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25/09/2012

Bienvenue sur Déliciosa (Chapitre 7/2ème partie)

Une grosse femme toute souriante se leva de sa chaise.

- On l’applaudit ! brailla Balena.

Et quand le silence revint, elle énonce un autre nom : « Vincent Tcheng, 149 kg ».

Et un énorme chinois, gras comme un bouddha se fit connaître à l’assistance. Et l’appel continua avec cette liste d’obèses plus ou moins vieux, plus ou moins décatis qui ne donnait pas une image vraiment glamour de l’espèce humaine.

- Et bien, leurs nuits torrides sur Voluptuosa vont ressembler à des accouplements de baleines et de cachalots, persifla Eva. Ca ne va pas être bien ragoûtant !

Balena terminait son palmarès quand Tom ne put s’empêcher d’intervenir : « Madame, j’ai une question à vous poser… »

- Faîtes, mon ami, faîtes, l’encouragea la ventripotente responsable.

- Comment se fait-il que vous ayez sélectionné uniquement des personnes âgées et obèses en écartant les plus jeunes et les plus sportifs ?

- Il faut atteindre une certaine masse critique pour résister aux inconvénients de la mise sous deuxième RTT. Si votre poids est trop faible, il est médicalement prouvé que vous ne pourrez pas résister au voyage… Je suis désolée que vous et vos amis n’ayez pas été retenus, mais c’est ainsi, nous sommes responsables de votre intégrité physique. Il ne vous reste plus qu’à mettre les bouchées doubles, si je peux m’exprimer ainsi, et vous ferez partie du prochain voyage…

- Madame Balena, lança John dans la foulée, vous venez de sélectionner les partants, mais nos rangs étaient déjà clairsemés. D’autres résidents avaient déjà disparu de la circulation. Je pense en particulier à Mademoiselle White… Pouvez-vous nous dire où elle est ? Nous commençons à être inquiets à son sujet…

- Il n’y a pas de quoi, Monsieur J.S.Kwick, répondit-elle, cette demoiselle a fait connaître son intention de rentrer directement sur Terre. Nous l’avons accompagnée à l’astroport avant-hier…

- Mais, c’est criminel de lui faire subir un nouveau voyage dans l’état de maigreur qui est le sien.

- Détrompez-vous, nous étions parfaitement parvenus à lui faire atteindre le poids voulu, la masse critique nécessaire pour résister au choc du RTT…

Manifestement Balena leur mentait. Pas un des trois amis ne croyait à cette histoire. La dernière fois que John avait vu Lilia, elle n’avait pas pris un gramme. Un engraissement aussi rapide était impossible même en employant des drogues et en lui bourrant l’estomac avec un entonnoir… Il y avait donc anguille sous roche. Il leur fallait reprendre l’espionnage. Ils se répartirent la tâche, histoire d’être plus discrets, d’être moins repérables quand ils traîneraient autour des cases… Trois jours plus tard, Eva était persuadée de détenir la réponse.

- Les gars, j’ai surpris quelque chose de bizarre. Deux boys et une fille ont traversé la palmeraie avec une popote portative et une sorte de plateau repas. Ils sont entrés dans la cabane à outils. Je les ai suivis discrètement et ne les ai pas vus ressortir. Je me suis approchée. Aucun bruit. J’ai donc ouvert la porte…

- Ils ne la ferment jamais, commenta Tom. C’est comme ça que j’ai récupéré les outils…

-… et je suis entrée, continua Eva. Et vous ne devinerez jamais ce que j’ai trouvé dans cette grande baraque…

- Raconte, fit John.

- Mes trois AA ne s’étaient pas dissous dans l’atmosphère tout de même. J’ai fouiné un peu partout et j’ai découvert une trappe. Elle doit donner sur un escalier menant à un souterrain… Mais je n’ai pas pu la soulever car elle était très soigneusement verrouillée…

- Incroyable, dit John. Lilia serait donc encore ici, enfermée dans un cachot ou un cul de basse fosse et ils continueraient à la gaver et à lui faire subir Dieu sait quelles expériences, mais encore plus discrètement qu’auparavant…

 

Le lendemain matin, le restaurant leur sembla particulièrement désert. Le groupe d’obèses avait quitté les lieux et les nouveaux arrivants n’étaient attendus que pour l’après midi. Il ne restait plus qu’une dizaine de résidents, quelques vieillards souffreteux et maigrichons qui n’avaient pas réussi à engraisser suffisamment.

- Que fait-on de beau aujourd’hui ? demanda Eva.

- Nous allons faire un petit jogging matinal, répondit Tom un peu imprudemment.

- Emmenez-moi avec vous, demanda la métisse, je n’ai vraiment pas envie de rester avec cette bande de petites vieilles et de petits vieux séniles…

- C'est-à-dire, fit John, qu’on avait projeté de continuer nos explorations des confins de la réserve…

- Vous ne m’aviez rien dit, bande de petits cachotiers. C’est super existant votre truc. Je viens avec vous…

- Eva, sois raisonnable, l’implora Oncle Tom. Ce que nous allons faire est assez dangereux. Ils disposent de patrouilleurs avec de puissants glisseurs. La dernière fois, on a été à un cheveu de se faire prendre…

- Et alors ? Je ne suis pas une poule mouillée, moi. Ca ne me fait pas peur !

- Réfléchis, il y a un risque de nous retrouver sanctionnés… Tu n’as pas oublié le carcan ?

- Je m’en moque. Je viens. J’aime bien vivre dangereusement, lança-t-elle avec un grand rire.

Ils regagnèrent leurs chambres pour se changer et se retrouvèrent sur le perron. Comme tous les jours, les deux soleils brillaient, le ciel était uniformément bleu, sans le moindre nuage… Ce climat idéal avec sa température bloquée à 25° et sa légère brise réglée sur 8 km/h pouvait à la longue devenir d’une monotonie lassante. Ils se lancèrent sur la piste piétonne les uns après les autres. Précaution un peu superflue car ils étaient absolument seuls. Eva courait devant en petites foulées gracieuses, suivie de Tom à quelques pas derrière et de John, nettement plus loin. Ils se rejoignirent à l’entrée de la partie « interdite ». Ils eurent l’impression que rien n’avait changé depuis la dernière fois. Les ronces et les broussailles laissaient un passage étroit arrivant jusqu’au pied du dôme.

- Super ! s’exclama Tom en brandissant les outils. Ils ne les ont pas trouvés…

- Allez, au boulot ! dit John. On va commencer à creuser un trou pour essayer d’atteindre la base de cette bulle de composite et passer en dessous… J’aimerais bien savoir ce qu’il y a de l’autre côté…

A l’aide de la pelle-bêche, Oncle Tom se mit à creuser et John à évacuer la terre sableuse pendant qu’Eva les observait ou faisait le guet… En une demi-heure, les hommes avaient dégagé un bon mètre et atteint la base du dôme.

- On passe dessous, dit John, attention à ne pas effleurer le plastique… Il est sûrement sensimère…

- Ne t’en fais pas, j’y vais doucement, lui répondit Tom.

Et pourtant, en deux secondes, quatre glisseurs, venus on ne sait d’où, leurs tombèrent dessus à l’improviste. Ils n’eurent pas le temps de réagir. Les autres donnaient l’impression d’être arrivés de nulle part ! Eva, qui était censée faire le guet, ne les avait même pas vus venir. Déjà, ils étaient encerclés par quatre boys casqués et vêtus de noir qui brandissaient des tubes neutraliseurs de type Supertaser…

John et Eva levèrent les bras en l’air pendant que Tom sortait de son trou en lançant sa pelle-bêche par terre avec rage. Les boys leurs passèrent les menottes et les firent monter sur leurs drôles d’engins silencieux. Ils se retrouvèrent dans une partie de l’hôtel qu’ils ne connaissaient pas et qui devait se situer en sous-sol. Balena apparut dans toute sa splendeur…

- Résidents, commença-t-elle sur un ton réprobateur et grandiloquent, je suis très déçue de votre comportement. Vous faîtes déjà partie du contingent qui n’a pas été capable de réussir correctement notre programme d’engraissement. Vous êtes arrivés chez nous avec un lourd passé, particulièrement vous, Monsieur Thomas Green et voilà que vous aggravez encore votre cas… Mais quelle folie vous a donc pris de vouloir aller creuser sous les limites de Paradise ? Expliquez-moi, j’aimerais comprendre…

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08:37 Publié dans Concept, Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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