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25/10/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 7/5ème partie)

Peu de temps après, nous vîmes débarquer dans le village d’étranges démarcheurs. Ils proposaient de nous racheter nos terres pour des sommes relativement intéressantes. L’un d’eux, un certain N’Komo, un grand black assez mince et toujours poli dans un joli costume gris clair de bonne coupe, s’intéressa au terrain de ma grand-mère. Il lui fallut beaucoup de persévérance et de persuasion avant de parvenir à lui faire signer l’acte de vente. Estimant sans doute qu’elle obtenait une somme suffisante pour vivoter jusqu’à sa mort, elle finit par céder. Ce qu’elle ignorait c’est que le charmant frère N’Komo travaillait pour un gros magnat chinois qui avait fait fortune dans la recherche pétrolière et dans l’extraction de métaux précieux et qui cherchait à se constituer un immense domaine. Petit à petit, morceau par morceau, paquet de dolros par paquet de dolros, il reconstituait minutieusement, en le sachant ou non, quelque chose qui ressemblait bizarrement à l’ancienne ferme Van de Welde. Sa propriété représentait à peu près les trois quart de ce que possédait le couple d’afrikaners, mais en plus morcelé, avec des enclaves, comme autant de pièces dans un vieux drap de lit. En effet, certains micros propriétaires avaient refusé de se dessaisir de leur unique bien. Huan Hing, le potentat asiatique, ne désespérait pas de finir par récupérer tôt ou tard ces morceaux de terre manquants. Se plaçant sur un créneau complètement différent de celui des anciens propriétaires, le chinois, lui, s’intéressait non pas à ce qu’on pouvait faire pousser à la surface, mais à ce qu’on pouvait tirer du sous sol. Il commença à faire creuser des puits et des galeries tout en laissant le territoire revenir à l’état sauvage et en entamant les démarches pour faire classer sa propriété en réserve naturelle privée… Il sut s’entourer d’une garde prétorienne composée de nervis chinois armés jusqu’aux dents et renforcée d’auxiliaires noirs, enrôlés uniquement parmi les Koyus, nos ennemis héréditaires. Pragmatique et rusé, il n’avait nulle envie de finir son existence comme les précédents propriétaires. Il chassa les occupants de la maison de maître, la rétablit dans sa splendeur et l’améliora en y ajoutant tous les attributs du nouveau riche : climatisation, robotisation, piscine lagon, jacuzzi, vidéo surveillance, home cinéma avec immense écran en néo-plasma, garage de taille adaptée pour y ranger ses navettes, shuttles et autres glisseurs. Pour parfaire la sécurité et garder les animaux de sa future réserve naturelle, il fit entourer le domaine d’une clôture de barbelés électrifiés de deux mètres de haut avec tours de guet et postes de garde, obligeant ainsi les derniers petits propriétaires piégés par l’emplacement de leurs enclaves à en passer par ses hommes pour pouvoir accéder à leurs biens…

A l’euphorie des débuts (jamais le village n’avait disposé d’autant d’argent), succéda la morosité des lendemains qui déchantent. Les villageois dilapidèrent très vite leurs petits pécules en boisson ou en bien de consommation aussi divers que peu utiles et eurent bien entendu l’impression de s’être fait spolier. Ils grognèrent longtemps autour de l’arbre à palabres. Les plus excités parlèrent d’aller régler son compte au gros nabab chinois. Mais cela n’alla jamais plus loin. Personne n’osa se frotter à la milice surarmée du nouveau colon. N’ayant même plus la possibilité de cultiver, les plus courageux durent se résoudre à se faire embaucher par l’asiatique pour aller travailler dans ses mines ou pour installer ses derricks de forage ! L’Histoire qui ne repasse jamais les plats aux mêmes bégayait étrangement…

- Oignez vilain, il vous poindra. Poignez vilain, il vous oindra, lança John, sentencieux.

- Qu’est-ce que tu nous chantes ? demanda Tom Green.

- Bof, ce n’est qu’un très ancien proverbe qui signifie : «  Passez de la pommade à un pouilleux et il vous remerciera en vous frappant. Cognez-lui dessus et il vous passera de la pommade. » Moi, j’ai toujours procédé comme cela dans mon boulot et je n’ai jamais eu à m’en plaindre !

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08:45 Publié dans Concept, Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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