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11/11/2010

Devoir de mémoire perso

14.18.jpegLundi 1er Octobre

 

Mon cher Ernest,

 

J’ai reçu hier votre petit paquet. Merci beaucoup de votre attention. Le chocolat est pour nous précieux. Non seulement c’est un aliment de premier ordre, mais c’est aussi le meilleur des remèdes ou des préventifs contre la dysenterie. Et nous en avons souffert ou nous en souffrons tous plus ou moins.

J’avais préparé, au reçu de votre dernière carte, une lettre vous donnant quelques détails sur notre situation et j’espérais vous la faire parvenir quand brusquement l’ordre nous a été donné de repartir en première ligne. Je ne puis donc vous l’adresser maintenant.

Nous sommes en ce moment et pour plusieurs jours dans un poste très périlleux, à cent mètres de formidables tranchées allemandes et nous-mêmes à l’abri dans nos tranchées. Nous sommes arrosés continuellement de balles et d’obus. Dès que l’un de nous montre sa tête, les balles lui sifflent aux oreilles. Jours et nuits nous sommes sur les dents.

Je ne l’ai pas dit à Elise pour ne pas l’inquiéter. Je lui laisse croire que nous sommes toujours en arrière et au repos. J’espère néanmoins en sortir encore une fois.

J’ai appris qu’Eugène avait été blessé, mais peu grièvement. Mon plus jeune frère a été blessé lui aussi paraît-il et nous n’avons plus de ses nouvelles. S’il n’est pas mort, il a dû être ramassé par l’ennemi et sans doute soigné en Allemagne. Mon autre frère qui était resté à Toul jusqu’au commencement d’Octobre est également parti sur le front.

Nous n’avons ici aucune idée sur la durée probable de cette guerre. Nous n’avons d’ailleurs que peu de nouvelles sur les opérations des autres armées. A moins d’un événement que nous ne pouvons pas prévoir, nous supposons bien que nous en avons encore pour plusieurs mois.

Les services de ravitaillement et postaux sont admirablement organisés. Le difficile pour nous actuellement est de transporter tout cela sur la ligne du feu, au nez et à la barbe des Boches, mais nous y arrivons.

J’espère que Marie et les enfants ainsi que vous-même êtes toujours en bonne santé et, en vous remerciant de nouveau, je vous envoie mes bonnes amitiés.

 

J.Viallet

(In memoriam... Jules Viallet, sergent, mort pour la France en juillet 1915 devant Vauquois (Argonne). Mon grand-père paternel.)

 

09:13 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (5)

02/11/2010

Les Faux As (Bernard Viallet) Une critique

les faux as.jpgAlors que les histoires concernant la « banlieue » défraient régulièrement la chronique médiatique, peut-on dire que nous sachions réellement de quoi il en retourne derrière ce vocable finalement peu précis ?
C'est un séjour au cœur des banlieues les plus chaudes, représentées principalement par la cité des Asphodèles que nous convie l'auteur des Faux As.
L'usage d'une langue parfaitement correcte mais parsemée aux bons endroits de termes argotiques du cru contribue à mettre le lecteur dans le bain. L'originalité et l'humour, malgré certaines scènes particulièrement violentes, sont au rendez-vous.
Intrigue bien menée, suspens, rythme, progression régulière de l'action, le roman les Faux As est une excellente carte littéraire qui se veut également une prise de vue très nette, un témoignage concret de ce qui se passe en banlieue. Les quelques exagérations nécessaires à la dynamique de l'histoire restent réalistes. Il faut dire que Bernard Viallet connaît bien ces lieux qu'il a déjà dépeints - avec une tendresse contrastant avec l'environnement - dans son témoignage autobiographique de directeur d'école « Le Mammouth m'a tuer ».
Au travers de chapitres assez courts, Viallet nous dessine les portraits de tous ces habitants, jeunes ou vieux, français de souche ou étrangers, racailles ou policiers.
Sans rancœur, Viallet nous décrit des gens finalement tous livrés à eux-mêmes, voyous mineurs s'extériorisant dans des exactions de plus en plus violentes et malsaines, citoyens français abandonnés par une police elle-même dépassée et craintive, clandestins courageux manipulés puis laissés à leur triste sort, politiques égoïstes eux-mêmes inconscients de la réalité sociale.
La religion est également abordée, au travers de l'Islam, mais également du Christianisme plus présent en ces zones qu'on ne peut le croire.
C'est d'ailleurs par la Foi et l'Amour que propose Bernard Viallet de s'évader de ces banlieues, que l'auteur nous présente comme un maelström d'incompréhensions et de vengeances réciproques sans cesse renouvelées et amplifiées.
Le message d'espoir qui malgré tout clôt cette œuvre nous fait un peu regretter qu'aucune véritable cause initiale ne soit donnée sur l'état de fait présent dont on semble ne plus pouvoir sortir.
C'est sans doute ce qui fait de ce roman, malgré tout très humoristique par sa franchise, un matériau au fort pouvoir de réflexion.

09:26 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)