07.11.2009
C'était notre terre (Mathieu Belezi)
Une longue lignée de colons, les de Saint-André a transformé une étendue de sable et de caillasses stériles du Dahra algérien en une vaste et opulente propriété de centaines d'hectares où poussent le blé, l'orge, la vigne, les orangers et les citronniers. Les descendants de Jules, le colon fondateur, vivent sans souci d'argent mais avec de nombreux problèmes familiaux : la mère, Hortense, est l'épouse bafouée d'un certain Ernest, ex-petit blanc de Bab El Oued, qui passe ses journées à boire du whisky et ses nuits dans les bras de prostituées. Elle a eu trois enfants, Antoine qui ne veut pas reprendre le domaine et déteste sa condition, Claudia qui a fait un mariage raté et Marie-Claire qui souffre de ses penchants homosexuels et finira au couvent. De plus, l'époque est difficile, le règne des pieds-noirs n'en a plus pour bien longtemps, la guerre d'Algérie arrive avec son cortège d'horreurs. La famille de Saint-André échappera-t-elle à la tourmente ? La propriété redeviendra-t-elle un désert ?
Plus qu'un roman historique, « C'était notre terre » est surtout un roman familial, la saga d'une famille attachante, broyée par les meules impitoyables de l'Histoire. Le style de Belezi est très particulier et demande quelques efforts au lecteur. En effet, il ne s'embarrasse d'aucun détail descriptif ou circonstanciel, proscrit le point et privilégie le témoignage alterné de chacun des six personnages majeurs du drame sans se soucier non plus d'ordre ou de chronologie. Tous les récits étant à la première personne du singulier et apparemment sans autre logique que l'afflux des souvenirs du locuteur, le lecteur se retrouve face à une sorte de récit « choral », un peu incantatoire (avec redîtes des points importants) proche du registre du théâtre antique. La phase d'adaptation passée, on peut apprécier ce texte magnifique, plein de sensibilité, d'honnêteté (rare sur un tel sujet, la bassesse et l'horreur étant équitablement répartie entre les deux camps) et d'humanité. On ne ressort pas indemne de la lecture de ce long pavé (475 pages) qui illustre parfaitement le drame de la colonisation en général, « fardeau de l'homme blanc » (Kipling dixit) et celui de l'Algérie en particulier.
4/5
Citations : « ... la terre sur laquelle il était assis n'était plus la terre qu'il avait connue, qu'en y plongeant la main, il y découvrirait les nappes de sang coagulé d'un bon million de morts. »
« C'est dans le sang de ta grand-mère et celui de ses assassins que Montaigne s'est construit, et c'est dans le sang des colons et celui des Arabes que l'Algérie est devenue française, pas autrement, alors c'est dans ce sang toujours prêt à couler qu'il fallait vous tenir pour garder le pays
mais le sang a coulé, Jules
- Pas suffisamment
08:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire
05.11.2009
Marie des Vignes (Jean-Pierre Védrines)
En ce tout début de XXème siècle, une famille de vignerons du Midi s'échine à faire prospérer quelques arpents de vigne dans des circonstances difficiles: rien ne leur est épargné ni le choléra, ni les inondations dues aux caprice de la Vidourle, ni le phylloxéra et autres maladies de la vigne, ni la surproduction avec l'arrivée des vins du Maghreb et la baisse des cours, ni les révoltes insurrectionnelles, ni les grèves générales et les répressions sanglantes décidées par Clémenceau. Et comme si tout cela n'était pas encore assez, voilà que Pierre, le fils aîné et successeur désigné, parti à la guerre, meurt dans les tranchées. L'avenir de la petite exploitation familiale repose sur Marie, la cadette, qui est courtisée par un riche manadier mais qui lui préfère Jean, un simple journalier, ce qui n'arrange pas les affaires de la famille...
Un joli roman de terroir particulièrement bien documenté autant sur le plan historique, que géographique ou technique. On apprend énormément de choses sur la culture de la vigne et la vie du peuple dans ce petit coin de Languedoc entre 1900 et 1919. Livre bien écrit, truffé d'expressions locales et de mots occitans sans doute pour faire couleur locale et très agréable à lire. On peut juste reprocher à l'auteur d'avoir accumulé une quantité invraisemblable de catastrophes au-dessus de la tête de personnages peu nuancés et de s'être un peu trop laissé griser par quelques effluves d'eau de rose. Agréable pour les habitué(e)s du genre sentimentalo-agricole...
3/5
09:22 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : terroir
03.11.2009
TAU ZERO
Pour les amateurs de science-fiction en général et les fans de Poul Anderson en particulier, je publie, à partir d'aujourd'hui, ma traduction de "Tau Zéro", toujours inédit en version française, chapitre par chapitre sur la version wordpress du blog.
Si le lien n'affiche pas directement la page, faire un copié-collé dans la barre.
09:08 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : sf
01.11.2009
Le pays d'octobre (Ray Bradbury)
Une personne de petite taille qui vient chaque jour s'admirer dans le miroir grandissant d'un stand de parc d'attraction. Un couple qui découvre qu'au Mexique des morts dont la famille n'a pas pu payer la redevance sont exhumés et transformés en momies par la sécheresse du climat. Un américain moyen ennuyeux comme un bonnet de nuit qui devient la coqueluche d'une bande de snobs avant-gardistes et branchés. Un hypochondriaque qui souffre de ses os et que son médecin ne prend pas au sérieux en arrive à s'adresser à un étrange charlatan. Un paysan qui achète à un forain un bocal contenant une « chose » ressemblant à une méduse ou à un cerveau conservé dans le formol se retrouve le centre d'intérêt de tout son village. Un petit malade qui se sert de son chien pour rester en contact avec le monde. Deux vieillards qui tentent de venir en aide à une femme particulièrement agressive. Une jeune mère qui s'imagine que son nouveau-né cherche à la tuer. Des badauds qui s'agglutinent sur le lieu d'un accident à une vitesse stupéfiante. Une vieille dame qui refuse de mourir et va jusqu'à récupérer son enveloppe corporelle à la morgue. Une réunion de vampires, sorciers et autres zombies. Un locataire qui a tout d'un tueur en série mais qui va se retrouver à la merci d'un enfant.
Toute une galerie de personnages étranges, fantastiques ou dangereux se retrouvent dans ce recueil de nouvelles de l'immense Ray Bradbury. Inutile de rappeler la qualité de l'écriture, du style et du récit. La plupart des textes relèvent du registre de l'étrange (on ne peut qu'y voir l'influence de Poe, Hawthorne ou Lovecraft). Ici, point de science-fiction. Nous ne sommes pas dans « Les chroniques martiennes », mais de l'étrange au quotidien, du fantastique et même de l'horreur comme dans « Le petit assassin », la meilleure nouvelle de ce recueil qui en comporte 19 presque toutes aussi bonnes les unes que les autres.
4/5
08:53 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : fantastique
30.10.2009
Lorsque nous étions rois (Mélanie Mendelewitsch)
Pur produit de la jeunesse dorée, Alicia, 20 ans, étudiante peu assidue, passe ses nuits dans les clubs et les endroits les plus branchés de la capitale, court derrière un DJ à demi-célèbre, boit beaucoup et consomme moultes substances illicites pour oublier sa dure condition. Abandonnée sans un mot d’explication par Antoine, le DJ, elle tente de se consoler dans les bras de petits copains de rencontre qu’elle préfère choisir « branchés » musique, danse ou design pour ne pas tomber dans le trip bourgeois. Il va sans dire qu’elle va d’échecs patents en déceptions cruelles. Heureusement qu’elle a sa bande de copine pour la soutenir et lui remonter le moral dans les moments difficiles. Il faut bien que jeunesse se passe. Que deviendra la fringante Alicia dans dix ans ?
Un premier roman écrit dans un style de langage parlé très actuel avec une absence apparente de recherche. On croit lire un long article de « Cosmo » ou de « Biba » à moins que cela ne soit que la transcription d’une longue confession enregistrée sur magnétophone. Si l’on ne s’apitoie pas vraiment sur le sort de cette « pauvre petite fille riche », on peut être intéressé par cette plongée dans le monde des « groupies », « party girls » et autres « people » qui n’ont qu’un intérêt dans la vie : s’amuser. Une autre facette d’une génération un peu paumée, accro à « Myspace », « Facebook », aux textos et au web, propulsée dans des célébrités aussi factices qu’éphémères et victime d’une certaine forme de vacuité exacerbée par la dictature du look, de l’image et du jeunisme. Un bouquin qui aurait pu être insipide et insignifiant s’il n’avait été truffé d’humour et de remarques d’une grande lucidité.
3,5/5
08:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : groupie, party girl
28.10.2009
Les Vierges et autres nouvelles (Irène Némirovsky)
Femmes se lamentant sur leur sort. Mères abîmées dans le regret du temps où elles étaient belles, aimées et dévouées à leurs enfants et à leurs maris. Fils et fils hantés par la malédiction de l'hérédité. Petits souvenirs d'enfance, de guerre, de vie au village. Histoires de fantômes, de destin contraire, de paranormal ou d'adoption ratée dans une famille nantie. Scénario à demi achevé pour un film néo-réaliste sur le monde de la prostitution. Un étrange fourre-tout que ce volume et pas vraiment un recueil de nouvelles du niveau claironné en 4ème de couverture.
On a l'impression que l'éditeur a raclé tous les fonds de tiroirs pour profiter jusqu'à la dernière goutte du succès d'une femme écrivain dramatiquement disparue dans la nuit et le brouillard d'Auschwitz et couronnée longtemps après sa mort (2004) du Prix Renaudot pour « Suite Française ». Némirovsky a indéniablement une plume, sait fort bien rendre vivants les dialogues et analyse avec une précision d'entomologiste les sentiments et les motivations de ses personnages. Malheureusement, un certain nombre des textes présentés sont sans grand intérêt excepté ceux qui relèvent d'un registre inhabituel pour l'auteur, celui de l'étrange ou du fantastique et qui, par comparaison, semblent bien supérieurs aux autres. (« Magie », « Les cartes », « Les revenants »). Quel dommage que « Film parlé », le texte le plus faible, un scénario qui ne donna même pas lieu à un court métrage, occupe presque la moitié du recueil !
2/5
09:22 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques
26.10.2009
Marlène Dietrich et les bretelles du Père Eternel (Pierre Stolze)
Durant l’hiver 1924-1925, deux archéologues américains montent une expédition dans le terrible désert du Taklamakan pour tenter d’y découvrir une cité mystérieuse, cachée au cœur d’une faille secrète si l’on en croit la légende. Ils finissent par découvrir cette oasis qui abrite un petit peuple qui vit hors du monde et garde dans des grottes toutes sortes de trésors : une statue de danseuse dorée à l’or fin et surtout l’Ultime Joyau, la plus sacrée de toutes des reliques du Bouddhisme, capable de changer le destin du monde et qui attirera la convoitise de beaucoup de monde. A commencer par celle des nazis…
Troisième et dernier volet d’une trilogie « hollywoodienne » (« Marylin Monroe et les samouraïs du Père Noël » et « Greta Garbo et les crocodiles du Père Fouettard » étant les deux premiers), ce livre est une sorte de roman historique et d’aventures plus qu’un roman de science-fiction à proprement parler. On sent nettement l’influence d’Indiana Jones ou de Bulwer Lytton dans cette histoire de civilisations perdues, de trésors cachés et d’aventuriers d’avant guerre. La touche de fantastique et de science-fiction n’intervient qu’à la deux centième page (sur 300) quand l’auteur fait basculer son histoire dans l’étrange, l’improbable et l’onirique, ce qui nuit à l’unité du récit mais relance un peu l’intérêt du lecteur écœuré par les horreurs racontées dans les chapitres sur Auschwitz. Et que vient faire Marlène Dietrich dans tout cela ? Pas grand-chose car elle n’apparaît que dans les toutes dernières pages. Le héros la croise par hasard dans un aéroport. Œuvrette bien écrite, mais sans style particulier et surtout sans grand humour, ce qui est rédhibitoire si l’on veut jouer la carte du fantastique déjanté. Enfin n’est pas Pratchett ou Gaiman qui veut…
2,5/5
09:12 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fantastique
24.10.2009
Dernière adresse (Hélène Le Chatelier)
Niamh est une vieille dame d'origine irlandaise qui a quitté son pays pour suivre Georges, “le meilleur des maris”. Maintenant qu'elle est veuve et perd un peu ses facultés, ses enfants la placent dans une maison de retraite, qui n'est qu'un mouroir, une antichambre de la mort où elle ne trouve qu'ennui et inhumanité. Elle tente d'échapper à son sort par le rêve, le souvenir de ses innombrables voyages avec Georges et d'aussi improbables collections que celle des Flanby ou des stylos japonais. Un lourd secret perce cependant en filigrane...
Très très court roman (91 pages en gros caractères) bien écrit dans un registre sentimental et compatissant emprunt d'un certain pathos. Le lecteur ne peut que s'attacher au personnage de cette vieille dame "indigne" qui ne se résout pas complètement à la décrépitude et à la déréliction de la vieillesse. Le Chatelier analyse au microscope les sentiments, pulsions, désirs, envies, dégoûts de son personnage en en racontant moins que le minimum sur les faits marquants de son existence. De ce décalage, qui peut sembler agaçant, ressort une certaine forme d'étrangeté qui permet à ce texte d'échapper à la collection Harlequin...
3/5
09:28 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : troisième âge
22.10.2009
Marilyn Monroe et les samouraïs du Père Noël (Pierre Stolze)

Inutile d'essayer de donner une idée même succincte de son intrigue tant celle-ci part dans tous les sens. Disons que l'on rencontre une série d'improbables personnages tels le Prince Gandalf, kidnappé par des pirates de l'espace et qui se retrouve sur la planète Echo, au milieu d'un désert, recueillie par une petite fille qui vit dans une cité des sables uniquement habitée d'enfants encadrés par « Ceux qui servent », en réalité d'étranges samouraïs. Un enquêteur chargé quelques temps plus tard d'une mission sur les lieux tombe amoureux du clone sosie ou même de l'authentique actrice américaine, femme du Père Noël, sorte de Père éternel tirant les ficelles en coulisses. Il se retrouve dans la cité au moment où Attila l'assiège avec ses Huns. Si on y ajoute l'intervention d'un Tyrannosaure et d'un char allemand de la seconde guerre mondiale, on a une petite idée du délire décrit...
Une histoire abracadabrantesque, un divertissement délirant, plein de fantaisie, d'humour, bien dans le style de Pratchett ou Gaiman mais en un peu plus « érudit », mais pas trop. C'est amusant, agréable, bien écrit, les idées fusent, les trouvailles abondent et le lecteur se prend au jeu à condition qu'il ne soit pas trop cartésien ou rationaliste, ceci en dépit d'une intrigue un peu faible. Ce livre m'a semblé bien supérieur à « Marlène Dietrich » qui usait des mêmes ingrédients, décor et autres loufoqueries mais avec nettement moins de réussite. Inutile de chercher à classer cet OLNI (objet littéraire non identifié), science-fiction (pour le décor) ? Anticipation ? (pas vraiment) Fantaisie ? Féérie ? Oui, mais surtout déjanté, barré, humoristique et dingue... Classé avec raison parmi les 50 meilleurs romans de SF jamais écrits par l'Encyclopédie de la Bibliothèque idéale.
4,5/5
08:48 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sf
18.10.2009
L'A26
A une époque mal définie (années 70 ? 90? de nos jours ?), quelques personnages de ch'timis assez particuliers : Yolande qui, après avoir été tondue à la Libération, non pas tellement pour avoir couché avec un soldat allemand, mais surtout pour s'être refusée à certains, vit recluse chez elle, tous volets clos et observe le monde par un petit trou. Bernard, son frère, retraité SNCF, qui sacrifie sa vie pour elle et se débat contre un cancer. Marqué par la mort depuis la guerre, il ne fait pas bon croiser sa route, que l'on soit chien, femme, enfant ou petit dealer en manque. On risque de finir coulé dans le béton de l'autoroute A26 en construction.
De bien pauvres vies, de bien misérables spécimens d'humanité, traumatisés, psychopathes, aussi alcooliques que tarés. Des gens que l'on aurait pas trop envie de rencontrer dans la réalité, bien rendus sous la plume minimale de Stéphane Garnier, sans descriptions ni fioritures inutiles. Des faits et des dialogues bruts de décoffrage un peu dans le style de Mingharelli, Fournier ou Vacca. Une plongée inquiétante dans un monde glauque et peu ragoûtant. Une description de la vie des prolétaires nordistes aux antipodes de « Bienvenue chez les Ch'tis ». Etrange et dérangeant.
4/5
08:28 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social











<






