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30/08/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 6/2)

Que venait vraiment faire Hess en Angleterre ? Hitler était-il au courant de sa démarche ? Qu’apportait-il ? Quel secret détenait-il pour qu’on le garde aussi longtemps en détention ?

Renard arriva au chapitre sur Heinrich Himmler, le « fonctionnaire de la mort », l’organisateur en chef des camps de concentration et de « la solution finale ». Et là, son attention fut captée. Ainsi cet ignoble individu se réclamait de l’héritage des chevaliers teutoniques. Avec ses SS, il croyait avoir recréé « l’élite en uniforme noir qui allait réincarner le vieil ordre de chevalerie germanique ». Comme beaucoup de nazis, il avait été influencé par deux idéologues fanatiques, Gobineau, le français et Houston Stewart Chamberlain, l’anglais pour qui la race nordique était l’archétype humain idéal pour ne pas dire supérieur, ce qu’Hegel avait déjà annoncé un siècle plus tôt.

Théoricien mystique, Himmler se voyait comme Grand Maître d’un nouvel ordre qui serait la réincarnation des teutoniques, officiellement dissous en 1938. L’auteur faisait remarquer que, dans le monde ésotérique, une dissolution cache souvent une résurgence sous une forme différente. Ainsi Himmler commença-t-il par édicter des critères très rigoureux pour l’entrée des postulants dans la SS. Jusqu’en 1937, la garde spéciale du Führer, unité d’élite s’il en fut, n’acceptait en son sein que des jeunes hommes blonds aux yeux bleus et d’une taille minimum de 1,80 m. Himmler édicta également une règle de mariage spéciale pour les SS. Ceux-ci ne pouvaient se marier qu’avec des femmes capables de justifier de la pureté de leurs origines aryennes depuis pas moins de deux siècles. Les nécessités de la guerre firent que ces règles furent assez vite aménagées. Mais une mystique fanatique du chef, un courage sans faille et une obéissance aveugle furent toujours exigés de ces troupes d’élite. On sent qu’Himmler voulait réécrire l’Histoire ou la reprendre là où, selon lui, elle n’aurait jamais dû s’arrêter. Le 2 juillet 1936, il organisa dans la collégiale de Wewelsburg la célébration du millième anniversaire de la mort de son héros préféré, le roi Heinrich I, dit Henri l’Oiseleur. Le bouquin citait un extrait du discours qu’il prononça après avoir déposé sur le tombeau du souverain une gerbe composée de fleurs et de rameaux de chêne: « Ici où reposent depuis toujours ceux de notre sang, cette magnifique maison de Dieu, née d’un sûr sentiment germanique, sera un lieu de culte où les Allemands viendront en pèlerinage (…) L’homme qui, après mille ans a repris avec une grandeur inouïe l’héritage humain et politique du roi Henri, notre Führer Adolf Hitler, nous le servirons fidèlement de nos paroles, de nos pensées et de nos actes, pour l’Allemagne et pour la Germanie. »

Le 7 avril 1942, il déclara devant les officiers supérieurs et tous les chefs de services de la SS : « Tout ce que nous faisons doit être justifié par rapport à nos ancêtres. Si nous ne retrouvons pas cette attache morale, la plus profonde et la meilleure parce que la plus naturelle, nous ne serons pas capables à ce niveau de vaincre le christianisme et de constituer ce Reich germanique qui sera une bénédiction pour la terre entière. Depuis des millénaires, c’est le devoir de la race blonde que de dominer la terre et de toujours lui apporter bonheur et civilisation. »

- Conneries ! s’exclama intérieurement Renard en rejetant le bouquin loin de lui.

S'il avait tourné une page de plus, il serait tombé sur plus intrigant encore. Il aurait lu qu’Himmler et ses amis avaient fait lancer de nombreuses expéditions scientifiques pour retrouver des traces de la race aryenne un peu partout dans le monde, au Moyen Orient, dans les Andes et jusqu’au lointain Tibet, qu’ils avaient tenté de retrouver le saint Graal aux alentours de Montségur dans le sud de la France, ainsi qu’à Montserrat en Espagne catalane et dans le Massif Central autour de diverses commanderies de Templiers. L’auteur faisait même mention de certaines découvertes. Et puis Himmler et nombre de mystiques du même acabit, comme Heydrich, Hess et quelques autres, firent des études poussées sur des rites païens celtiques ou germaniques sans oublier sur diverses pratiques de sorcelleries anciennes ou modernes. Mais Renard ne prêtait plus du tout attention à sa lecture. Virginie s’agitait sur sa couche. Elle arrivait même à pousser quelques petits couinements qu’on entendait au travers du bâillon. Elle était réveillée, il fallait agir au plus vite. La nuit avançait, le temps jouait contre eux.

Il fila à la cuisine et revint chargé d’une bassine d’eau froide qu’il balança sans ménagement sur le visage de Loup qui émergea aussitôt des vaps.

- Ah, mon salaud, tu m’as bien eu ! Juste au moment où j’allais conclure…

- Tu as conclu, mon cochon, tu as conclu, lui affirma l’autre sans vergogne aucune. Lève-toi ! Assez rigolé. Tu te rappelles pourquoi on a capturé la gamine ?

- Ben, pour faire ch… Armen, répondit l’autre en se frottant le dessus du crâne.

- Pas seulement. Il nous a viré de sa société secrète. Il a osé nous menacer, ce pourri. Mais nous, on sait plein de choses et on va le faire chanter.

- Comment ça ? s’étonna le gros.

- On va lui téléphoner et lui réclamer un gros tas de pognon en échange de la fille. Tu te rappelles, c’était décidé comme cela. T'as fait le nécessaire pour la camionnette blanche que je t’avais demandée ?

- Ben non, avoua piteusement Loup. J’ai oublié.

- Mais t’es nul ! Et j’en ai vraiment marre d’un crétin comme toi. Tu vois ce que tu vas faire. Tu vas descendre l’escalier et récupérer le premier fourgon venu. Moi, je m’occupe des négociations…

- Ca serait pas plus simple que l’autre il amène le pognon ici et qu’on lui rende sa gonzesse en même temps ?

- Ferme-la ! Tu ne dis que des conneries ! Tu ne veux pas que j’appelle les flics pendant que tu y es ?

- Non, pas les flics, Renard, pas les flics, je t’en prie… Ce gros bloc de muscles devenait pitoyable.

Le maigrichon lui lança un regard mauvais : « Fais ce que je te dis, bon sang ! Va me chercher fissa une camionnette blanche et moi je m’occupe du reste… »

L’autre obtempéra et se précipita dans l’escalier. La rue était déserte. Il n’allait pas être facile de trouver le véhicule dont ils avaient besoin. « Encore heureux qu’il ne veut pas une marque particulière, songea Louis Dubois. Rien que pour me casser les pieds, il serait capable de vouloir un Ford à la place d’un Peugeot ou un Renault plutôt qu’un Citroën ! Blanc, c’est déjà beaucoup demander. »

(A Suivre) 

Ouvrage disponible version ebook sur Amazon et version papier sur TheBookEdition.com

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15/08/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 6/1)

CHAPITRE VI

 

 

Le calme était revenu dans l’appartement. Renard alla replacer le caquelon à la cuisine avant de retourner dans la chambre de Virginie. Celle-ci était étendue à plat ventre en travers du lit avec le quintal de Louis Dubois effondré sur elle. Lerenard tira de toutes ses forces pour la dégager du gros corps inanimé. Il y mit tout son cœur et eut beaucoup de peine à faire glisser son comparse sur le sol. « Il me l’aurait étouffée l’imbécile… » Se dit-il en s’épongeant le front.

Il l’observa un long moment. Chemisier dégrafé, short et string rabattus donnaient une impression de débraillé, d’abandon. Il était intervenu juste à temps. Quelques secondes de plus et l’autre la violait. Ce que le maigrelet n’aurait pas pu supporter. Plus il regardait le corps de la pauvre Virginie étendue devant lui, à sa merci, dans cette position lascive, plus il sentait le dégoût monter en lui. Il n’aimait que les petites gamines pré pubères, pas ou peu formées. Et là, abandonnée devant lui, cette femelle, avec sa poitrine opulente, ses fesses rebondies et son sexe offert, c’en était trop. Il avait l’impression que son regard était sali par la vue des quelques poils pubiens qui apparaissaient dans l’échancrure.

Sans plus attendre, il remonta le string puis le mini short en s’interdisant de regarder, retourna la fille sur le dos et reboutonna le chemisier rouge. C’est alors qu’il remarqua son sac à main, sorte de besace de toile qui traînait sur le sol non loin du corps de son complice. Il commença à fouiller dedans. Il trouva un portable, divers produits de beauté, un bâton de rouge à lèvres, des clés, l’attirail habituel de la jeune femme moderne. Quand il eut presque tout vidé, un petit bouquin broché aux pages coupées à la main apparut. Il s’en saisit. L’ouvrage n’avait pas fière allure. La couverture de papier jaunâtre était abîmée, les pages froissées ou cornées étaient parfois couvertes d’annotations. Sur la couverture, il lut ceci : John Wesley Montgomery, « Les voies secrètes de la puissance nazie ». Un bouquin historique paru en 1969 dans la traduction française d’une édition Penguin jamais rééditée depuis lors.

Jacques Lerenard s’assit sur le bord du lit et commença à tourner les pages du bouquin. Il y vit une photo du Messerschmitt BF 110 qui aurait dû permettre à Rudolf Hess de débarquer en Angleterre pour y négocier une paix séparée avec les anglais. Mais cet épisode rocambolesque de la vie du célèbre nazi ne l’intéressa pas outre mesure et pourtant le livre de Montgomery en racontait de belles. Il apportait une explication à l’échec de la tentative ainsi qu’à l’acharnement contre celui qui fut le tout dernier interné de la prison de Spandau à Berlin-Ouest où il finit par mourir en 1987 pendu à l’aide d’un fil électrique. Son fils et quelques historiens non-conformistes y virent la main de services secrets comme le Mossad ou la CIA. La thèse de l’assassinat camouflé en suicide ne fut bien entendu jamais retenue par les médecins légistes anglais…

(A Suivre)

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01/08/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 5)

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CHAPITRE V

 

 

Parallèle à la rue des Blancs-Manteaux, celle des Bouchers comporte également un petit immeuble parmi les plus anciens de la ville. On y pénètre par un porche délabré qui donne sur une cour pavée, glissante de mousse verdâtre et encombrée de déchets divers, remorques cassées, vélos ou mobylettes hors d’usage. Les rares habitants de la bâtisse, un couple de retraités, une famille maghrébine et deux vieilles dames presque impotentes se contentent habituellement de passer directement de la rue dans l’escalier sans jamais aller dans cette fosse humide et peu accueillante.

Cette nuit-là, sept individus s’y glissèrent en toute discrétion. Disposant d’une clé, le premier ouvrit la porte de la cave dissimulée derrière un tas de gravats et tous s’engouffrèrent dans un escalier voûté qui semblait mener à un souterrain ou à des catacombes. Lampes frontales et torches électriques dégageaient des flaques de lumière qui révélèrent assez vite une grande salle octogonale aux murs de pierres humides et verdâtres. L’obscurité la plus épaisse, le silence le plus complet pouvait laisser penser que cette crypte et ce souterrain gisaient à des centaines de mètres de profondeur sous une pyramide égyptienne ou sous des mégalithes perdus dans un lointain désert. En fait, les sept ombres étaient réunies en pleine ville, dans son quartier le plus ancien, bien sûr, mais à quelques pas du « Griffon d’or ». Le grand individu qui avait ouvert la voie et qui semblait faire office de chef ordonna aux autres de mettre leurs masques. Quatre grandes torches furent allumées et accrochées aux murs, dégageant suffisamment de lumière pour que chaque participant puisse distinguer les autres. Ils avaient ôté manteaux, vestes ou blousons de ville pour revêtir chacun une large cape blanche marquée par une grande croix rouge sur le côté gauche. Personne ne se parlait. Une impression de solennité étrange régnait dans cette cave…

« Pauvres Chevaliers du Temple et du Gwaal, moi Arménius votre Grand Maître, déclare ouverte notre tenue d’admission... Formons le cercle sacré et invoquons Gwaal… »

Arménius parlait d’une voix grave et profonde. Il avait prononcé quelque chose entre : « Graal » ou « Baal » d’une façon si bizarre qu’il était presque impossible de les distinguer. Cela ne devait pas choquer les participants qui se mirent à bourdonner une sorte de « Oooommm » d’abord sans presque ouvrir les lèvres puis allant crescendo. Le mantra bouddhique gronda ouvertement un long moment avant de s’interrompre brusquement.

« Que le grand souverain de l’Univers, le clément et le miséricordieux nous illumine de sa Lumière ! » lança Arménius.

« Que les merveilles de la Connaissance nous éclairent ! » entonna d’une seule voix l’assistance.

« Que la puissance de la Lumière soit notre force ! » ajouta le Grand Prêtre.

« Que Lucifer soit avec nous ! » répondirent les participants d’une voix forte.

« Que l’épée et le Gwaal nous reviennent ! »

« Et que la force soit avec vous ! »

Le silence revint. Les sept individus vêtus de blanc formaient un cercle, ils se tenaient par la main et avaient senti l’énergie monter en eux au fil de cette étrange prière. A la fin, ils criaient presque en levant les bras en l’air.

Venue on ne sait d’où, une délicate musique bretonne mêlant harpe et flûte se répandit doucement dans la cave. Les participants se mirent à se déplacer de côté et d’autre, se tenant toujours par la main, balançant les bras, un pas à gauche, deux à droite dans une sorte d’an-dro un peu lent. Puis tout s’arrêta. Le cérémonial semblait réglé comme du papier à musique. Les mains se séparèrent, chacun recula de deux grands pas en arrière et se retrouva devant une sorte de rondin faisant office de tabouret. Seul Arménius bénéficiait d’un véritable siège de bois sombre, une sorte de trône ouvragé, une cathèdre avec marche pied et accoudoir. Il s’y installa solennellement avant de déclarer :

« Plie-toi en deux, tu resteras entier,

Incurve-toi et tu seras redressé,

Sois vide afin d’être rempli,

Usé, tu seras rajeuni,

Possède peu, ce peu fructifiera,

Accumule beaucoup, ce beaucoup se perdra. »

Il se fit un grand silence puis un coup de gong suivi d’un long « Ooom padme ooom » avant qu’Arménius ne reprenne la parole dans un silence recueilli : « Mes frères, mes amis, pauvres Chevaliers du Temple et du Gwaal, nous voici réunis en tenue tout à fait extraordinaire car nous allons aujourd’hui introniser un nouveau frère. Si l’un d’entre nous y voit quelque inconvénient qu’il se lève et parle sans peur ni contrainte car ensuite il sera trop tard, il lui faudra se taire définitivement. »

Une voix féminine se fit entendre : « Espérons, Grand Maître, que ce ne sera pas un cas comme les deux personnages qui ont troublé notre précédent chapitre… »

- Ces deux individus, personnages louches, peut-être dangereux et sûrement envoyés par nos ennemis - et le Puissant sait combien ils sont nombreux- s’étaient introduits parmi nous d’une façon pernicieuse. Ils avaient honteusement trompé notre vigilance. Sachez mes frères et mes sœurs, que même s’ils ont réussi à fuir, nous les retrouverons et nous leur ferons rapidement oublier ce qu’ils ont pu découvrir à notre sujet.

- Il me semble que ce lieu de réunion n’est plus très sûr, fit une grosse voix masculine avec une pointe d’accent africain. Ne pourrions-nous pas tenir nos convents ailleurs ou communiquer autrement ?

- Nous y songeons, mon frère, nous y songeons. D’ailleurs, tout à l’heure nous nous disperserons un par un et par deux issues différentes.

Il y eut comme un soupir de soulagement dans le cercle et Arménius reprit : « Donc pas d’objection à cette intronisation… Le frère qui va paraître devant vous a un grand désir de nous rejoindre et il a déjà apporté plusieurs preuves de sa loyauté et de sa bonne foi. Depuis 48 heures maintenant, il attend enfermé dans une cave voisine, dans l’obscurité la plus totale avec une cruche d’eau pour seule boisson et un quignon de pain pour seule nourriture. Dois-je le faire entrer ? »

- Qu’il se présente, Grand-maître, répondirent les autres d’une seule voix.

Sur un signe de tête d'Arménius, le templier à la peau noire quitta le cercle et revint quelques instant plus tard en guidant un homme qui arriva avec un bandeau sur les yeux.

- Qui donc êtes-vous pour vous présenter ainsi parmi nous ? commença Arménius.

« Je me nomme Nogaro Eric et suis habitant de Villedieu le haut », répondit l’impétrant.

- Pourquoi vous présentez-vous dans ce cercle ?

- Je désire être un des vôtres, ô Grand Maître… Si vous m’accueillez dans votre maison, je promets d’être fidèle, discret et obéissant jusqu’à la mort…

- Ne croyez pas que vous allez entrer dans notre fraternité pour y recueillir honneur, argent, plaisirs et récompenses. Attendez-vous plutôt à n’y trouver qu’ingratitude, souffrance et tourments. Vous étiez homme libre, vous allez devenir serviteur. On vous demandera de faire ce qui peut-être ne vous plaira pas. Mais comme vous nous devez obéissance, il faudra vous y résoudre. Voulez-vous toujours être introduit parmi nous ?

- Je le veux, Grand Maître, je le veux.

- Tout ce que vous entendrez, tout ce que vous verrez, tout ce que vous apprendrez devra rester secret. Même à votre épouse, à vos enfants, à vos proches, vous ne pourrez absolument rien raconter. Si vous enfreigniez cette règle sacrée, non seulement vous seriez rejeté immédiatement dans les ténèbres extérieures, mais encore votre vie ne vaudrait plus grand-chose car notre règle punit de mort celui qui la viole. Sachant cela, voulez-vous toujours être introduit parmi nous ?

- Je le veux, Grand-maître, je le veux.

- Et vous mes frères, acceptez-vous d’accueillir Eric ici présent, de le considérer comme votre frère, de lui demander aide, accueil et protection si vous en avez besoin et d’agir de même vis-à-vis de lui le cas échéant 

- Nous le voulons ! braillèrent les tuniques blanches.

- Dans ce cas, que la Lumière l’illumine ! annonça solennellement Arménius.

Le templier noir dénoua le bandeau des yeux de Nogaro qui se retrouva ébloui puis appuya fortement sur son épaule pour l’amener à mettre un genou en terre.

« L’impétrant Nogaro Eric, ici présent, a répondu de façon satisfaisante à nos questions. Si un des frères a quelque chose a dire qu’il parle. S’il n'a rien à dire, qu’il se taise à jamais ! »

Silence dans le cercle. Le Grand Maître quitta son trône et avança vers l’homme agenouillé. Il prit une épée, plaça le plat de la lame ainsi que sa main sur le crâne du postulant puis effleura chacune de ses deux épaules avant de planter l’épée juste devant lui, dans le sol de terre battue. Puis il prononça ces paroles un peu étranges : « Par Gwaal le puissant, Bouddha le très sage et Allah le très miséricordieux, je te fais chevalier du Temple. Montre-toi digne de cet honneur. » Et il lui tendit la main pour l’aider à se relever avant de lui donner l’accolade. Un autre templier lui présenta un minuscule bouclier rond qui, retourné, aurait eu l’aspect d’une sorte de grosse coupe ou même d’un saladier. Nogaro le mit à son bras. Un second lui apporta la grande cape blanche à croix rouge et l’aida à s’en revêtir. Et finalement un troisième termina l’étrange adoubement en lui plaçant un loup de velours noir sur le visage.

- Maintenant que vous voilà chevalier de premier grade, vous pouvez rejoindre notre cercle, conclut Arménius.

Et le cérémonial reprit avec les séries de « Ooom », les invocations au Gwaal ou au Bwaal, les lectures plus ou moins mystiques, la remise en cercle et l’an-dro guilleret du début.

Au bout d’environ un heure, chacun quitta la cave dans la plus grande discrétion. Les uns se dirigèrent un vers la cour de la rue des Bouchers et les autres remontèrent par la cave du « Griffon d’or » et la rue des Blancs-Manteaux. Il faisait nuit noire, les deux rues étaient vides. Personne ne remarqua l’étrange ballet de ses ombres qui disparaissaient une à une.

(A SUIVRE)

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