11.05.2008
ULTREIA (6)
Pour ce huitième jour de Meseta, nous abattrons 23 km qui nous mèneront dans le froid, le soleil et le vent jusqu’à San Justo de la Vega autant dire aux portes d’Astorga. On commence par longer la N 120 dans un paysage toujours aussi plat jusqu’à Hospital de Orbigo, jolie ville médiévale avec son immense pont de 19 arches sur le rio Orbigo. Et enfin le chemin quitte cette damnée route pour serpenter dans la campagne et attaquer les toutes premières collines sur environs huit km. Enfin, le plat se termine. Arrivés sur un vaste plateau désertique, nous apercevons au loin la cathédrale d’Astorga et au tout dernier moment, dans un repli de terrain le petit village de San Juan où nous nous prenons une chambre à l’hôtel July. Il nous reste cinq km avant Astorga, dernière gare avant la montée vers la Cruz de Hierro, la célèbre Croix de Fer située à 1500 m qui est suivie d’une descente assez raide vers Ponferrada, puis d’une remontée vers O Cebreiro et une descente non moins rude avant l’entrée en Galicie.
Le lendemain, la décision est prise. Il faut être raisonnables et se résoudre à arrêter à Astorga. Inutile de tenter le diable. Le genou a peu de chance de tenir dans ces conditions et plutôt qu’un rapatriement « rock and roll », nous nous dirigeons vers la gare après une rapide visite de la ville et de sa belle cathédrale. Il y a un train pour Burgos à 12h38. Il arrive à 15h. Nous en attendrons un autre jusqu’à 18h 37. Il nous déposera à Hendaye à 22h 1à, trop tard pour attraper le Lunéa de nuit de 22h19, d’ailleurs complet. La chance étant quand même avec nous, nous pourrons nous glisser dans le dernier ITGV « Night » de 23h (avec boîte de nuit à bord que nous laisserons aux nombreux jeunes) et qui nous déposera aussi gelés qu’ahuris à six du matin dans une gare Montparnasse pour un retour à la civilisation un peu brutal. Où donc est passée la nature ? Les champs à perte de vue ? Les collines et les contreforts enneigés des Asturies qui barraient orgueilleusement l’horizon ?
Et cette lancinante question : Quand donc repartirai-je ?
(Fin... provisoire)
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10.05.2008
ULTREIA (5)
Cet arrêt à l’albergue San Pelayo de Puente Villarente (ville rue sans intérêt qui a tout d’une banlieue de grande ville) nous permet de réduire l’étape suivante qui correspond à notre arrivée dans la grande ville de Leon. Ma compagne se traîne, elle paie ses efforts sur des étapes trop longues pour ses moyens physiques. Elle souffre d’arthrose dans le genou droit et se bourre d’anti-douleurs et d’anti-inflammatoires pour pouvoir avancer sans trop souffrir. Nous sommes à deux doigts d’arrêter là et de reprendre le train. Nous visitons néanmoins le centre historique de cette ville magnifique avec le château Gaudi, le palais des Guzman et surtout la cathédrale avec ses vitraux immenses. Je n’en ai jamais vu d’aussi importants. Nous sommes accueillis à la Pension Blanca , proche du centre qui pratique un système de Bed et Breakfast bien sympathique. Si vous passez par Leon, je vous conseille l’adresse.
Le lendemain, cela va un peu mieux. Nous repartons donc à travers une série de banlieues et de zones industrielles peu intéressantes. Après Virgen del Camino, il aurait fallu opter pour le diverticule et ne pas suivre la nationale 120 qui rajoute à la pénibilité de ce sixième jour de ligne droite interminable, le désagrément d’un trafic routier important et bruyant. Mais l’état physique de ma compagne ne nous permet pas d’ajouter encore cinq ou six km à son supplice. Après vingt kilomètres de plat nous atteignons l’albergue municipale de Villadonga del Paramo où nous nous retrouvons à 7 français, fait suffisamment rare pour le faire remarquer. En effet, nous ne sommes pas majoritaires sur le « Camino Frances », loin de là. Les Espagnols forment l’écrasante majorité des pèlerins avec un fort bataillon d’Allemands et de Hollandais et un bon contingent de Coréens. Aucun Québécois ou Sud-Américain comme l’été dernier mais quelques anglais, irlandais et canadiens anglophones… Nous dînons au Bodega Del Vallee bizarrement tenu par le patron de l’albergue « municipale ».
(A Suivre)
09:25 Publié dans Spiritualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : camino
09.05.2008
ULTREIA (4)
L’étape suivante (19 km) nous amènera à El Burgo Ranero, autant dire nulle part tant le village est désert, minuscule, mort. C’est tout jute si une voiture apparaît toutes les heures et si on croise deux vieillards en tout et pour tout. C’est notre quatrième jour de Meseta et nous en avons déjà assez de ce chemin rectiligne qui est parallèle à une autoroute où ne circule pas grand-chose. On avance sous un magnifique soleil mais on a l’impression de n’arriver nulle part. C’est très déprimant quoi que cette solitude ait quelque chose de réconfortant et d’inquiétant à la fois… L’homme se retrouve au niveau de la fourmi. Minuscule, il progresse péniblement dans un univers immense vers un horizon qui recule à mesure qu’il avance. Il est si peu de chose, si faible, si démuni. Ses moyens physiques sont si réduits. Magnifique leçon d’humilité que cette traversée de l’océan vert espagnol ! Une vieille femme nous reçoit à l’accueil Jacobeo et nous propose une chambre propre mais non chauffée, comme d’habitude. Nous dînons à l’Hôtel del Pelegrino. Un si petit village comporte deux albergues (une publique et une privée) et la bagatelle de deux hôtels (un moyen et un supérieur). Les pèlerins se répartissent en fonction de leurs moyens. Un hollandais dont nous avons fait connaissance à El Burgo Ranero opte pour le meilleur hôtel. Nous-même pour l’auberge privée un peu plus propre que la publique et un autre pèlerin, également hollandais d’Amsterdam, grand gaillard sympathique et un peu déjanté se rabat sur la municipale qu’il qualifie de moins « commerciale ». Ce gars parle très bien français car il a passé quatre mois dans un temple bouddhiste du côté de Sarlat et a un petit côté moine vagabond avec sa grande barbe blanche et ses longs cheveux blancs relevés en chignon au dessus de la tête un peu comme un sadhu indien. Tout est merveilleux pour lui. Il sourit tout le temps en ponctuant toutes ses affirmations de « Super ». Nous ferons quelques étapes avec lui.
Le lendemain, cinquième jour de Meseta. Toujours le beau temps et les lignes droites. Après 19 km, nous atteignons le joli village au nom si rustique de Mansilla de las Mulas. Un type en Mercédès s’est arrêté sur le chemin pour nous donner une pub vantant une albergue privée située 6 km plus loin. Il fait beau. Il n’est pas tard, pourquoi ne pas les faire ? L’auberge est très agréable, bien tenue. La patronne a vécu en France et nous propose même de nous faire à manger. Nous dégusterons une délicieuse et authentique tortilla et dormirons comme des bienheureux dans un dortoir très propre et peu rempli. Nous nous féliciterons de notre choix quand nous retrouverons note ami bouddhiste hollandais qui nous racontera que dans l’albergue de Mansilla, il n’a pas pu dormir car elle était bondée et surtout située juste en face d’une boîte de nuit qui a fait du boucan jusqu’à trois heures du matin.
(A Suivre)
09:20 Publié dans Spiritualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : camino
08.05.2008
ULTREIA (3)
Le lendemain, grosse étape, 26 km, alors que d’ordinaire nous en abattons un maximum de 20. Qui veut aller loin ménage sa monture. Le paysage est magnifique, grandiose, désert dans cette longue montée vers la Meseta de Mostelares. Nous atteignons le pont romain d’Itero de la Vega et descendons ensuite sur Boadilla del Camino. Il ne pleut plus, mais un terrible vent glacial nous frappe de face, ralentissant d’autant notre progression. Nos cinq derniers kilomètres se passent le long du canal de Castille qui semble ne pas devoir finir. A l’entrée de Fromista, un coup d’œil aux écluses en escalier avant d’admirer l’église romane et de nous reposer à la Pension Marisa. On a bien marché, on s’accorde un peu de confort. Ras le bol des dortoirs gelés.
Nous repartons le lendemain à 7h par un temps bien froid mais enfin sans pluie ni vent. Cette fois, nous y sommes tout à fait dans la Meseta , bien plate, bien verte avec ses champs de blé à perte de vue et ses lignes de peupliers qui fuient à l’horizon. Nous suivons un autre canal puis une route toute droite et complèment vide jusqu’à Carrion del Condes. Nous dormons au Monastère des Clarisses pensant y trouver accueil spirituel et pension. J’avais vu un reportage sur le lieu. Sans doute devait-il autant dater que celui sur l’ermite de San Juan de Ortega qui accueillait les pèlerins avec une soupe à l’ail. Le Padre est mort et il n’y avait plus rien quand nous sommes passés l’an dernier et les Clarisses de Carrion ont disparues, leur couvent a été transformé en musée et nous nous retrouvons dans une petite chambre carrelée du sol au plafond et aussi froide qu’un frigidaire. Rien pour faire la cuisine excepté un four à micro-ondes dans la cuisine. On achète une pizza en ville et la faisons cuire par ce moyen peu adapté. On se régalera avec cette pâte caoutchouteuse avant d’aller se coucher dans cette ex-cellule qui ne sera chauffée qu’une heure. Impossible d’espérer mieux en cette saison…
Nous repartons vers 7 h avec un temps très couvert et sous une sorte de crachin breton. Paysage plat, monotone, longues lignes droites interminables et éternels alignements de peupliers le long des cours d’eau. Une heure avant l’arrivée à Ledigos (23 km) nous nous retrouvons complètement douchés par une pluie assez forte qui s’arrête brusquement quand nous atteignons l’albergue Palomar dans ce village perdu au milieu de nulle part.
Le lendemain, enfin le soleil et le ciel bleu réapparaissent. Courte étape de 18 km, très plate. Encore et toujours cette damnée Meseta. Nous arrivons à Sahagun vers 13 heures. L’albergue municipale se trouve dans une ancienne église désaffectée. Elle doit être glaciale. Nous lui préférons l’Albergue privée Viatoris tenue par un brave homme qui a mis tous ses talents artistiques à décorer le lieu de façon assez naïve. La façade est décorée de tous les symboles possibles et imaginables du Camino : Croix templière, croix des chevaliers de l’Espada, Tau, etc. Le bar comporte un vitrail en forme de rosace naïve et la cour une jolie tour néo-médiévale en galets. Il nous propose une très jolie chambre pour 5 euros de plus que le dortoir. Sahagun est une vraie petite ville, la première que nous voyons depuis Burgos. Il y a des voitures, de l’animation, une autoroute, une gare où deux trains s’arrêtent dans la journée. Nous y retrouvons un creusois qui s’arrête là pour cause de tendinite dans le pied. Il a déjà fait quatre fois le Camino et nous prodigue quelques bons conseils pour la suite.
(A Suivre)
09:15 Publié dans Spiritualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : camino
07.05.2008
ULTREIA (2)
Parti de la gare d’Austerlitz à 19h 45, l’Elipsos, le train de nuit « de luxe » (il ne comporte que des premières) de la Renfe nous déposera à Burgos à 6h 40 du matin après une nuit peu reposante dans des sièges inclinables assez peu confortables. Il existe également des cabines de deux couchettes à un prix exorbitant et d’autres plus accessibles en comportant quatre. L’ennui c’est qu’hommes et femmes sont séparés sous prétexte que beaucoup de gens dorment complètement nus ! Il fait encore nuit. Nous commençons à longer le rio Almazon en suivant une très agréable allée bordée d’arbres. Il fait un froid de canard et un léger crachin « breton » du matin n’arrêtera pas les pèlerins. Seule la machine à café de l’albergue située à la sortie de la ville y parviendra. Nous y rencontrons un jeune suisse bien sympathique et qui souffre de contractures à la cheville et au pied. Il a franchi les Pyrénées au début du mois dans le froid et la neige et a dû subir la pluie et le vent depuis trois semaines. Nous y rencontrons également quelques coréennes qui sont nombreuses sur le Camino. Nous en avions déjà croisé beaucoup l’an dernier. Nos rapports se résument à quelques mots, sourires ou gestes. En général, elles ne parlent ni anglais, ni français et presque pas espagnol. Autre rencontre : une instit qui passe chaque année une quinzaine de jour seule sur le chemin, son mari détestant la marche. Elle a arrêté l’an dernier à Burgos suite à une tendinite et reprend cette année à petits pas.
Nous franchissons les quelques collines qui entourent la cuvette où se niche Burgos, arrivons à Rabé de las Calzadas, minuscule village de la campagne profonde. Désert. Pas d’habitants en vue, pas de voitures. Des volets fermés, des maisons qui semblent vides, d’autres qui sont abandonnées, écroulées. Seul un bar fonctionne. Il propose des « bocadillos » et des boissons aux pèlerins qui donnent un peu d’animation à cet endroit perdu. En début d’après-midi, nous atteignons le but de notre première étape, Hornillos del Camino, autre trou perdu avec son albergue juste à côté de l’église (fermée comme la plupart en Espagne, ce qui n’est pas sans désoler le malheureux pèlerin). Elle sera bondée, glaciale car non chauffée, excepté la salle commune où tout le monde s’entasse à la recherche d’un peu de chaleur. Partout ce ne sont que capes, vêtements et affaires à sécher.
Le lendemain, encore quelques collines à franchir toujours sous la pluie avant que le paysage ne commence à s’aplatir. Nous approchons de la fameuse et redoutée Meseta. Nous couchons à Castrojeriz à l’albergue Casa Nostra tenue par un jeune qui parle français et ne sait quoi faire pour rendre la vie agréable à ses pèlerins. Malheureusement, sa vieille baraque est encore en travaux, elle ne comporte qu’une seule douche utilisable et trois malheureux WC pour une cinquantaine de personnes. Il y règne un froid de loup car il n’y a pas de chauffage. Nous surnommons le lieu « Le Château des Courants d’air ». Nous nous ferons des pâtes, du thé, du café, de la soupe bouillante pour essayer de nous réchauffer, mais en vain. En fin d’après-midi, à force d’arpenter ce magnifique village médiéval (aussi désert que tous les autres), je trouverai un coin abrité du vent où je pourrais profiter de l’apparition du soleil entre deux nuages pour chauffer mes pauvres os transis…
(A suivre)
09:10 Publié dans Spiritualité | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : camino
06.05.2008
ULTREIA
Me voici donc de retour après deux nouvelles semaines sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle, le célèbre Camino. Une fois de plus, l’atterrissage fut rude à 6 heures du matin dans ce hall glacé de la gare Montparnasse… Retour à la civilisation, à l’ultramoderne solitude. C’est un jour férié et pourtant les gens courent à leurs affaires, le visage fermé, comme si l’avenir du monde dépendait de la vitesse avec laquelle ils arpentent les quais de la gare ou les couloirs interminables du métro. Je croise une bande de gothiques hagards, des camés perdus dans leurs trips et écroulés sur les tables des cafétérias pas encore ouvertes et quelques spécimens de la faune nocturne rentrant après leur nième « after ». Quel choc après les grandes étendues désertes de l’Espagne profonde ! J’ai l’impression d’être happé par un autre monde, une sorte de monstruosité froide, sale, grise et terne qui ne peut que révulser et donner envie de repartir au plus vite sur le chemin…
Et pourtant, cette année ce ne fut pas une partie de plaisir, loin de là. Parti trop tôt dans l’année, j’ai eu droit à trois jours de pluie, de froid et de vent suivis par une grosse semaine de soleil brûlant mais doublée de vent glacial, toujours plein ouest, c'est-à-dire de face et contre lequel il faut lutter pour avancer dans une plaine dont on ne voit jamais le bout. La Meseta , cette plaine espagnole immense, plate comme la main avec ses champs à perte de vue, cet horizon qui recule à mesure que tu avances, cette impression d’avoir un océan de blé en herbe à franchir, ce désert vert où les villages sont espacés de 12 à 15 km, ce qui pour le marcheur signifie 3 à 4 heures de marche sans voir une maison, une voiture, un humain excepté quelques autres pèlerins plus rapides que lui.
Car chacun a sa méthode pour venir à bout de cette semaine de traversée désespérante, déprimante au possible. Les Espagnols marchent vite, très vite, disons à quatre et demi ou cinq kilomètres/heure environ. Ils se mettent en route très tôt, au lever du jour, au plus tard vers 7 heures et ne s’arrêtent de marcher qu’à l’arrivée à l’albergue vers midi ou une heure après 25 à 30 km de marche dans la matinée. Ils y prennent le repas de midi après avoir acheté quelques provisions dans de misérables et minuscules « tiendas » (épiceries) dignes du tiers monde. Le moindre « Mini-Casino » du plus minable village de la campagne française parait une caverne d’Ali-Baba, un déballage de luxe et de variété à côté de ces petites boutiques si peu achalandées. Ensuite, les pèlerins espagnols se couchent pour la sacro-sainte sieste et dorment jusque vers cinq heures, heure de réouverture des boutiques. Les plus fortunés vont manger le soir un « Menu del Peregrino » en général au alentour de 10 euros, 3 plats à peu près toujours les mêmes avec « vino tinto » à volonté. A dix heures au plus tard, extinction des feux et silence dans les dortoirs. Les plus matinaux feront sonner les réveils vers 5h30 ou 6h du matin et après un café ou un thé promptement avalé (a ces heures, inutile d’espérer trouver un café ouvert pour le moindre « desayuno » avant 9 ou 10 heures) et toute la troupe se lancera dans une nouvelle journée de marche en espérant voir enfin le bout de cette morne plaine…
(A Suivre)
09:07 Publié dans Spiritualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : camino
04.05.2008
Serial Killer (Carole Fréchette)
Ce livre regroupe quatre courtes pièces de l’auteur dramatique québecoise Carole Fréchette que j’ai eu l’occasion de rencontrer lors de la représentation de « Serial Killer » interprété à la Ferme Godier par Nathalie Bastat et Michel Aymard de la Compagnie Issue de Secours, le 16 février dernier. Il s’agit d’une femme, belle et indifférente qui assassine des amours et qui en collectionne les dépouilles, laissant son amoureux abasourdi devant cette violence aussi incompréhensible que cruelle.
Dans la deuxième pièce, une jeune femme vend au plus offrant des « Morceaux choisis » de son corps ainsi que des émotions ou des souvenirs heureux de son passé dans une mise aux enchères qui confine au désespoir et au monstrueux. Une fable étrange sur le pouvoir de l’argent.
Pour la troisième, quatre personnes, le père, la mère et les deux enfants devenus adultes peinent à prendre la pose pour une photo de famille qui en rappelle un autre, celle des temps heureux de l’enfance et de l’insouciance, temps que l’on souhaiterait éternel.
Et enfin, dans la quatrième piécette, « Sur la route 1 », cinq jeunes gens marchent vers la perte de leurs illusions et découvrent à chaque pas un peu plus de l’atroce réalité de la guerre avec en surimpression, leurs rêves, leurs envies, leur histoire…
Quatre exemples de l’art de Carole Fréchette, une dentellière de l’absurde, une lointaine petite nièce du grand Ionesco qui sait à merveille distiller l’angoisse, le doute, l’étrange et bousculer les certitudes du spectateur.
4/5
09:22 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : théâtre
03.05.2008
J- 2 avant parution du MAMMOUTH
Un autre extrait de l'introduction de Marc Le Bris:
"Car la crise de la fin du XXème siècle n'est pas une guerre – et je m'excuse bien d'oser de telles comparaisons, où les millions de vies sacrifiées de ces jeunes hommes sont comparées sans précaution à la culture perdue pour des millions d'enfants d'aujourd'hui. La vie ôtée comparée à, seulement, la culture perdue. Je vous demande pardon, chers grands-pères.
Mais gardons tout de même, en manière d'hommage, la comparaison, en ces temps où les derniers d'entre eux viennent de nous quitter. Gardons l'analogie, parce que, bien que difficilement comparable à la mort industrielle de cet enfer d'acier, la culture perdue pour dix ou vingt générations est un scandale stupide aux conséquences dramatiques. Gardons la comparaison, parce que la structure est la même. Une théorie pédagogique inepte, fausse et impraticable, est imposée manu militari, par des jeunes inspecteurs enfiévrés de leur mépris envers la basse masse des simples exécutants que nous sommes. Comme jadis, tous les officiers ne sont pas aveugles, certains sont mêmes de bons hommes et ils savent soutenir leurs troupes ... mais alors, il leur manque le courage d'affronter leur état-major, installant ce cercle vicieux où l'on accuse vers le bas par lâcheté d'affronter le haut ... système qui amène inévitablement que l'on fusillera toujours le plus courageux des exécutants. Cercle vicieux de l'état major de 14, du bureaucrate russe de 50 et de l'inspecteur de l'éducation nationale de l'an 2000. Ce n'est pas une question de gentils et de méchants, de gauche et de droite ... non, il s'agit seulement d'une structure naturelle, quand la théorie militaire, économique ou pédagogique est fausse et que les responsables ne sont ce qu'ils sont que par conformité idéologique. Quand les officiers ne descendent plus à la tranchée, quand les commissaires du peuple ne descendent plus à la mine, quand les inspecteurs ne descendent plus à la ZEP.
Non, la crise de la fin du XXème siècle n'est pas une guerre. Elle n'est qu'une énorme crise culturelle, une crise de civilisation, une crise de la transmission. La fin du XXème siècle a inventé une théorie qui interdit la transmission des pères à leurs fils, et elle l'a appliquée. L'élève regarde les mots et il en déduit lui-même l'écriture ; l'élève regarde les phrases, et il en déduit la grammaire ; l'élève regarde la nature et il en déduit l'ADN ; l'élève regarde une situation-problème, et il en déduit la division, dont il invente une technique au passage ... Accordez-nous, cher lecteur, qu'il s'agit bien d'une crise extrêmement grave, de fait et de conséquences.
http://www.editionstempora.fr/titres/le_mamouth_ma_tuer_t...
09:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : education nationale
02.05.2008
La grande rivière au coeur double (Ernst Hemingway)
Juste de retour du front italien où il a participé à la fin de la première Guerre Mondiale, le jeune Nick Adams, avatar d’Ernst Hemingway lui-même, est un écrivain en herbe qui se retrouve dans les environs d’Horton’s Bay, près du lac Michigan dans la région de son enfance. Dans un paysage grandiose, il décide de camper au bord d’une rivière pour s’y consacrer à son sport favori : la pêche au lancer. Il s’y sent heureux et serein.
Ce premier texte est une sorte de préfiguration du « Vieil Homme et la mer ». Il aurait pu être intitulé « Le jeune homme et la truite ». Tous les thèmes chers au grand auteur s’y trouvent déjà : la vie libre dans une nature inviolée, la solitude de l’homme, les joies de la pêche et la complicité ambivalente avec l’animal.
Le second texte nous parle de ses amours avec la jeune Kate, de la joie des plongeons et des baignades dans le lac avec une bande de copains et surtout de la douceur des nuits d’été en galante compagnie…
Deux oeuvres de jeunesse qui permettent de découvrir l’énorme fossé qu’il y a entre une écriture encore engluée dans les clichés, les redîtes et les lourdeurs révélatrices d’un manque de métier et une véritable œuvre d’écrivain au sommet de son art. Nul doute qu’écrit par un inconnu, ce livre n’aurait jamais trouvé à être édité !
2/5
09:25 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : pêche
30.04.2008
Carnets du Cap Horn (Pierre Stéphan)
Le brestois Pierre Stephan, capitaine à 25 ans de l’un des plus beaux et des derniers grands quatre-mâts à voile français, « le Félix Faure », fera onze fois le tour du monde de 1896 jusqu’à la guerre de 14 pour aller chercher le nickel de Nouvelle Calédonie et le ramener en France ou en Angleterre. Il sera l’un des derniers témoins de la fin de la marine à voile, de l’époque mythique des grands clippers qui faisaient la course pour importer vers l’Europe le thé de Chine, la laine d’Australie ou les phosphates du Chili…
Dans ce livre, son petit-fils, Roland Paringaux nous présente une nouvelle version d’un recueil familial intitulé « Souvenirs de Pierre Stephan, capitaine cap-hornier » basé sur des enregistrements sonores recueillis de la bouche même de son grand-père. Il y a adjoint le journal de bord de sa jeune épouse, Marie-Jo, qui a pu l’accompagner dans trois de ses voyages.
Ces deux témoignages croisés nous sont infiniment précieux à une époque qui voit le retour des grandes courses à la voile autour du monde (tel le Vendée Globe qui ne fait que suivre à nouveau cette route hyper dangereuse avec un luxe de moyens technologiques inconnus de nos anciens). Ils nous permettent de mieux comprendre leur courage, leur abnégation et leur modestie. Les Cap-horniers constituaient l’aristocratie de la mer dont les fiers voiliers, victimes du modernisme et des lois sociales finirent leurs jours à Saint Nazaire, le long du sinistre quai La Martinière … Un livre témoignage utile pour l’Histoire et passionnant pour les amateurs de voile.
08:54 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : histoire












