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13/01/2015

La seconde chance (C.V. Gheorghiu)

La seconde chance.jpgEn Roumanie, quelques années avant la Seconde Guerre mondiale, le jeune Boris Bodnar, élève d'un lycée militaire très coté, se retrouve humilié, dégradé et renvoyé à la vie civile suite à de mauvais résultats scolaires. Il lui est impossible de rentrer rejoindre sa famille dans ces conditions car c'est déjà une sorte de paria dans son village. Alors qu'il était très jeune, sans le vouloir, il a crevé un œil à son frère encore bébé. Pour refaire sa vie, il décide de quitter le pays et de partir se réfugier en URSS en passant le Dniepr à la nage. Très fier, il refuse toute aide même celle de son ami Pierre Pillat lequel va devenir par la suite procureur militaire et côtoyer les nouveaux maîtres de la Roumanie... Peu de temps après, en Bessarabie, va se développer une terrible épuration ethnique. Un régime fasciste très dur est arrivé au pouvoir et a promulgué une série de lois antisémites. Les juifs ne sont plus autorisés à avoir des domestiques chrétiens ni à exercer certains métiers. Les théâtres leur appartenant sont fermés, des pogroms ultra violents sont organisés. Eddy Thall, une comédienne juive très célèbre se retrouve sans travail et dépossédée de tous ses biens. Elle tente de fuir en Palestine par bateau. Mais dès la fin de la guerre, la roue tourne dans l'autre sens. Le nazisme est vaincu et cède le pas au communisme. L'armée rouge « libère » la Roumanie. Cette « victoire » va-t-elle enfin faire cesser les horreurs ?

« La seconde chance » est une fresque aussi puissante que magnifique qui s'étale sur une vingtaine d'années et raconte ce qui s'est vraiment passé entre 1930 et 1950 dans les pays de l'Est comme on les appelait à l'époque. Nous suivons une série de braves gens, d'abord en Roumanie, puis en Russie, en Allemagne et même en Occident, dernière étape et dernier espoir pour certains d'entre eux. Certains personnages sont d'un côté de la barricade, d'autres de l'autre. On trouve des juifs, des chrétiens, des musulmans, des athées et même des communistes convaincus comme Bodnar. Et les bouleversements de l'Histoire sont tellement cruels que tous sans exception se retrouvent à un moment ou à un autre du mauvais côté de cette barricade, dans le rôle du juif, du réactionnaire, du koulak etc... donc dans celui de la bête noire, du bouc émissaire, du traître qu'il faut torturer, supplicier et éliminer sans le moindre état d'âme. Et là se situe la grande force de ce roman allégorique et profondément humaniste. Tous les systèmes (fasciste, communiste et même libéral) sont renvoyés dos à dos. Tous sont pervers. Tous écrasent, persécutent ou avilissent le peuple d'une manière ou d'une autre. Un roman populaire c'est à dire qui donne vraiment la parole au peuple, aux petites gens. Un auteur qui les écoute, qui comprend leur peine et éprouve de la compassion pour eux. Magnifiquement écrit. Prenant, touchant, émouvant. Et qui donne à réfléchir. Paru en 1952, ce texte écrit par un visionnaire, l'un des deux plus grands écrivains roumains avec Panaït Istrati, qui ne se faisait d'ailleurs aucune illusion sur les idéologies politiques, se lit avec d'autant plus de plaisir aujourd'hui que nous avons tout le recul nécessaire pour pouvoir juger de la justesse du regard. Chef d'oeuvre du niveau de la « Vingt cinquième heure ». A lire pour mieux comprendre le passé, le présent et... l'avenir.

5/5

Citations :

« Ici, en Roumanie, nous ne pouvons plus rien faire. Voici le bilan : le théâtre fermé, les maisons réquisitionnées, les domestiques congédiés. Bientôt, ils nous enfermeront dans des camps où ils nous brûlerons dans des fours crématoires, comme c'est arrivé dans d'autres pays. Et puis ici, ce n'est pas notre pays. Nous sommes juifs. Notre patrie, c'est la Palestine. La seule solution, c'est l'émigration. »

« Je suis née ici. Le pays natal est comme la femme que vous épousez. Jusqu'à une certaine date, elle vous est étrangère, une inconnue. Mais du jour où elle est devenue votre épouse vous l'aimez plus que tout au monde, plus que votre propre mère, plus que vos propres sœurs. Pour elle, vous quittez tout. C'est la même chose pour la terre natale. Même si elle est étrangère. C'est votre terre et vous ne pouvez pas l'abandonner. La Roumanie est mon pays natal. Elle m'est plus chère que la patrie éternelle, la Palestine. »

« Nous, Roumains, nous avons assez de la dictature juive. Tous les journaux, tous les théâtres, tous les restaurants, les cinémas, l'industrie, le commerce, tout était entre les mains des Juifs. Entre vos mains. Maintenant, c'est fini. Nous avons pris le pouvoir. Nous vous avons tout confisqué. Maintenant nous vous invitons à partir. »

« Boris Bodnariuk sursauta. Près de sa cabane, quelque part dans les bois, on entendait un air de flûte. C'était une doïna. La doïna est un chant mélancolique, un chant comparable à la vie de chaque homme, authentique et un peu triste. »

08:50 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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