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21/02/2018

Les chiens d'Himmler (François-Albert Viallet)

Les chiens d'Himmler.jpgEn juin 1940, dans une France battue et envahie, François-Albert Viallet est arrêté par des agents de la Gestapo en compagnie d’un camarade. Commence alors pour les deux Français un long périple, en voiture et en train, qui les mènera jusqu’à Berlin, après plusieurs étapes dans diverses prisons (Wiesbaden, Mayence et Francfort). Dans la capitale du Reich, le narrateur se retrouve dans la prison de la préfecture de Police, à l’Alexanderplatz. Pendant plus de quatre mois, il croupit dans le dépôt numéro 1, surnommé « la cuisine du diable », avec 400 autres prisonniers « politiques » dans des conditions effroyables de crasse et de promiscuité, les lieux étant prévus pour une vingtaine de détenus. Torturé par la faim et rongé par la vermine, l’auteur observe que tout le monde ou presque a été arrêté de façon arbitraire. Ainsi le doyen, Juif de 83 ans, s’est retrouvé raflé pour s’être promené dans la rue à une heure tardive. Partout, une stricte hiérarchie raciale a été décrétée par les nazis : les prisonniers allemands sont toujours les premiers et les mieux servis et font également office de kapos, souvent pires que les gardiens officiels. Tout en bas de l’échelle sociale, se retrouvent les Polonais et les Juifs.

« Les chiens d’Himmler » est à la fois le témoignage d’un homme ayant passé une vingtaine de mois dans les geôles nazies et un essai sur le système judiciaire et carcéral hitlérien. Il faut attendre la moitié de l’ouvrage pour savoir pour quelles raisons, F-A Viallet s’est retrouvé dans cette pitoyable situation. On le soupçonne d’espionnage et de complicité avec des antinazis allemands. En réalité, journaliste polyglotte (il servira d’ailleurs de traducteur aux Allemands), il lui est reproché d’avoir écrit avant guerre certains articles peu favorables au régime. La lecture de cet ouvrage publié en 1945 et donc vraisemblablement écrit « à chaud » et « à charge » est assez pénible voire laborieuse. Que de haine ! Que de souffrances ! Que d’absurdités kafkaïennes ! Quel manque d’humanité ! Tout comme le KGB d’autre sinistre mémoire, la Gestapo fonctionnait selon le principe monstrueux et totalitaire du « tous coupables », aussi extravagantes ou invraisemblables que puissent être les charges. Le tout étant de ne pas tomber entre leurs pattes, vu le peu de chances de s’en ressortir… Heureusement pour l’auteur, il parviendra à s’évader d’une façon totalement improbable et fort mal expliquée d’ailleurs. Ouvrage utile à titre de document pour la recherche historique, registre totalitarisme, propagande et manipulation des masses.

2,5/5

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19/02/2018

Le monde est mon pays (André Brugiroux)

le monde est mon pays.jpgPerpétuel voyageur, André Brugiroux, surnommé le pape des stoppeurs ou des routards, a passé la totalité de son existence à voyager en auto, bateau ou avion-stop dans le monde entier. Il peut se targuer d’avoir visité l’ensemble des pays du monde et même des territoires aussi improbables que l’archipel des Chagos ou aussi impénétrables que l’Arabie Saoudite, le dernier trophée qu’il accrocha à son palmarès. Né en 1937, il démarra son périple en 1955 en refusant de payer pour quelque hébergement que ce soit et en se limitant à un budget d’un seul dollar par jour. Et il y parvint. Au terme de 18 années d’aventures autour de la planète, il cumula 400 000 km parcourus et pas moins de 135 pays traversés. Fort de ce premier exploit, il monta un film, donna de nombreuses conférences qui lui permirent de continuer sur sa lancée et, au fil des années, des opportunités, des hasards et des rencontres, d’ajouter de nouvelles destinations jusqu’à atteindre récemment son but ultime…

« Le monde est mon pays » n’est pas à proprement parler un récit de voyage mais plutôt une réflexion sur un retour d’expérience. Brugiroux n’ayant pas tout raconté ni dans son premier opus « La terre n’est qu’un seul pays », ni dans son précédent « L’homme qui voulait voir tous les pays du monde », ajoute diverses anecdotes en les classant par thèmes : le rêve impossible, la peur de l’inconnu, les règles de l’art, le stop, la solitude, la Providence et bien sûr, la quête spirituelle. Brugiroux s’envisage avant tout comme un missionnaire, c’est-à-dire un homme chargé d’une mission, celle de propager les idées du baha'isme, religion qui prône la paix universelle par une sorte de syncrétisme général et grâce à un gouvernement mondial éclairé. Le livre est fort intéressant et très bien écrit (le globe-trotter a bénéficié de l’aide d’un journaliste, Jérôme Bourgine). Dommage qu’il y ait tant de redites. Un grand nombre d’histoires ont déjà été racontées dans les précédents ouvrages d’où une impression de radotage un peu lassante.

3/5

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16/02/2018

Dieu, malgré tout (Jacques Duquesne)

Dieu, malgré tout.jpgUn tsunami en Asie, une inondation à la Nouvelle-Orléans, un cyclone en Haïti, un ouragan, un tremblement de terre, une éruption volcanique. Des milliers de morts, des dégâts par millions. Comment un Dieu bon peut-il permettre le mal, les souffrances d’un enfant atteint du cancer ou celles d’un peuple injustement persécuté. Jacques Duquesne constate que le Mal semble être partout. « À tous ceux qui crient et se révoltent, il faut dire qu’ils ont raison de crier », dit-il. Dès le départ se pose le problème du péché originel qui aurait été à la source de tous les malheurs du monde. Sans parler qu’on peut même aller jusqu’à se massacrer pour la plus grande gloire de Dieu. Et pourtant, il y a la théorie de l’évolution. Le monde est en perpétuelle création. L’avenir serait donc plein de promesses car Dieu est perpétuellement à l’œuvre et aurait même besoin des hommes…

« Dieu, malgré tout » se présente comme un essai de vulgarisation théologique d’abord facile et compréhensible. L’auteur part des catastrophes naturelles, de tous les ratés de la création, continue sur la condition humaine, sa capacité au pire comme au meilleur et finit par poser le problème de la présence du mal. Pourquoi Dieu le permettrait-il ? Serait-il un Dieu vengeur ? Un Dieu se satisfaisant de sacrifices ou châtiant aveuglément l’innocent comme le coupable ? Aucun philosophe, aucun théologien n’a jamais pu résoudre ce problème. Après un détour par Darwin et Teilhard de Chardin, Duquesne en vient aux conclusions ultimes. Dieu n’est qu’amour et humilité. Il souffre et crie avec les souffrants. Il n’est pas tout-puissant et ne veut pas l’être car s’il l’était nous ne serions pas hommes. Et notre « liberté » ne vaudrait pas bien cher. Un livre qui donne à réfléchir tout en secouant quelques vieux dogmes au passage.

3/5

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14/02/2018

Histoires à lire (Six nouvelles)

Histoires à lire.jpgEn Irlande, Grand-père O'Behan, ne supportant plus de vivre avec son épouse, demande à un de ses fils de bien vouloir l’héberger. En retour, il agrandit la maison, « fabrique » de toutes pièces un arpent de bonne terre cultivable sur de la caillasse, construit des meubles et même son propre cercueil… Dans le Nord de la France, André, orphelin de mère, voit son père partir à la guerre en août 14 alors qu’il n’a que 9 ans… Frankie est la maîtresse de Robert, cadre marié, brillant et dynamique. Elle est tout heureuse de partir avec lui en escapade sur la Côte d’Azur. Mais au dernier moment, changement de programme : ce sera l’Irlande… La fille de Dora est renversée par la voiture d’un cadre qui s’en sort en déclarant qu’il n’était pas au volant. Dora veut à tout prix se venger… Dans un salon de thé londonien, une jeune femme rencontre Archie Marchbanks, comédien célèbre, qui s’est glissé incognito parmi les clients… À Montmartre, la « Chanteuse de Pigalle » est retrouvée assassinée peu après sa prestation. Le lendemain, c’est sa remplaçante qui disparaît à son tour…

« Histoires à lire » est un recueil de six nouvelles d’autant d’auteurs. Pas de véritable unité de thème ou de registre. On trouve du terroir, du sentimental, de l’historique et du policier. Des écrivains de styles et niveaux bien différents. L’ensemble reste assez hétéroclite. Le pire côtoie le meilleur. Certaines nouvelles donnent une impression de remplissage pour ne pas dire de tirage à la ligne. D’autres reposent sur des intrigues plutôt faibles. Seules les nouvelles de Jean Anglade et de Georges Simenon sortent vraiment du lot avec une mention particulière pour « Grand-père Samuel » de Jean Anglade, un petit bijou d’intelligence et de finesse. Cette nouvelle qui illustre bien le courage et la ténacité des Irlandais mérite à elle seule de détour. Celle de Simenon est également intéressante, mais sans plus. Quant aux quatre autres, on peut faire l’impasse sans problème.

3/5

08:56 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

11/02/2018

Le crime contre Dieu (Xavier Dor)

Dor-Xavier-Le-Crime-Contre-Dieu-Livre-604871603_L.jpgL’avortement, pudiquement retoqué en « interruption volontaire de grossesse », est en réalité un crime contre Dieu. Le crime absolu. Le massacre des innocents. « Ce que vous faites aux plus petits d’entre les miens, c’est à Moi que vous le faîtes », ou « Laissez venir à Moi les petits enfants », lit-on dans l'Evangile. « Le crime contre Dieu n’est pas un acte individuel, isolé, ou même répété. Dû à notre misère, il est un acte collectif, réfléchi, orchestré, tour à tour caché et exalté, déclaré moral, financé et rentable, offert à la révolution sexuelle et à la volonté de puissance de quelques-uns. Les victimes ne sont pas seulement les plus petites, mais la société toute entière, blessée dans sa chair, pervertie, emportée dans le tourbillon d’une folie suicidaire », écrit le Docteur Xavier Dor, pédiatre puis embryologiste, ancien maître de conférence à la Pitié-Salpétrière, fondateur de l’association « SOS Tout-petits » et grand défenseur de la cause des enfants à naître.

« Le crime contre Dieu » est un essai sur le drame de l'avortement. Chaque année, plus de 200 000 IVG sont pratiquées dans notre pays. Le chiffre, scandaleux en lui-même, reste constant au fil des années, preuve que cette pratique, qui devait être exceptionnelle et ne répondre qu’aux situations d’urgence ou de détresse, s’est banalisée au point de devenir un moyen de régulation comme un autre. L’intérêt de cet ouvrage bien écrit et même écrit avec le cœur est de plusieurs ordres. Il est d’abord technique. Xavier Dor, spécialiste de la question, présente les diverses méthodes pratiquées, leurs tenants et aboutissants, les conséquences d’un acte loin d’être anodin, car il marquera à vie la « patiente » d’une manière ou d’une autre. Moral, philosophique et théologique ensuite. Il démontre le côté a-religieux pour ne pas dire satanique de cette nouvelle « liberté ». Politique et social pour terminer. Il raconte dans le détail la plupart des épisodes de son long combat. Il paya son engagement d'insultes, crachats et tabassages par des groupuscules gauchistes, d’arrestations, de mises en examen et même de quelques jours de prison ferme. Tout cela pour quelques prières et cantiques sur un trottoir ! À lire, ne serait-ce que pour se faire une idée des limites de la liberté d’expression dans le beau pays des « Droits de l'homme » et surtout de l’inversion totale des valeurs chrétiennes.

4,5/5

Citations :

« La détresse post-abortive peut prendre toutes les formes : tristesse, sentiment de culpabilité, dépréciation de soi, dépression pouvant aller jusqu’au suicide, agressivité, alcoolisme, dépendance de la drogue ou des tranquillisants, troubles du sommeil. »

« On fait passer l’avortement pour une affaire de conscience ou de conviction sans dire qu’il est un meurtre. On le fait passer pour une liberté sans dire qu’il engage la liberté de la femme aux dépends de celle de l’enfant. On le célèbre au rang d’un droit et d’une dignité… C’est oublier l’enfant et la vraie nature de la femme. »

« Il s’agit en fait d’une guerre de religion, celle de l’homme qui se fait Dieu, contre celle de Dieu qui s’est fait homme. »

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09/02/2018

Le beau masque (Jean-Claude Pascal)

le beau masque.jpgIssu de la haute bourgeoisie parisienne, Jean-Claude Pascal s’est engagé dans la 2ème DB à la fin de la seconde guerre mondiale, à l’âge de 17 ans. Il fut le premier à entrer dans la ville de Strasbourg abandonnée par les Allemands. Démobilisé, il commença par travailler comme modéliste chez Dior aux côtés d’un certain Pierre Cardin puis chez d’autres grands couturiers. Attiré par le théâtre, il s’inscrit au cours Simon où il fait la connaissance de Pierre Mondy, Philippe Nicaud, Nicole Courcel et Robert Hossein. Bientôt, c’est Edwige Feuillère qui lui mettra le pied à l’étrier en le prenant comme partenaire pour « La dame aux camélias ». Un bonheur ne venant jamais seul, il décrochera également un premier rôle dans un film historique, « Le jugement de Dieu ». Ce sera le début d’une belle carrière au cinéma (une cinquantaine de films) et au théâtre (il jouera avec les plus grands) avant de prendre le tournant vers la chanson où il rencontrera un égal succès (Grand prix de l’Eurovision, cinquante albums) aussi bien en France qu’à l’étranger.

« Le beau masque » est une auto-biographie partielle qui reste principalement focalisée sur la carrière cinématographique de l’acteur qui fut souvent cantonné en raison de son physique avantageux dans les rôles de séducteurs et qui joua avec Gina Lollobrigida, Jeanne Moreau, Annie Girardot, Romy Schneider, Erich von Stroheim, Charles Vanel, Georges Descrières, Sacha Guitry… Ce dernier l’impressionnera beaucoup sans lui faire illusion, car il aura l’impression que l’homme est en représentation permanente. Livre très bien écrit. Pascal aura d’ailleurs une troisième carrière, celle d’écrivain historique avant de décéder dans l’anonymat. Il peut être intéressant de lire cet ouvrage qui permet de découvrir des facettes peu connues du monde du cinéma des années cinquante. Les portraits de stars sont justes, précis, sans concession et souvent assez loin de l’idée que l’on peut se faire des personnages. Beaucoup de tendresse dans ses descriptions, aucune indulgence pour lui-même, signe des belles âmes. Dommage que l’auteur reste d’une discrétion de violette sur sa vie privée. Il faut dire que l’époque ne s’y prêtait pas trop.

3/5

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06/02/2018

Le secret de Marthe Robin (Jacques Ravanel)

le secret de marthe robin.jpgFille de paysans de la Drôme, Marthe Robin (1902-1981) fut, dès son plus jeune âge, d’une santé fragile. À 16 ans, elle commença à souffrir de céphalées et de maux de têtes particulièrement douloureux. Puis, elle perdit peu à peu l’usage de ses jambes. Ne voulant être une charge pour personne, elle s’occupa de travaux de couture et de broderie. Mais assez rapidement, de paraplégique, elle devint tétraplégique, c’est-à-dire qu’elle ne put plus se servir de ses mains et de ses bras. Elle en fut réduite à passer son temps alitée. La maladie gagnant ses yeux, il ne lui fut plus possible de supporter la lumière du jour et devint aveugle. Elle ne pouvait plus rien manger d’autre que l’hostie apportée chaque jour par un prêtre. Chaque fin de semaine, elle revivait dans sa chair toutes les souffrances de la Passion du Christ au point d’en recevoir les stigmates…

« Le secret de Marthe Robin » se présente à la fois comme un témoignage (Jacques Ravanel a bien connu Marthe Robin, a recueilli ses confidences et eu accès à ses écrits) et comme un recueil de paroles inédites, de pensées ou de recommandations de l’extraordinaire mystique. (Sans doute le versant le plus passionnant de cet ouvrage). Marthe Robin a été une source d’inspiration formidable pour un grand nombre de communautés nouvelles. Des centaines de milliers de personnes sont venues la voir sur son lit de souffrances, dans l’obscurité de sa modeste chambre. Elle leur a toujours fait bon accueil que ce soit de grands personnages ou des gens de rien et leur a tous apporté amour, compassion et réconfort. Le lecteur ne peut que tirer grand avantage de cette lecture d’une simplicité évangélique, tout en étant émerveillé de découvrir l’importance de l’humilité dans sa démarche. Une fois de plus, le Christ, négligeant le clinquant, les paillettes, les tambours et les trompettes, s’est servi des plus pauvres matériaux (la fameuse pierre rejetée par les bâtisseurs), en l’occurrence une pauvre paysanne n’ayant même pas son certificat d’études, pour transmettre son formidable message d’amour.

4,5/5

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04/02/2018

Les Francs-Maçons (Serge Hutin)

Francs-maçons.jpgTout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la Franc-Maçonnerie se trouve dans cet ouvrage. Son origine qui remonterait à la nuit des temps et à la construction du Temple de Salomon par Maître Hiram. Son évolution de maçonnerie opérative (réservée aux sculpteurs et tailleurs de pierre du Moyen Âge) en maçonnerie spéculative (c’est-à-dire affranchie de toute appartenance corporative). Ses origines sociales : longtemps chasse gardée des aristocrates sous la houlette de membres de la famille royale comme Philippe d’Orléans dit « Philippe Egalité » ou Frédéric II de Prusse, elle s’est lentement démocratisée par l’adjonction de strates bourgeoises. Ses orientations religieuses et philosophiques : se référant au départ au catholicisme (pays latins) ou au protestantisme (pays anglo-saxons), elle s’en est éloignée de plus en plus en France jusqu’à devenir farouchement anti-religieuse et anti-cléricale (séparation de l’Eglise et de l’Etat, affaire des fiches, nationalisation des biens du clergé, bannissement des congrégations, etc.). Sans oublier les rites d’initiation, les symboles, les grades, les obédiences…

Traité particulièrement bien documenté, « Les Francs-Maçons » se présente comme un ouvrage de vulgarisation éclairé et se voulant objectif. Pour l’auteur, franc-maçon lui-même, conférencier officiel des Rose-Croix Amorc et expert en alchimie et ésotérisme, les Franc-maçons ne mériteraient ni les excès d’honneurs ni les tombereaux d’opprobre dont les uns et les autres les gratifient. Ils ne seraient que d’importance secondaire ou partielle dans le déclenchement de la Révolution Française (alors que pratiquement tous ses dirigeants et inspirants en étaient), ni dans le soutien à Bonaparte (alors que tous ses frères en étaient et que l’intéressé n’en était pas), ni dans l’avènement et les réalisations de la IIIème République (alors qu’une écrasante majorité de députés et de ministres en étaient). Il balaie d’un revers de manche les travaux nettement moins favorables de Barruel sans grandes preuves ni arguments. Au total, un ouvrage intéressant ne serait-ce que par les illustrations souvent macabres voire inquiétantes, les notes très précises et surtout la chronologie indispensable pour le côté historique de l’affaire. Utile pour une première approche mais insuffisamment critique pour porter un jugement.

3/5

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02/02/2018

L'homme qui voulait voir tous les pays du monde (André Brugiroux)

L'homme qui voulait voir.jpgS’il est un homme qui peut se targuer d’avoir réalisé, adulte, tous ses rêves d'enfant, c’est bien André Brugiroux. Surnommé « le pape des routards », il a d’abord bouclé en dix-huit ans d’auto-stop, bateau-stop et autres subterfuges peu onéreux, un incroyable tour du monde. Puis au fil des ans, des occasions et des conférences, il a réussi à poser son sac dans presque tous les pays du monde. Seule, l’Arabie Saoudite s’est longtemps refusée à lui, mais, il a réussi récemment, grâce à un concours de circonstances quasi miraculeux, à accrocher ce dernier trophée à son tableau de chasse de globe-trotteur ! Et tout ça, à raison d’un seul dollar par jour, sans jamais devoir payer pour coucher à l’hôtel (sauf quand c’était absolument obligatoire comme en URSS ou en Corée du Nord), sans se munir du moindre canif (en signe de non-violence assumée), ni d’une simple gourde même en plein désert (pour toujours devoir s’en remettre au bon vouloir de l’Autre).

« L’homme qui voulait voir tous les pays du monde » est un témoignage passionnant et époustouflant de toute une vie passée sur les chemins dans une quête assez unique de cette totalité de voyages qui vise le Livre des Records et frise un tantinet la monomanie. En effet, il reste à Brugiroux un lieu non visité, les îles Chagos, base militaire US vidée de ses habitants. Lire ces aventures permet d’apprendre pas mal de choses sur la réalité de pays dont le lecteur n’a souvent qu’une idée faussée par la présentation tendancieuse qu’en font nos médias. Que de péripéties, que de dangers, que de rebondissements, que de souffrances pour arriver à pareil résultat. L’auteur en tire la leçon suivante : « La terre n’est qu’un seul pays et tous les hommes en sont les citoyens », précepte proclamé par Bahà'u'llàh, fondateur d’une religion universelle dérivée de l’Islam et prônant un idéal de paix par la gouvernance mondiale. Ouvrage que l’on conseillera aux amateurs d’aventures loin des sentiers battus touristiques, aux rêveurs de grands espaces, tout en se permettant deux petits reproches. Bien des lieux mériteraient de plus amples développements. L’auteur aurait pu en profiter pour réduire la durée de ses prêchi-prêcha baha'istes un brin lassants. L’enfer « mondialiste » est pavé de si bonnes intentions…

4/5

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29/01/2018

Dans la baie fauve (Sara Baume)

Dans la baie fauve.jpgDans un petit village de l’Irlande profonde, Ray, homme d’un certain âge, vit seul dans une modeste maison face à la mer. Orphelin, il n’a pas connu sa mère et il a passé son enfance chez une femme qu’il n’aimait pas et qu’il devait appeler « Ma Tante ». Considéré comme débile mental, il n’alla pas à l’école, ne fréquenta pas d’enfants de son âge et vécut en la seule compagnie de son père, homme froid et indifférent qui passa sa retraite à fabriquer des jeux de sociétés aux règles improbables avant de décéder fort âgé en s’étouffant avec une saucisse. Se retrouvant du jour au lendemain seul et abandonné, Ray décide d’adopter un chien, un ratier au caractère difficile qui se bat souvent avec ses congénères. Il est couvert de cicatrices et a déjà perdu un œil. D’où son nom : « One Eye ». Le couple cabossé part au hasard des routes, vivant, mangeant et dormant sur des parkings dans une vieille auto.

« Dans la baie fauve » se présente comme une sorte de long monologue réparti sur quatre chapitres, un pour chaque saison de l’année. Par bribes, Ray raconte sa vie à son chien, son seul confident et son seul ami. Celle-ci étant très tristesse et d’une monotonie à pleurer, l’auteure la pimente de longues et minutieuses descriptions de plages, d’oiseaux marins, de plantes, d’animaux familiers et autres décors ou paysages. Le résultat donne une sorte de « magie du quotidien » avec des alternances d’épisodes un tantinet abracadabrantesques qui ne manquent d’ailleurs pas d’étonner. Peu de péripéties, aucun rebondissement, et pourtant, l’intérêt ne se dément pas et on lit même avec un certain plaisir. Sans doute est-ce dû au regard acéré de l’auteure, à ses observations pertinentes, à ses fulgurances et à son style particulier, tout en finesse et allusions. Les deux personnages ne peuvent laisser indifférents. Leur histoire dans sa terrible banalité amène à réfléchir sur le sens de ces « petites » vies « inutiles ». Un premier roman très réussi et déjà remarqué dans divers prix littéraires.

4/5

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