04/10/2026
L'anti-humaniste (Claude Marion)
Narcisse se dit « esthète à haut QI ». Son épouse est décédée d'un cancer fulgurant. Sur un quai de métro, le voilà qui soudain pousse une femme inconnue sous une rame qui arrive et s'éloigne tranquille comme Baptiste. Il donne ensuite rendez-vous au cimetière de Montparnasse à Rodolphe, ancien ami de jeunesse. Il n'arrive à lui avouer son méfait que quand l'autre est sur le point de le quitter. Puis, toujours aussi calmement, Narcisse va uriner sur la tombe de Baudelaire. Il rejoint à pied le quartier du Marais. Il y rencontre André, jeune homo et Sylvie, coiffeuse ou caissière âgée de 19 ans. Les trois gagnent l'appartement d'André dans l'espoir d'une partie carrée un brin bizarre et qui ne se termine pas du tout comme prévu. Narcisse étrangle André dans la salle de bains et Sylvie dans le lit. Plus tard, il vendra biens et véhicule et partira s'installer dans un petit studio du centre ville de Rennes. Il y rencontrera Sylvie, jeune étudiante aux Beaux-Arts, vierge dont il fera sa maîtresse…
« L'anti-humaniste »est un ouvrage assez difficilement classable. Du point de vue du format, ce n'est pas un roman au sens propre, mais plutôt quatre longues nouvelles ou novellas. Le thème général est l'auto-fiction écrite à la première personne du singulier que le lecteur espère plus « fantasmée » que réelle. En effet, le Sophiste en question est surtout un psychopathe asocial et misogyne, voire un meurtrier, « esthète radical qui fait de sa mauvaise foi envers lui-même le principe de toute une vie. » Dans ces histoires qui n'en sont pas vraiment, le lecteur cherche en vain, un canevas narratif, une progression dramatique et une chute surprenante, toutes choses qui caractérisent une nouvelle digne de ce nom. Il n'aura droit qu'à des impressions notées au fil de la plume et des obsessions récurrentes pour le sexe, la drogue et l'alcool, saupoudrées d'allusions à la philosophie de Kant et Hégel sur fond de symphonies de Mozart et de solis de free-jazz. Marion vient de la poésie et se veut poète. Ses textes en relèvent évidemment et sont même émaillés de quelques vers sans grand panache ni originalité. La quatrième de couverture prévient d'ailleurs le lecteur du risque de son expérience à venir : « Livre que l'on pourra juger tout autant invraisemblable, verbeux, anti-littéraire que… d'une cohérence esthétique inouïe, cet inclassable ne peut susciter que deux émotions contradictoires : la fascination et/ou le dégoût complet. » Il est aussi possible d'éprouver de surcroit un brin de lassitude et d'ennui…
3/5
08:34 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
01/10/2026
Joseph Balsamo (Tome 4) (Alexandre Dumas)
Une nouvelle fois, Lorenza est parvenue à se défaire de l'emprise malsaine de Joseph Balsamo. Elle se précipite chez Monsieur de Sartines, lieutenant de police du roi, pour lui demander aide et protection. Celui-ci commence par refuser, pensant qu'il s'agit d'une simple affaire de conflit familial. Mais quand Lorenza lui présente une cassette remplie de documents compromettants et quand Sartines commence à réaliser l'étendue du complot des Illuminés, il accepte de l'aider. Mais soudain, Lorenza se sent mal et perd conscience. Sartines demande à deux valets de l'installer sur un divan dans un cabinet attenant à son bureau. Il en est encore à étudier les documents quand Balsamo demande à être introduit. Celui-ci comprend qu'il va certainement être arrêté sur le champ. Alors, il retourne la situation en sa faveur, passant de la position d'accusé à celle d'accusateur en profitant d'une louche affaire de spéculation sur les grains dans laquelle Sartines serait impliqué. Il parvient même à se faire rendre tous les documents grâce à la pression de Madame du Barry qui ne manque pas de voler à son secours, ridiculisant ainsi le malheureux chef de la police royale…
Ce quatrième et dernier tome de « Joseph Balsamo » semble légèrement différent des trois premiers. Il est plus court de quelques pages, mais surtout nettement plus rythmé. L'intensité dramatique est également plus importante. Il se passe toutes sortes de péripéties et d'évènements dramatiques que le lecteur ne déflorera pas pour ne pas « spoiler ». Il sent que la machine s'accélère, que le drame se noue de plus en plus cruellement. Tout s'achève d'ailleurs avec la mort de Louis XV qui partit détesté alors qu'il avait commencé son règne avec le surnom de « Louis le Bien-aimé » ! Le lecteur retrouvera la suite de la saga avec la montée sur le trône du Dauphin dans la série « Le collier de la Reine » qui comporte rien moins que trois tomes. Mais celui-ci, qui donne l'impression de renouer avec le vrai style, le véritable panache et la belle excellence d'Alexandre Dumas, incite vraiment à poursuivre cette longue lecture.
4/5
09:07 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
28/09/2026
Joseph Balsamo (Tome 3) (Alexandre Dumas)
Après être une première fois revenu sur sa décision, Louis XV renvoie finalement son ministre Choiseul pour complaire à sa favorite, Madame du Barry. Celle-ci souhaite qu'il soit remplacé par le duc d'Aiguillon, neveu de Richelieu, alors que le parlement, le clergé et le peuple grondent tant ils sont mécontents de cette décision royale. Le parlement menace de se mettre en grève et de ne plus juger aucune affaire, ce qui n'arrange les affaires de personne. Le roi, toujours poussé par Richelieu et la du Barry, se résigne à engager un « lit de justice » qui étouffera provisoirement cette fronde. Pendant ce temps, la belle Andrée est devenue lectrice officielle de la Dauphine Marie-Antoinette alors que Gilbert qui la suit à la trace est parvenu à se faire embaucher comme aide-jardinier au Trianon, histoire de rester proche de sa dulcinée. Mais la belle ne tarde pas à se faire remarquer par Louis XV qui lui fait offrir divers bijoux que Renée n'ose accepter, sentant bien que rien ne se donne sans contrepartie. Mais Joseph Balsamo maintient aussi son emprise sur elle. Avec le mage alchimiste centenaire qui l'accompagne, ils ont besoin de sang frais d'enfant ou de jeune vierge comme ultime ingrédient de leur potion de longue vie…
Ce troisième tome de « Joseph Balsamo » reste malheureusement aussi lent et peu rythmé que les deux précédents. Le lecteur sent bien que petit à petit, page après page, incident après incident, le drame commence doucement à se mettre en place. Les idées des philosophes gagnent peu à peu du terrain. Jean-Jacques Rousseau est montré sous une facette peu connue, celle du compositeur d'opérette. Il est même invité à Versailles pour aider à la mise en scène de l'une de ses œuvres interprétée par la dauphine, ses dames et nombre de courtisan. Rien que ces scènes valent le détour. Sinon, de nombreux passages sont consacrés aux amours contrariés de Balsamo et de Gilbert. Ces histoires très fleur bleue pour ne pas dire plus, ne sont que d'un intérêt secondaire dans une saga de pareille ampleur. Espérons que le dernier tome sera plus passionnant et plus rythmé et ainsi rachètera les trois premiers !
3/5
08:49 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
23/09/2026
Joseph Balsamo (Tome 2) (Alexandre Dumas)
Madame du Barry doit être présentée officiellement à la cour par sa marraine « providentielle », la vieille duchesse de Béarn, mais, au dernier moment, plus de robe, plus de carrosse et plus de perruquier. Tout semble définitivement compromis quand un jeune coiffeur inconnu mais plein de talent, nommé Léonard, se présente à la porte de son hôtel particulier, puis qu'un paquet contenant une autre robe, encore plus élégante que la première, est apporté par un commis et qu'un carrosse, encore plus somptueux que celui initialement prévu, est avancé dans la cour par des serviteurs inconnus. La maîtresse du roi Louis XV découvre vite que c'est le comte de Foenix qui responsable de ce sauvetage inespéré. Cet aristocrate inconnu qui se présente comme l'envoyé spécial du roi de Prusse ne serait être autre que Joseph Balsamo. De son côté, Gilbert, toujours éperdument amoureux de la belle et inaccessible Andrée est recueilli par Jean-Jacques Rousseau après une rencontre en forêt. Madame Louise, fille du roi et abbesse du couvent des carmelites de Saint Denis voit arriver une jeune femme très perturbée nommée Lorenza Feliciani qui lui demande aide et protection. Sous l'emprise de Balsamo qui la retenait prisonnière, elle s'est enfuie avec son cheval préféré. Mais celui-ci ne tarde pas à frapper à la porte et à exercer son exceptionnel pouvoir magnétique…
« Joseph Balsamo (Tome 2) » se présente comme un gros pavé d'une série de 4. La lecture n'en est pas désagréable pour qui a la patience de voir se dérouler une intrigue lente, très délayée pour ne pas dire poussive et manquant de rythme. Il ne se passe finalement pas grand-chose dans cette histoire en dehors de l'arrivée de la Dauphine Marie-Antoinette à Paris, quelques sombres présages pour l'avenir comme ce feu d'artifice qui tourne à la catastrophe à Paris et des intrigues de la du Barry pour se débarrasser de ses ennemis de toujours, le clan Choiseul. Le lecteur a l'impression d'en être encore et toujours à la présentation des personnages, des situations et des problématiques alors qu'il se trouve arrivé à mi-parcours du « pensum » évoquant le premier personnage et qu'il lui restera 9 autres tomes pour découvrir l'ensemble de cette fresque historique sur la révolution française. Pour en revenir à celui-ci, de nombreux chapitres sont consacrés aux amours contrariés voire impossibles entre Gilbert, de petite extraction, et la belle et aristocratique Andrée. Cette histoire donne dans le fleur-bleue le plus agaçant qui soit. Le lecteur doit résister à la tentation de sauter des pages, voire des chapitres entiers. Espérons que les deux tomes suivants seront plus passionnants que celui-ci.
3/5
08:31 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
13/09/2026
Joseph Balsamo (Tome 1) (Alexandre Dumas)
Dans une grotte secrète du Mont Tonnerre en Bavière, les principaux dirigeants de la secte des Illuminés reçoivent le Grand Cophte qui vient leur annoncer que dans vingt ans, il en sera terminé de la royauté française. Et grâce à l'aide militaire de la France, les Américains seront libérés les premiers de la domination britannique. Cet étrange personnage qui semble connaître l'avenir voyage en diligence sous le nom de Joseph Balsamo en compagnie d'un vieux mage alchimiste. Un violent orage les oblige à faire étape en Lorraine chez un noble désargenté, le baron de Taverney. Balsamo intrigue énormément le maître des lieux en lui racontant qu'il l'a déjà rencontré des dizaines d'années auparavant lors d'une lointaine bataille, ce qui semble totalement impossible vu son jeune âge. Puis il met sous son emprise par hypnotisme sa fille Andrée. Il réussit même l'exploit de leur annoncer l'arrivée en France de la Dauphine Marie-Antoinette d'Autriche, accompagnée d'une escorte dans laquelle se trouve Philippe, fils de Taverney. Ce diable d'homme serait-il un être extraordinaire, doué de pouvoirs incroyables, ou un charlatan, voire un vulgaire sorcier ?
« Joseph Balsamo » se présente comme un énorme pavé (et ce n'est que le tome 1) bien écrit qui démarre relativement bien mais qui s'essouffle assez rapidement. Le rythme de la narration ralentit malheureusement très vite en dépit d'une plume toujours aussi alerte et agréable à lire. Le lecteur reste sur la présentation de nombreux personnages. Il découvre un futur Louis XVI qui semble assez fidèle à la vérité historique, une Marie-Antoinette intelligente, volontaire et bien différente des caricatures habituelles. Le portrait de Louis XV est nettement moins flatteur. Il apparaît comme velléitaire, ne s'intéressant à quasiment rien sinon à ses plaisirs. Et tout ce premier épisode s'achève péniblement par la difficile présentation de la du Barry à la cour de Versailles. L'ensemble est relativement ennuyeux. Le lecteur se demande même s'il va devoir s'infliger les trois tomes suivants. Le thème basé sur l'histoire secrète de la mise à bas de la monarchie française est pourtant intéressant et prometteur. Dommage que le rythme soit si lent et que tout soit délayé à ce point. Cette série nous semble la plus terne de toutes celles que nous avons lu du grand Dumas. Très loin des meilleurs comme « Les trois mousquetaires » ou « Le comte de Monte Cristo ». Malheureusement.
3/5
08:57 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
04/09/2026
Dossiers secrets de l'Histoire (Alain Decaux)
Qui fut vraiment Mata-Hari ? De son véritable nom, Margaretha-Geertruida Zell, elle était née en réalité à Leeuwarden, aux Pays-Bas, le 7 août 1876. Fausse danseuse hindoue d'une grande beauté, mais vraie intrigante, elle se retrouva compromise dans une affaire d'espionnage au pire moment de la première guerre mondiale. « Proche » des ambassadeurs d'Allemagne et d'Angleterre, fut-elle un agent double ou « une espionne qui n'espionnait pas » ? Elle fut exécutée néanmoins et le doute sur sa culpabilité subsiste encore… Le général Weygand fut déclaré à sa naissance de père et de mère inconnus. Pourtant, il reçut à de nombreuses reprises d'importantes sommes d'argent versées par la cour royale de Belgique. Fut-il le fils illégitime de Léopold II ou celui de l'impératrice Charlotte, son épouse frappée de démence à cette époque ?… Cicéron, de son véritable nom Elyesa Bagna, le valet de chambre de l'ambassadeur de Grande-Bretagne à Istamboul, photographia une grande quantité de documents secrets de la plus haute importance pour les vendre aux nazis, lesquels crurent à une opération d'intoxication venant des services secrets anglais. Ils ne tinrent aucun compte des informations reçues alors qu'elles étaient authentiques et payèrent l'espion principalement en fausse monnaie…
« Dossiers secrets de l'Histoire » est un ouvrage de vulgarisation historique de belle qualité. Il aborde en sept chapitres les histoires plus ou moins rocambolesques de personnages connus des deux guerres mondiales. Le lecteur découvrira la fuite de Rudolf Hess en Angleterre, tentative individuelle un peu folle d'entamer des négociations secrètes de paix par le biais d'un lord écossais ainsi que les destins tragiques de Pétain, Mussolini et Hitler. Decaux met un point final à la version d'un Hitler échappé de son bunker de Berlin en 1945 et se cachant quelque part en Amérique latine entre Argentine et Bolivie. Staline maintint cette théorie mensongère pendant de longues années alors qu'il disposait de son cadavre dûment authentifié, sans doute pour maintenir une pression politique sur les Occidentaux. Ouvrage intéressant et fort bien écrit qui se lit comme un roman.
4,5/5
08:36 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
31/08/2026
Elémentaire, ma chère Sarah ! (Jô Soares)
En 1886, l'actrice Sarah Bernhardt fait une tournée triomphale au Brésil. À Rio de Janeiros où elle se produit devant des auditoires enthousiastes, elle se retrouve idolâtrée par toute l'élite intellectuelle du pays. L'empereur du Brésil, Pedro II, ne rate aucune de ses prestations. Il vient la féliciter dans sa loge et lui apprend par la même occasion qu'un Stradivarius offert à sa maîtresse vient de lui être dérobé. Pour l'actrice, le seul homme capable de résoudre cette énigme est un étrange Britannique, un certain Sherlock Holmès, détective mondialement connu qui est d'ailleurs de ses amis. À la demande de la diva, le voilà qui débarque du bateau quelques temps plus tard avec redingote, casquette à carreaux et pipe d'écume en compagnie de son habituel compagnon, le docteur Watson. Et dans les rues sombres de Rio, une petite prostituée est égorgée par un homme dissimulé dans un ample cape noire. Le meurtrier laisse même un indice, une corde de violon dissimulée dans la toison pubienne de la victime. Un autre meurtre de jeune femme se produit peu après… Holmès parviendra-t-il à mener à bien son enquête ?
« Elémentaire, ma chère Sarah ! » peut se classer dans les romans policiers et même parmi les thriller, puisque le lecteur a droit à quatre meurtres (autant que de cordes de violon) plus quelques autres dans la fin en pirouette assez spectaculaire et surprenante. Comme l'auteur ne manque pas d'humour et de dérision, c'est aussi une fantaisie comico-policière, un pastiche, voire une sorte de roman picaresque. Un véritable régal de voir ce personnage de détective hautain, un brin guindé, corseté, cocaïnomane et plus ou moins inverti, se laisser aller sous l'effet de la chaleur tropicale, des mets épicés, virer sa cuti dans les bras d'une magnifique métisse aux yeux verts et abandonner son addiction à la cocaïne au profit d'une bonne pipe de haschich de première qualité. Jô Soares a aussi l'intelligence de faire intervenir un certain nombre de personnages secondaires, tous plutôt hauts en couleurs, qui ont réellement existé. Il dresse d'ailleurs en fin d'ouvrage une vingtaine de courtes biographies de ceux-ci. L'ambiance du Brésil de la fin du XIXè siècle est très bien rendue. Le roman démarre sur les chapeaux de roues, perd un peu de rythme ensuite, en raison de nombreuses descriptions, mais termine en apothéose. L'ensemble reste une très bonne surprise. Le lecteur découvre tout un monde tout en se divertissant. À conseiller.
4,5/5
08:13 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
29/08/2026
Un jour (Maurice Genevoix)
Lors d'une promenade tardive dans la campagne solognote, le narrateur découvre un étang dont il ignorait l'existence, dans un endroit inconnu d'une forêt pourtant proche de chez lui. Deux hommes surgissent des fourrés. L'un se présente : « Fernand d'Aubel ». C'est le propriétaire des lieux accompagné de son garde-chasse. Il lui propose de venir chez lui pour pouvoir le remettre sur le chemin du retour. Puis il l'invite à souper en lui disant qu'il est ici chez lui. Dix sept années plus tard, le narrateur retrouve d'Aubel au même endroit, en train de pêcher en compagnie du même garde-chasse. D'Aubel est maintenant âgé de plus de 80 ans, mais il est resté encore très vert et très vigoureux. Il lui avoue qu'il est un de ses lecteurs, qu'il le suit depuis des années et qu'il a lu tous ses livres ou presque. Et cette fois, il lui propose même de rester une journée entière en sa compagnie, histoire de mieux faire connaissance. Que découvrira le narrateur ?
« Un jour » est un roman comme on n'en écrit plus. Dans un style impeccable, très descriptif, plein de précision et de minutie, Genevoix nous plonge dans un monde disparu, celui de l'autre siècle. Il nous fait découvrir un petit hobereau qui vit un peu comme un sauvage sur son petit domaine, loin du monde, mais au plus près de la nature. C'est l'époque où les campagnes commencent déjà à se dépeupler au profit des villes, où l'automobile se met à investir les routes et où les grands projets du monde moderne se réalisent un peu partout. Le petit coin de nature sauvage avec sa proximité de la Loire a intéressé un promoteur qui veut implanter une usine de produits chimiques qui se doublera d'une déchetterie et d'une station d'épuration. Les travaux ont commencé par la coupe rase d'une pinède de plusieurs hectares jouxtant le domaine du héros qui ne l'entend pas de cette oreille… Heureusement, la fin de cette jolie histoire qu'on ne révèlera pas pour ne pas spolier trop, est très surprenante. Un roman très agréable à lire, un brin nostalgique, pour se souvenir (pour les anciens) ou pour découvrir d'où nous venons tous (pour les plus jeunes)…
4/5
09:13 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
26/08/2026
Mon Dieu comme je les hais ! (AuBonTouite)
AuBonTouite s'est fait connaître par ses « posts » percutants sur X (Twitter) lors de la crise du covid. Il a été classé comme complotiste et se revendique lui-même comme tel et même ceinture noire 3e dan ! Non qu'il soit tombé dans la marmite de la recherche libre et non faussée par la pensée unique dès son plus jeune âge à l'instar de notre Obélix national, mais qu'il y soit venu progressivement. À l'origine, il fut un « normie » (mougeon ou moutruche gobant tout ce que le pouvoir distille dans ses canaux de propagande habituels) jusqu'à ce qu'il tombe sur une interview de Thierry Meyssan au sujet du 11 septembre de sinistre mémoire. Il commença par se demander par quelle diablerie deux avions pouvaient faire tomber trois tours. Suite à son immense succès sur les réseaux, il se retrouve impliqué dès sa création dans le média « Tocsin » diffusé sur YouTube. Il y tient hebdomadairement une chronique décalée et impertinente de l'actualité en compagnie de Clémence. Il a récemment annoncé vouloir se présenter à l'élection présidentielle avec un programme inspiré de Léodagan de Carmélide dont le slogan est « Tout cramer pour repartir sur des bases saines ». C'est radical et brut de décoffrage, mais en ces temps « d'en même temps » méphitiques et nauséabonds, un peu de vent du large ne devrait pas faire de mal…
« Mon Dieu, comme je les hais » est un recueil de chroniques regroupées en trois actes de quatre ou cinq scènes chacun (l'Apprenti, l'Initié, l'Elu). On y retrouve à la virgule près, retranscrites les interventions de l'auteur. Même si ces textes furent très écrits au préalable, le lecteur n 'y retrouvera pas le ton, l'ambiance, la verve et les mimiques de l'auteur qui se pose en observateur d'une société en décomposition, en moraliste, en politologue et en éditorialiste. AuBonTouite s'indigne, dénonce avec finesse et intelligence la couardise, l'incompétence et la nuisance des hommes politiques et autres malfaisants. Venu de la pub, il sait manier les slogans, les concepts et présenter ses idées avec intelligence, humour et brio, sans se dispenser de gros mots qui, dans sa bouche, ne sont même pas choquants. Il a d'ailleurs envisagé d'appeler son mouvement le QATSFE, le « Qu'ils aillent tous se faire f… », c'est dire. Ces chroniques (choisies d'ailleurs parmi les meilleures et les plus percutantes) sont un plaisir rare de finesse et d'intelligence épicé de traits d'esprit frondeur et un tantinet anar. Le vrai esprit français, celui que le monde entier nous enviait et que certains voudraient voir mort et enterré à tout jamais.
4,5/5
08:25 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
21/08/2026
Gouvernants invisibles et sociétés secrètes (Serge Hutin)
« Le monde est gouverné par tout autres personnages que ne l'imaginent ceux dont l'œil ne plonge pas dans la coulisse », disait Benjamin Disraeli. Sait-on par exemple que Napoléon, initié en Egypte, avait atteint le plus haut degré de l'ordre des Illuminés, ce qui facilita grandement son ascension vers le pouvoir, mais également précipita sa chute quand il manqua à ses engagements en se proclamant empereur ? Sait-on également que Jacques Cœur et Christophe Colomb profitèrent de l'héritage politique secret du Temple ? Ordre richissime fondé par neuf chevaliers autour de leur chef Hugues de Payens, celui-ci avait pour mission première de protéger les pélerins en marche vers Jérusalem. Pour éviter les vols, les Templiers inventèrent la lettre de créance et le principe de la banque en quelque sorte. Ils entretenaient des relations discrètes avec les Haschichins du Vieux de la Montagne et, plus tard, avec les chevaliers teutoniques. À la disparition du royaume de Jérusalem, ils se rabattirent d'abord sur Chypre puis sur l'Europe jusqu'à leur procès et leur dissolution dramatique. Le grand-maître Jacques de Molay et 54 Templiers furent brûlés à la pointe de l'île de la Cité. Pour Serge Hutin, ce ne fut que la fin apparente de l'histoire car l'ordre poursuivit son action en secret encore longtemps et même jusqu'à nos jours…
« Gouvernants invisibles et sociétés secrètes » est un ouvrage historique qui tente d'explorer les coulisses de l'histoire. De tous temps, le peuple voit des gens s'agiter sur le devant de la scène sans jamais savoir que ce ne sont que des marionnettes dont d'autres, les véritables puissants, tirent les ficelles. Le propos d'Hutin tourne beaucoup autour de l'histoire des Templiers dont l'ultime vengeance aurait été l'enfermement de Louis XVI et de sa famille à la prison du Temple ! Il aborde aussi certain aspects de l'Opus Dei en Espagne et de la Compagnie du Saint Sacrement en France. Le lecteur découvrira également les interventions de nombreux personnages assez étranges comme le comte de Saint-Germain, Cagliostro (Joseph Balsamo), Aleister Crowley, grand mage sataniste, Raspoutine qui ne méritait pas tout le mal qui fut propagé à son sujet. Devinant la venue imminente de la guerre et avec elle la fin des Romanov, il n'eut de cesse de supplier le tsar de rester neutre, mais ne fut pas écouté. On découvre aussi la baronne Rosen, aristocrate influente aux ressources financières apparemment illimitées, Trébisch-Lincolm, agent secret juif converti anglican, éminence grise d'Hitler qui partira en mission aux Etats-Unis, puis en Chine où il se convertira au bouddhisme et prendra le nom de Chiao Kung avant d'aller collaborer avec les Japonais pendant la seconde guerre mondiale, etc. Livre bien écrit, avec de nombreuses notes et une abondante biographie qui s'achève sur les affaires relativement récentes du SAC (tuerie d'Auriol), de l'AMORC et du « suicide » collectif de l'Ordre du Temple solaire. Passionnant. On rêve du même genre d'enquête sur la réalité d'aujourd'hui. Qui sont nos vrais maîtres ?
4,5/5
08:37 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)














