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18/05/2026

Dette: 5000 ans d'Histoire (David Graeber)

La dette.jpgLes controverses au sujet de la dette durent depuis cinq mille ans au moins. Le fait que l'économie mondiale ait débuté par le troc est plus un mythe qu'autre chose. A-t-il d'ailleurs véritablement existé, même dans les sociétés primitives ? L'auteur en doute fortement et a de bonnes raisons pour cela. L'arrivée de la monnaie sous toutes ses formes (métaux précieux ou non, coquillages, sel, voire morue séchée) a simplifié les échanges. Mais en réalité, c'est le crédit, la dette, la monnaie virtuelle (comme on l'appelle aujourd'hui) qui sont apparus en premier. Les véritables pièces de monnaie frappées à l'effigie d'un roi, d'un empereur ou d'un marchand sont arrivées beaucoup plus tard sans d'ailleurs jamais véritablement remplacer les systèmes de crédit. C'est en Chine du nord, en Inde et en Grèce que le phénomène se produisit simultanément entre 600 et 500 avant J.C. Pythagore (570-495 av J.C), Bouddha (563-483 av J.C) et Confucius (551-479 av J.C) furent contemporains. Sans se connaître, les trois pays vécurent en même temps une floraison de débats intellectuels, mais aussi un état de guerre permanent qui facilita la dispersion de la monnaie. Il fallait bien payer les soldats d'une manière ou d'une autre. Pour Graeber, c'est de la guerre que serait née l'économie de marché car le militaire doit tout acheter sur son passage quand il ne pille pas. Et même dans ce cas, sa préférence va toujours aux objets en métaux précieux…

« Dette, 5000 ans d'histoire » est un essai plus historique qu'économique. Sa lecture est un brin laborieuse. Une grande partie de l'ouvrage est consacré aux origines les plus lointaines de l'économie, des périodes sur lesquelles les chercheurs ne disposent que de peu de documents et pour lesquelles on se perd en conjectures. L'auteur est un professeur d'université britannique dont les idées « altermondialistes » apparaissent souvent en filigrane. Il conteste la plupart des thèses des économistes libéraux et estime que le capitalisme ne peut pas durer éternellement. Et même s'il estime que le communisme et les rapports humains basés sur les échanges honnêtes et même sur l'amour seraient préférables, il avoue ne pas savoir par quoi le remplacer. Le lecteur regrettera que la partie contemporaine, disons de 1815 à nos jours, soit traitée assez rapidement voire de manière un brin superficielle. Création de la Fed, accords de Bretton-Woods, abandon de la parité du dollar avec l'or par Nixon sont survolés. Cette partie reste du niveau du simple journalisme de vulgarisation. Il ressort surtout de cette lecture que toute l'économie mondiale repose sur la puissance militaire des États-Unis. Avec ses 800 bases militaires réparties dans le monde entier, avec sa maîtrise totale de l'espace aérien, l'empire américain a la possibilité de bombarder n'importe quel pays n'importe où dans le monde et ainsi imposer une économie basée sur le dollar qui n'est rien d'autre qu'un outil de prédation. Ouvrage intéressant, mais qui ne va pas assez au fond des choses à notre goût.

3,5/5

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13/05/2026

Les linottes (George Courteline)

Les linottes.jpgMarthe est une femme mariée qui profite des nombreux déplacements en province de son mari Frédéric pour passer de bons moments avec son amant Robert Cozal qui sait se montrer extrêmement jaloux alors que lui-même est tout sauf fidèle. Il a d'ailleurs séduit une jolie blanchisseuse nommée Anita. Mais un jour, Marthe, en se présentant plus tôt que d'habitude chez Robert, découvre le pot aux roses. Et c'est le drame. Elle rompt immédiatement avec lui. Bien que désolé, celui-ci n'en poursuit pas moins ses activités. Il écrit les textes d'opérettes dont son ami Stephen Hour, compositeur médiocre et incompris, crée les musiques. Hour est un personnage bohème et vindicatif, persuadé d'être un génie alors qu'il n'a aucun talent. Il refuse même de recevoir son ami venu lui présenter ses dernières productions. Aussi déçu par sa maîtresse que par son ami, Cozal erre dans les rues de Montmartre et finit dans une brasserie où il rencontre une belle blonde appelée Victoire qui lui demande de lui offrir une bière, ce qu'il s'empresse de faire, sentant la possibilité d'une nouvelle opportunité…

« Les linottes » est un recueil composé d'un court roman, sorte de novella de 11 chapitres bien dans l'esprit humoristique et un brin paillard de l'époque qui sera d'ailleurs adaptée à titre de véritable opérette par un autre auteur et de 14 autres textes, intitulés « Lieds de Montmartre ». Le lecteur y trouvera de petites nouvelles, toutes fort amusantes, mais aussi des portraits de personnages hauts en couleurs, appartenant souvent au milieu artistique, des saynètes de la vie de tous les jours et de petites histoires ayant toutes pour cadre le décor champêtre de la butte Montmartre. George Courteline y passa toute son enfance, c'est dire s'il connaissait bien les lieux et les gens qui y vivaient. Inutile de préciser que c'est un véritable plaisir que de lire ces textes légers, pétillants, pleins d'intelligence et de drôlerie (parfois vacharde) et de se plonger dans un monde disparu. Il est aussi intéressant de voir qu'avec un sujet de rien du tout comme la description d'une ligne d'omnibus parisien, ou la mésaventure d'un homme qui doit changer cinq fois de haut de forme, Courteline arrive à nous intéresser et à nous divertir. Texte préféré : « Une canaille » pour le trio amoureux avec l'ami complaisant qui « prête » à son meilleur ami sa maîtresse pour un week-end mais qui ne se souvient de rien le lendemain et explose de rage quand il apprend que cela s'est concrétisé. Ah ! Courteline, cet immortel génie de l'humour français !

4,5/5

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03/05/2026

Contes coréens (Nikolaï Garine)

Contes coréens.jpgDiou-Si a épousé un « huit-fois-malheureux » qui a fini par la quitter alors qu'elle n'avait jamais cessé de l'aimer. Effondrée, elle part sur les chemins, rencontre de nombreux prétendants qu'elle ignore car elle veut rester fidèle à Minoran, son mari. Un jour, un vieillard lui fait don d'un sac de riz inépuisable, puis de lingots d'or à profusion. Avec cette fortune, elle fonde une ville où elle s'emploie à venir en aide à tous les malheureux qui y viennent. Jusqu'au jour où réapparait Minoran… Un vieillard aveugle nommé Sim-Poïssa et son épouse Vansiton ont la joie de voir naître leur fille Sim-Tchen. En grandissant, celle-ci devint bientôt « la plus belle fille que la terre ait portée ». mais Sim-Poïssa ne peut la voir. Un moine lui propose de lui rendre la vue en échange de trois cent sacs de riz. Mais le vieillard ne les a pas. La jeune fille a un moyen pour les obtenir. Mais son vieux père ne veut pas qu'elle se sacrifie pour lui…

« Contes coréens » est un recueil comprenant vingt petits contes traditionnels pleins de fraîcheur, de sagesse et de bons sentiments. Ils furent compilés au siècle dernier par Nikolaï Mickhaïlovski, un des ingénieurs chargés de la construction du Transsibérien qui écrivait sous le pseudonyme de « Garine ». Lors d'une mission d'exploration sur les confins de la Sibérie et de la Corée, il rencontra toutes sortes de conteurs et de chamans qui lui racontèrent ces petites histoires aussi exotiques que pleines de moralité. Aidé d'un traducteur, il nota phrase par phrase chacun de ces contes. Ils sont néanmoins faciles et même agréables à lire, sans doute après mise en forme. L'ensemble reste assez dépaysant tant les mentalités, les traditions et les coutumes sont différentes des nôtres. L'amour conjugal ou filial, la fidélité, le respect des anciens sont exaltés. Les défauts, les bassesses et les méchancetés des uns et des autres ne sont pas ignorés pour autant (par exemple dans « Ami indigne »). L'ensemble donne à découvrir toute une série de portraits bien campés, mais aussi des échappées dans le fantastique, le merveilleux, le rêve et même l'onirisme par certains côtés. À découvrir.

4/5

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28/04/2026

Savants maudits, chercheurs exclus / Tome 2 (Pierre Lance)

Savants maudits.jpgCes savants maudits, ces chercheurs exclus par la « science officielle », en fait par des mandarins plus soucieux de leurs petits avantages que par le bien commun, sont au nombre de douze dans ce livre. Le lecteur y trouvera le portrait et le parcours succinct de certains, plus ou moins connus, d'autres très célèbres et certains complètement oubliés, invisibilisés. Ainsi le lecteur y trouvera-t-il un chapitre sur Nicola Tesla qui avait trouvé le moyen de produire de l'électricité en quantité illimitée, Linus Pauling qui prouva l'intérêt de la vitamine C à haute dose dans le traitement des cancers et Auguste Lumière, qui, outre la découverte du cinéma, fut un thérapeute de très haut niveau qui produisit plus de 70 000 pages d'ouvrages médicaux dans divers domaines et se retrouva en butte à la vindicte de l'Académie car trop en avance sur son temps. Toujours la même histoire. La nouveauté dérange. Les idées géniales se heurtent aux vieilles lunes. Les caciques de la médecine ne veulent pas entendre parler de notions qui dérangent leurs croyances et risquent même de mettre en danger leurs positions et leurs revenus. C'est tellement mieux de prescrire un médicament qui coûte une fortune plutôt qu'un autre qui ne rapporte quasiment rien. La souffrance des malades ? La possibilité de soigner autrement ? Peu leur en chaut…

« Savants, maudits, chercheurs exclus » est le deuxième tome d'une série présentant douze mini-biographies de scientifiques dont les travaux ont été injustement rejetés ou occultés par les puissants du moment. Ils se sont épuisés à tenter de faire connaître leurs découvertes (phytothérapie, silicium organique, moisissures de pétrole, mémoire de l'eau, etc.) et n'ont rencontré que mépris et rejet des autorités. Certains ont dû aller à l'étranger où leur talent a été plus facilement reconnu (nul n'est prophète en son pays). Certains en sont morts de tristesse ou se sont suicidés. D'autres ont vu leurs travaux commencer à être reconnus et acceptés après leur mort. La lecture de cet ouvrage fort utile et nécessaire ne serait-ce que pour faire connaître la réalité d'une science qui tient plus du dogme et du religieux que du véritable esprit scientifique (lequel devrait perpétuellement se remettre en question) laisse une impression assez pénible de gâchis et d'espoirs perdus. Le lecteur réalise que notre pays qui fut autrefois à la pointe de l'innovation et des inventions dans presque tous les domaines se retrouve aujourd'hui en fond de peloton à cause d'un système sclérosé, corrompu et quasiment momifié qui empêche toute avancée nouvelle. S'il ne s'agissait que de fusées spatiales, de data centers ou d'IA, ce serait déjà ennuyeux, mais quand la santé humaine est en cause, cela devient impardonnable. À lire et à faire lire pour prendre conscience du désastre…

4,5/5

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08/04/2026

Conversations avec Dieu (Neale Donald Walsch)

Conversations.jpg« Vous êtes sur le point d'entrer en conversation avec Dieu. Oui, oui, je sais… ce n'est pas possible. Vous croyez probablement (on vous l'a enseigné) que ce n'est pas possible. On peut parler à Dieu, bien sûr, mais pas avec Dieu. C'est ce que je croyais, moi aussi… », déclare l'auteur. Magnifique accroche qui laisse un brin rêveur n'importe quel lecteur ou lectrice en quête de spiritualité. Neale est à un tournant d'une vie plus que difficile. Sa santé laisse à désirer, son passé lui semble un énorme échec. Plein de colère, il décide d'écrire une lettre à Dieu pour lui poser un grand nombre de questions et surtout pour lui reprocher de permettre au mal de prospérer et de rester tel un spectateur amusé devant tous nos malheurs et qui jamais n'intervient. Et voilà que Dieu lui répond de façon claire et compréhensible. Il lui tient une véritable conversation qui durera plusieurs années et dont il tirera le contenu de rien moins que quatre ouvrages. Celui-ci est le premier de la série.

« Conversations avec Dieu » est un ouvrage de spiritualité très teinté d'ésotérisme et marqué par une certaine distance à l'encontre des religions révélées. Avec Neale, le lecteur va de découvertes en découvertes plus ou moins étayées, plus ou moins problématiques. Pour Dieu (nous pouvons comprendre pour Neale), l'enfer n'existe pas. Nous irons donc tous au paradis, comme le chantait Polnareff. Et bien pas vraiment, car le paradis, tel que proposé par les religions, n'existe pas non plus. L'âme passerait dans une autre dimension avant de se réincarner pour une nouvelle existence sur terre. de même, il n'y a ici-bas ni bien ni mal. Il n'y a jamais de problèmes, mais des occasions. le destin de l'homme n'est pas d'apprendre, mais de créer. L'homme n'a aucune obligation, ni dans une relation, ni de toute sa vie. Il est totalement libre. Aucune restriction ou limite, aucune consigne ou règle à suivre. Il n'y a jamais de problème, mais des occasions. de la même manière, l'amour n'existe pas non plus dans le sens où nous l'entendons. On ne s'aime pas beaucoup. On peut juste beaucoup échanger. Quant aux maladies, aux guerres, elles sont crées par nous-mêmes. Si nous étions bienveillants les uns envers les autres, il n'y aurait pas de conflits et si nous prenions soin de nos corps, il n'y aurait pas de maladies. Au bout du compte, on nage en réalité en plein relativisme, dans une sorte d'anarchie spirituelle, du style « Fais ce que veult » de Francois Rabelais avec son abbaye de Thélème. Très dans l'air du temps, très syncrétiste et très ésotérique. Mais est-ce vraiment la parole de Dieu ? Chacun devra en juger… La lecture est aussi un brin laborieuse en raison de nombreuses redites et d'un style pas très fluide en dépit d'une présentation dialoguée.

3/5

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04/04/2026

Trois amis en quête de sagesse (Christophe André, Alexandre Jollien & Mathieu Ricard)

Trois amis.jpgUn médecin psychiatre, un philosophe handicapé et un moine bouddhiste, accessoirement fils du journaliste et écrivain Jean-François Revel, se retrouvent dans une maison isolée de la vallée de la Vézère en Dordogne pour discuter à bâtons rompus, de sagesse, de manière de conduire son existence et de se comporter avec les autres. Ils se posent toutes sortes de questions philosophiques et tentent d'y répondre. Quelles sont nos aspirations les plus profondes ? Comment dominer le mal-être ? Comment vivre avec les autres ? Comment développer nos capacités au bonheur et à l'altruisme ? Comment devenir plus libre ? Ils racontent leurs expériences, leurs efforts pour tenter de devenir de meilleures personnes et les leçons de vie apprises en chemin. Pour chaque sujet, ils nous proposent des conseils. Leurs points de vue sont parfois différents, mais ils se retrouvent toujours sur l'essentiel…

« Trois amis en quête de sagesse » n'est pas vraiment un essai, ni une méthode bien-être comme les éditeurs en produisent au kilomètre, mais plutôt une série de conversations directement enregistrées et transcrites puis mises en forme de manière relativement correcte. Tous les propos sont profondément marqués par le bouddhisme, car, d'une manière ou d'une autre, les trois amis le sont. Ils se réfèrent tous à des maîtres, font des retraites et pratiquent régulièrement la méditation. Seuls quelques détails les différencient. Si Ricard est 100% bouddhiste pratiquant, André l'est à un peu moins en raison d'une certaine forme d'athéisme et Jollien se disant chrétien et vivant en Corée du Sud le serait à peu près à moitié. Ce livre « limpide et lumineux pour apprendre le métier de vivre » (dixit l'éditeur en quatrième de couverture) reste néanmoins un brin laborieux à lire de bout en bout. Beaucoup de redites, de lourdeurs, de développements un brin filandreux. Sans doute, vaut-il mieux, si l'on apprécie cette forme de pensée particulière, le lire en diagonale, y revenir de temps en temps et s'en servir comme d'une sorte de guide. Le plus intéressant restent les anecdotes peu nombreuses et surtout les exemples de « pratique quotidienne » des trois participants. Ainsi apprend-on que Mathieu Ricard se lève à 4h30 du matin pour méditer jusqu'au lever du soleil quand il est chez son maître au Népal et qu'il regrette d'y passer moins de la moitié de l'année. Le reste de son temps consistant à parcourir le monde pour donner des conférences ou des interviews dans le monde entier.

4/5

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31/03/2026

Les sanguinaires (Jacques Vergès)

Les sanguinaires.jpgEn août 1888, le corps d'une femme, Polly Nichols, est retrouvé égorgé et éventré à Londres dans le quartier mal famé de Whitechapel. D'autres victimes suivront, propageant la peur et la panique dans la ville. On attribuera cinq ou six de ces horreurs à un personnage surnommé « Jack l'éventreur, lequel ne sera jamais identifié quand tout s'arrêtera brusquement. On alla même jusqu'à soupçonner le prince Albert Victor, duc de Clarence et fils ainé du futur roi Edouard VII !… En 1924, en Allemagne, sévit un autre monstre, Fritz Haarmann, surnommé le « boucher de Hannovre ». Homosexuel friand de très jeunes garçons, il a passé de nombreuses années en prison avant de devenir détective et indicateur de police. Il vit surtout du trafic de vêtements et de viande dans un pays ruiné et en proie aux pénuries. Il attirait des gamins dans son petit appartement, les tuait et découpait les corps pour les consommer ou les revendre sous forme de terrines, pâtés, viande hachée ou saucisses. On lui imputera 24 victimes au minimum… En 1929, le vampire de Dusseldorf, Peter Kurten, utilise tous les poyens pour tuer ses victimes, hommes, femmes ou enfants. Il les attaque avec un couteau effilé, une paire de ciseaux, une alène et même un simple marteau. Il écrase les visages, démembre, éviscère et boit même le sang de ses victimes qui se comptent par dizaines…

« Les sanguinaires » est un essai historique racontant la vie et les « exploits » de 7 criminels en série, classés chronologiquement. On y trouve un Anglais, deux Allemands et pas moins de quatre Américains, les fameux « serial killers » qui serviront de modèle à toute une littérature classée « thrillers ». Pas de Français dans cette galerie de portraits à glacer le sang, mais beaucoup d'homosexuels, de psychopathes et de sociopathes plus ou moins inquiétants. Pour l'auteur, avocat qui se spécialisa dans les affaires les plus indéfendables (Klaus Barbie et autres), ces monstres sont des humains comme chacun d'entre nous. Ils n'ont fait que suivre leur instinct. Il refuse de considérer comme inhumains les comportements qui révoltent. Personne n'est obligé de souscrire à cette thèse. Facile à lire vu que le style est fluide, mais à déconseiller aux âmes sensibles car les descriptions des horreurs peuvent vraiment choquer. Avec ces exemples paroxystiques, personne ne peut plus douter que l'homme ne puisse parfois être un loup pour l'homme, comme le dit le proverbe.

4/5

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23/03/2026

Kidnapping (Roger Borniche)

Kidnapping.jpgÀ Los Angeles, une bande de voyous de petit calibre, Pablo Mendoza, sa sœur Aurora et leur obligé Jesus Morales, se lance dans le kidnapping de jeunes enfants, boulot plus lucratif que leurs habituels petits cambriolages. Pour Halloween, Elizabeth Tucson, 34 ans, divorcée d'un attorney célèbre, se retrouve sur le parking d'un supermarché avec sa fille Patricia, 10 ans, qui préfère aller visiter seule un petit zoo ambulant pendant que sa mère fera ses courses. Elizabeth accepte. L'ennui, c'est que Jesus Morales est déjà en embuscade, prêt à l'action et déguisé en Mickey… Lorsque Elizabeth ressort du supermarché, c'est pour constater avec horreur que sa fille a disparu. Elle se précipite chez les vigiles, puis à la police locale. En vain. Le FBI est saisi de l'affaire. En villégiature en Californie, Borniche, commissaire de police retraité devenu détective privé, est mis au courant de l'affaire par un proche du Consul de France. Par l'entremise de celui-ci, il rencontre la malheureuse mère et lui promet un peu étourdiment de lui apporter son aide et son expertise…

« Kidnapping » est un roman policier de facture parfaitement classique. Tous les ingrédients pour ce type d'histoire sont présents : une bande de bras cassés, un policier ripoux, un antiquaire milliardaire vicieux, amateur de chair fraîche et un petit réseau de commercialisation de la pédopornographie. Le lecteur suivra l'enquête pas à pas ainsi que le trajet de la petite victime, mais d'un peu plus loin. La plume de Roger Borniche est très classique, mais d'une lecture un brin laborieuse. L'ex-commissaire aux 400 arrestations devenu écrivain tient à nous prodiguer pas mal de descriptions minutieuses de lieux, situations et paysages qui ralentissent énormément le rythme de la narration. Il y a aussi un certain nombre de morts. Quant à l'honneur de la police californienne, il est sauvé à la mode « cow-boy », sans autres formes de procès, au Colt 45 ! Après cette lecture, avec les découvertes des turpitudes Epstein, on ne peut que se dire malheureusement que la réalité dépasse très largement ce genre de fiction qui bénéficie d'un « happy end » un brin convenu, rassurant, mais sans doute l'exception dans la vraie vie. Divertissant sans plus.

3/5

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18/03/2026

Savants maudits, chercheurs exclus (Pierre Lance)

Savants maudits.jpgNotre médecine corsetée par ses agences de santé, régentée par son ordre des médecins et corrompue par les largesses des multinationales pharmaceutiques n'est pas tendre avec les chercheurs indépendants, les découvreurs de thérapies nouvelles ou de molécules inconnues qui pourraient permettre de grandes avancées et soulager bien des douleurs voire de sauver de nombreuses vies. Mais ces découvertes ont souvent un ou plusieurs gros défauts. Elles peuvent ne pas être assez coûteuses et donc rapporter moins d'agent au juteux business de la santé. Pire encore, elles pourraient remettre en question les dogmes « pasteuriens », les idées reçues, les axiomes fossilisés d'une science qui se sclérose de plus en plus jusqu'à devenir une sorte de religion qui se discrédite et se déshonore de plus en plus (coronacircus). Quand un savant, qui parfois n'est même pas médecin, fait ce genre de découverte, le pouvoir médical est vent debout, il interdit toute expérimentation, il agite immédiatement l'accusation « d'exercice illégal de la médecine », sans parler ce celui de la pharmacie. On en arrive même à détruire des laboratoires, à mettre en garde à vue des malades, à s'emparer de leurs médicaments au risque de mettre leur vie en danger et à jeter des savants en prison. Certains, comme Mirko Beljanski, s'en laisseront mourir de désespoir.

« Savants maudits, chercheurs exclus » est un essai sur un sujet délicat, une véritable honte pour un pays se disant évolué et donnant des leçons de liberté et de démocratie à la terre entière. L'auteur y présente douze exemples de scientifiques dont les trouvailles ont été ainsi rejetées, qui ont été persécutés, rejetés, oubliés et même obligés de s'expatrier. Certains sont assez connus du public ne serait-ce que par tous les malades soignés de façon non conventionnelle (René Quinton et les bienfaits de l'eau de mer, René Jacquier et l'oxygénation par les terpènes de pin du bol d'air éponyme, Mirko Beljanski dont les produits soulagèrent un certain Mitterrand qui ne renvoya pas l'ascenseur comme il aurait dû ou Loïc Le Ribault, génial découvreur du silicium organique après avoir été le pionnier de la police scientifique moderne avec le microscope électronique à balayage). D'autres moins, raison de plus pour les découvrir. Chacun a droit à un chapitre d'une trentaine de pages, ce qui permet une première découverte du personnage et peut même inciter à creuser un peu plus le sujet. Ouvrage bien écrit, très intéressant, bien que suscitant l'indignation devant tant de mesquinerie, de sottise et de malfaisance. Et ces douze-là ne sont qu'une partie de la cohorte des victimes de ce gâchis pseudo-scientifique !

4,5/5

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13/03/2026

Hommage à la Catalogne (George Orwell)

Hommage à la Catalogne.jpgEn décembre 1936, venu en Espagne pour écrire quelques articles pour divers journaux, George Orwell s'engage aussitôt dans les milices anarchistes du POUM qui tiennent la Catalogne et résistent héroïquement face aux troupes de Franco. La révolution bat son plein. À Barcelone et dans toute la région, il constate que les églises sont détruites et que les images saintes et autres signes religieux ont été brûlés. La plupart des magasins ont une misérable apparence et sont à moitié vides. Impossible de trouver du lait, du charbon, du sucre ou de l'essence. Les queues devant les boulangeries s'allongent sur des centaines de mètres. Orwell doit d'abord séjourner à la caserne Lénine sous prétexte d'entrainement. Il doit attendre qu'une « centurie » nouvellement formée soit prête pour pouvoir partir au front. L'instruction consiste à marcher au pas et à défiler sur place, mais jamais à manier les armes car il n'y en a pas. Il voudrait pourtant apprendre à se servir d'une mitrailleuse. Il insiste. On lui répond « Manana » (demain), un lendemain qui n'arrive jamais bien sûr. Il finit par rejoindre le front mais toujours sans fusil, ni uniforme, ni matériel. Et au bout de trois jours pendant lesquels il ne se passe rien, on lui octroie un vieux Mauser datant de 1896 fortement rouillé… Et ce n'est que le début de ses déboires…

« Hommage à la Catalogne » est le témoignage d'un écrivain qui voulut mettre sa vie en accord avec ses idées, en allant se battre physiquement contre le fascisme. Il séjourna quatre mois sur le front où il dut surtout lutter contre le froid, la vermine et le manque de nourriture, faute d'armement correct et d'artillerie des deux côtés. Il finit quand même par être blessé assez grièvement. Il reçut une balle dans la gorge qui passa par miracle à un millimètre de sa carotide. En convalescence à Barcelone, il se retrouva pris dans l'épuration que les communistes staliniens lancèrent pour se débarrasser des anarchistes. Il dut se cacher pour ne pas être capturé et liquidé comme ce fut le cas de nombre de ses amis. Il passa la frontière clandestinement et séjourna un temps dans le sud de la France. L'ouvrage, très bien écrit et très intéressant d'un point de vue historique, se termine par deux articles expliquant très précisément la situation politique qui mena à ce massacre entre révolutionnaires. Les communistes accusèrent les anarchistes de trotskysme et de trahison. Ils devenaient les moutons noirs faisant le jeux des fascistes alors qu'ils avaient été les premiers à se dresser contre Franco et avaient payé le plus lourd tribu dans les combats. Mais quand on veut se débarrasser de son chien, on dit qu'il a la rage. Orwell cite de nombreux passages de la propagande journalistique de l'époque et en démonte tous les arguments fallacieux. Propagande mensongère permettant un carnage. À noter qu'Orwell fut témoin que la Guardia Civil fit souvent le sale boulot pour le compte des communistes…

4,5/5

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