée que précoce. Quand Mamie Blunt se rendit compte de la tournure que prenaient les choses, elle y mit promptement le holà. Il était hors de question de me transformer en sex toy. Pour me soustraire aux menées libidineuses de ses filles, elle m’envoya dans un internat assez coté dans lequel je ne restais pas plus d’une quinzaine, juste le temps de me faire renvoyer. Ce fut ma dernière expérience éducative…

- Les études, ce n’était pas ton fort !

- Je ne rentrai pas chez Mamy Blunt. Je traînai dans les rues et me fit rapidement admettre dans une bande de petits voyous de bas étage qui vivaient de toutes sortes de trafics et d’expédients. A cette époque-là, la police de Blackpool ne rentrait quasiment plus dans le BTW. C’était trop dangereux. Elle en contrôlait très vaguement les accès et nous, à l’intérieur, on avait carte blanche. En fait, un ordre avait simplement pris la place d’un autre. La zone était partagée entre deux puissantes bandes dirigées par deux parrains. D’un côté, il y avait les Pakis qui obéissaient à leur chef Abd El Moumia que tout le monde appelait Moumia et de l’autre, les Blacks aux ordres de KJ, autrement dit « King Johnson ». Les territoires correspondaient à peu près à l’emplacement des deux populations. Tous les incidents se produisaient en limite de fiefs. Les Pakis essayaient sournoisement de nous grignoter et nous, nous nous défendions. Des fois, cela allait très loin. Il y a eu de véritables batailles rangées pour la conquête d’un simple bloc de six immeubles. Une fois, 18 morts (dix Pakis et 8 frères blacks quand même) et plus de quarante blessés sont restés sur le carreau. Et pas de police ni d’ambulance pour intervenir. Rien. Ces salauds se disaient qu’on allait s’entretuer jusqu’au dernier, qu’il suffisait de rester assis au bord du fleuve et d’attendre tranquillement que les cadavres glissent au fil de l’eau. Mais rien ne s’est passé comme ça…

- Je me rappelle en effet qu’à une époque, le mot d’ordre était de laisser les ghettos s’autogérer, commenta le traqueur, on ne pouvait pas intervenir. Les dirigeants craignaient plus que tout la bavure, les médias étaient à l’affût… Imagine un asthmatique, un cardiaque qui aurait passé l’arme à gauche dans une manifestation ou lors d'une intervention des flics !

- De toutes les façons, les dernières opérations policières s’étaient toutes soldées par une dérouillée en bonne et due forme. Les Pakis et nous, on oubliait tous nos différents le temps de nous en prendre aux flics et eux n’avaient pas le droit de nous tirer dessus. On s’est pas gênés pour les massacrer !

- Et c’est juste après ce « Bloody Friday » où il y a eu plusieurs centaines de blessés, dont certains très graves du côté de la police, qu’ils ont décidé d’édifier un mur autour du BTW. Ca a un peu renâclé dans les médias, mais bizarrement, cela s’est vite calmé, car le phénomène était mondial. Les banlieues brûlaient un peu partout dans la Fédération Occidentale et l’heure n’était plus à l’arrosage des lieux à coup de milliards de subventions dans l’espoir imbécile d’acheter la paix sociale…

- Tu sais, John, à l’époque j’étais encore très jeune. Je n’avais qu’une envie, survivre. Notre petit groupe se trouvait tout en bas de l’échelle du gang de KJ. Nous dépendions de plus vieux que nous, des gars de 18 ou 20 ans qui se baladaient avec de vrais guns et étaient les véritables hommes de main du boss. Encore qu’ils devaient certainement obéir à d’autres un peu plus haut placés. Nous avons commencé comme petits revendeurs de GeeGee, la green grass, l’herbe à fumer qui rend béat, baba et même complètement abruti. Il fallait qu’on en case la plus grande quantité possible. Les grands venaient chaque soir relever les compteurs et si on n’avait pas bien vendu, on passait un sale quart d’heure. On vivait dans un squat l’été et dans la cave d’un immeuble louche l’hiver. Ils nous laissaient tellement peu pour vivre que souvent il me fallait soit aller manger chez Mamy Blunt qui n’avait pas le cœur à me renvoyer affamé et réduit à voler de la nourriture dans les derniers magasins de la zone. Petit à petit, nous allions nous transformer en clochards, en SDF, en rats d’égout, quand il me vint une idée. En allant dans la partie chic de la ville, on pourrait vendre plus facilement et surtout beaucoup plus cher notre bonne herbe. Le quartier était bouclé, mais il devait bien y avoir des passages possibles. Comment les commerçants de BTW approvisionnaient-ils leurs étals ? Comment nos chefs faisaient-ils entrer les ballots de GeeGee ?

A SUIVRE

09:00 Publié dans Concept, Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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