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01/06/2017

Le sultan qui voulait être heureux (Conte de Somalie)

sultan.jpgIl était une fois un sultan riche et célèbre qui habitait à Mogadiscio dans un magnifique palais au bord de l’Océan Indien pour bénéficier de la fraîcheur de la brise de mer. Il possédait des chemises brodées de fil d’or, des tapis épais, des soieries d’Arabie et des bijoux précieux à foison. Dans chacune des cent pièces de sa demeure brûlait en permanence l’encens le plus rare. Pourtant, malgré son immense richesse, le sultan était malheureux et il n’arrivait pas à comprendre pourquoi. Il avait de nombreuses épouses toutes très belles, toujours en train de se chamailler, des fils, toujours en train de se disputer et des filles, toujours en train de bouder. Il pouvait s’acheter tout ce qu’il désirait et, malgré tout, il ne connaissait ni le bonheur ni la satisfaction. Un beau matin, après une nuit d’insomnie passée à se lamenter sur son triste sort, il appela ses domestiques et leur dit : « Partez immédiatement à la recherche d’un homme heureux et quand vous l’aurez trouvé, ramenez-le-moi. Je veux lui parler. »

Les serviteurs du puissant sultan parcoururent le pays de long en large jusqu’à ce qu’un jour ils remarquent un pauvre homme qui chantait en tirant de l’eau d’un puits minuscule. Cette eau était destinée à sa chamelle, une bête squelettique. Il se mit à la traire tout en continuant à chantonner et il partagea le peu de lait qu’il obtint avec les domestiques du sultan. Le ventre vide, cet homme trouvait encore le moyen de rire, de chanter et de plaisanter.

— Es-tu vraiment un homme heureux ? Lui demandèrent les domestiques.

— Pourquoi donc serais-je malheureux ? Leur répondit-il.

— Viens avec nous, fit le chef des serviteurs. Notre maître aimerait bien te rencontrer.

Le pauvre homme accepta et les suivit depuis le désert du Haud jusqu’à la grande ville de Mogadiscio. Jamais il n’avait vu autant de gens, de couleurs, jamais il n’avait senti autant de goûts et d’odeurs. Le sultan lui offrit des fruits superbes et des douceurs exquises, fit préparer un fabuleux banquet en son honneur et lui remit une magnifique djellaba richement brodée pour remplacer ses guenilles.

— Alors, brave homme, quel est le secret du bonheur ? Lui demanda-t-il enfin, allongé sur ses coussins moelleux, une tasse de thé à la main.

Le malheureux en eut la langue paralysée, car il ne savait quoi répondre à une pareille question. Il ignorait ce qui le rendait heureux quand il vivait dans le désert avec sa chamelle. Il était heureux, tout simplement, sans secret, sans recette, sans rien. Déçu, le sultan le renvoya dans son gourbi. Mais l’homme ne put oublier les splendeurs du palais du sultan et il ne fut plus jamais heureux.

 

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