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05/08/2015

L'école des femmes (Molière)

index.jpg(Acte I, scène 1- Extrait)

 

(Chrysalde)

Vous venez, dîtes-vous, pour lui donner la main ?

 

(Arnolphe)

Oui, je veux terminer la chose dans demain.

 

(C)

Nous sommes ici seuls, et l'on peut, ce me semble,

Sans crainte d'être ouïs, y discourir ensemble.

Voulez-vous qu'en ami je vous ouvre mon coeur ?

Votre dessein pour vous me fait trembler de peur;

Et, de quelque façon que vous tourniez l'affaire,

Prendre femme est à vous un coup bien téméraire.

 

(A)

Il est vrai, notre ami, peut-être que chez vous

Vous trouvez des sujets de crainte pour chez nous;

Et votre front, je crois, veut que du mariage

Les cornes soient partout l'infaillible apanage.

 

(C)

Ce sont coups du hasard, dont on n'est point garant

Et bien sot, ce me semble, est le soin qu'on en prend.

 

(A)

Mon Dieu, notre ami, ne vous tourmentez point;

Bien huppé qui pourra m'attraper sur ce point.

Je sais les tours rusés et les subtiles trames

Dont, pour nous en planter, savent user les femmes,

Et comme on est dupé par leurs dextérités;

Contre cet accident j'ai pris mes sûretés,

Et celle que j'épouse a toute l'innocence

Qui peut sauver mon front de maligne influence.

 

(C)

Et que prétendez-vous qu'une sotte, en un mot...

 

 

(A)

Epouser une sotte est pour n'être point sot.

Non, non, je ne veux point d'un esprit qui soit haut,

Et femme qui compose en sait plus qu'il ne faut.

Je prétends que la mienne, en clarté peu sublime,

Même ne sache pas ce que c'est qu'une rime.

En un mot qu'elle soit d'une ignorance extrême;

Et c'est assez pour elle, à vous en bien parler,

De savoir prier Dieu, m'aimer, coudre et filer.

 

(C)

Une femme stupide est donc votre marotte ?

 

(A)

Tant, que j'aimerais mieux une laide bien sotte

Qu'une femme fort belle avec beaucoup d'esprit.

 

(C)

L'esprit et la beauté...

 

(A)

L'honnêteté suffit.

 

(C)

Je ne vous dis plus mot.

 

(A)

Chacun a sa méthode.

En femme, comme en tout, je veux suivre ma mode.

Je me vois riche assez pour pouvoir, que je crois,

Choisir une moitié qui tienne tout de moi

Et de qui la soumise et pleine dépendance

N'ait à me reprocher aucun bien ni naissance.

Un air doux et posé, parmi d'autres enfants,

M'inspira de l'amour pour elle dès quatre ans :

Sa mère se trouvant de pauvreté pressée,

De la lui demander, il me vint la pensée,

Et la bonne paysanne, apprenant mon désir,

A s'ôter cette charge eut beaucoup de plaisir.

Dans un petit couvent, loin de toute pratique,

Je la fis élever selon ma politique,

C'est à dire ordonnant quels soins on emploierait

Pour la rendre idiote autant qu'il se pourrait.

Dieu merci, le succès a suivi mon attente.

Et, grande, je l'ai vue à telle point innocente

Que j'ai béni le Ciel d'avoir trouvé mon fait,

Pour me faire une femme au gré de mon souhait.

08:15 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Oui, 'L'Ecole', c'est une histoire de bêtes. Bêtes à cornes, comme vous le rappelez. "Cheval, âne, ou mulet", le mulet étant stérile. Félin domestique, le chat.

Écrit par : Lou de Libellus | 05/08/2015

Les commentaires sont fermés.