08/07/2026
Moi, Malala (Malala Yousafzaï)
Malala, jeune Pachtoune de 14 ans, vit à Mingora, la plus grande ville de la vallée du Swat, au nord-ouest du Pakistan. Son père est directeur d'une modeste école et sa mère femme au foyer qui n'a jamais pu apprendre à lire. Un soir, elle prend le dernier bus de l'école de Khushal avec sa meilleure amie Moniba et quelques élèves. Peu après un barrage de police, deux jeunes Talibans armés et vêtus de noir, arrêtent le modeste véhicule. L'un d'eux demande : « C'est qui Malala ? » Personne ne répond. Mais quelques filles font mine de regarder dans sa direction. Cela suffit pour que le terroriste la mette en joue et lui tire une balle en pleine tête à bout portant… Déjà, pendant l'année 2008, les Talibans avaient détruit 200 écoles dans la région. Ils avaient aussi coupé les câbles de la télévision, fait sauter le réseau électrique, fermé les magasins de musique et d'électronique et interdit aux filles tout accès à l'école. Malala était donc en faute en continuant d'aller étudier. De plus, son père était menacé de mort pour ne pas avoir accepté de fermer son école. Une équipe de télévision était venue interroger quelques filles, dont Malala, qui défiaient le pouvoir. Elle avait aussi commencé à témoigner sur Internet et à obtenir une certaine notoriété. Cela avait suffi à décider de son sort…
« Moi, Malala » est le témoignage émouvant d'une jeune écolière revenue miraculeusement de la mort. Par une chance extraordinaire, la balle n'avait pas atteint le cerveau, mais les chances de survie sur place étant minimes, elle fut transférée d'abord dans un hôpital de Rawalpindi puis de Canterbury au Royaume Uni. Deux médecins, une Anglaise et un Pakistanais, pratiquèrent plusieurs opérations qui lui sauvèrent la vie. Sa famille la rejoignit ensuite. Le gouvernement prit en charge tous les soins et procura même un emploi d'attaché culturel à son père. Finalement, cet attentat qui devait faire taire à jamais une opposante lui a fourni au contraire une tribune d'expression mondiale. Elle put défendre la cause des enfants privés d'éducation jusqu'à la tribune de l'ONU à New-York. Elle a été honorée du Prix Nobel de la Paix et aujourd'hui, elle poursuit son combat pour l'accès universel à l'éducation par le biais de sa fondation (malalafund.org) qui investit dans des programmes communautaires et soutient tous ceux qui militent pour l'éducation des filles dans le monde. Témoignage très touchant qui représente une condamnation sans appel de l'extrémisme et de l'obscurantisme religieux.
4/5
08:37 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
04/07/2026
Quinze cents kilomètres à pied à travers l'Amérique (John Muir)
Le 1er septembre 1867, John Muir entreprend un long périple à pied à travers les États-Unis, depuis l'Indiana jusqu'au Golfe du Mexique. Il commence par prendre le train d'Indianapolis jusqu'à Jeffersonville qu'il a choisi comme point de départ. Il traverse ensuite le fleuve Ohio à Louisville et commence à marcher en pleine nature, droit en direction du Sud. Il cherche les chemins les plus sauvages, les moins fréquentés et les plus noyés dans la végétation. Il emmène avec lui une presse à plantes dans un petit sac car son principal objectif est d'herboriser tout au long de son voyage. Il compte vivre frugalement, se faire héberger quand cela sera possible sinon bivouaquer dans la sauvagine le reste du temps. Ainsi compte-t-il parvenir jusqu'en Floride, mais c'est sans compter avec divers aléas dont un grave ennui de santé qui ne lui permettra pas d'aller au-delà de Cuba alors qu'il espérait poursuivre son expédition en Amérique du Sud, remonter l'Orénoque puis redescendre en canot le fleuve Amazone…
« Quinze cents kilomètres à travers l'Amérique » est un récit de voyage fort intéressant écrit par le héros des écologistes américains, l'homme qui a su préserver les séquoias géants du Yosémite et qui a préféré vagabonder que tirer parti de ses inventions. Le récit est très axé sur ses observations botaniques, ce qui pourrait lasser certains. En effet, Muir voyage, mais loin des villes et des hommes. La nature sauvage, avec sa flore et sa faune qu'il n'en finit pas d'admirer l'intéresse nettement plus que ses contemporains. Il fait cependant des rencontres, celles de tous ceux qui ont la gentillesse de l'héberger, celles des marins qui le transporteront à Cuba, à New York et jusqu'en Californie en passant par le canal de Panama, sans oublier celles des bonnes âmes qui le soigneront quand il sera gravement malade dans le Sud et restera longtemps sans pouvoir mettre un pied devant l'autre. Diable d'homme qui ne pourra pas s'éloigner du port quand il sera à New York, n'osera même pas visiter Central Park de peur de ne pas retrouver son chemin pour rentrer. Il déclare d'ailleurs qu'il aurait aimé visiter la ville s'il n'y avait pas eu d'habitants. Intéressant surtout pour tout ce qu'il découvre au fil de ce voyage comme par exemple la richesse et l'élégance de la ville de La Havane de l'époque.
4/5
08:57 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
01/07/2026
J'aurais pu être millionnaire, j'ai choisi d'être vagabond (Alexis Jenni)
Automne 1875. Un homme marche avec un mulet dans une forêt de séquoias de Californie. Il croise un cavalier qui le reconnaît et le salue respectueusement. C'est John Muir, une célébrité dans la région. Comme John est à cours de nourriture, le cavalier lui propose de venir se restaurer dans sa cabane qui est constituée d'un unique tronc de séquoïa mort et dévoré par le feu. Né en Écosse dans le village de Dunbar, près d'Edimbourg, John Muir a débarqué enfant aux États-Unis avec toute sa famille presbytérienne dans la région des grands lacs, dans le Wisconsin. Son père a aussitôt construit une cabane sur la parcelle de terre qui lui a été attribuée, en a défriché quelques arpents et commencé à cultiver et à élever ses premiers animaux. John doit aider à tous les travaux agricoles, ce qu'il apprécie moyennement. Disposant d'un génie technique assez particulier, il commence à inventer toutes sortes de machines en bois, à mi-chemin des inventions de Léonard de Vinci et des dessins de Francis Picabia dont une « horloge mécanique pour se lever de bonne heure » qu'il présente dans divers concours et expositions. Un jour, alors qu'il est encore étudiant, il se prend de passion pour la botanique et décide d'aller explorer les régions sauvages pour mieux en étudier la llore. Il vagabondera pendant des années et sur des milliers de kilomètres, de l'Ohio au golfe du Mexique, dans l'Ouest, de la Californie jusqu'en Alaska.
Cet ouvrage est la biographie d'un aventurier mythique des États-Unis, une sorte de précurseur, de pionnier de la défense de la nature et de l'écologie environnementale. Il participa à la création du parc naturel national du Yosémite, aida à la protection des séquoias et lutta en vain contre la construction d'un barrage hydro-électrique qui noya une vallée sauvage qu'il aimait. Il pratiqua un mode de vie simple et frugal, se nourrissant de pain et de baies. Un peu à la manière de Thoreau, mais dans un contexte nettement plus sauvage, il ne sentait bien que dans les solitudes inhabitées, les forêts et les grands espaces. Il gardait en permanence un petit carnet où il notait ses impressions et où il esquissait de petits dessins naïfs. Dès son époque, ses articles de journaux et ses livres rencontrèrent un grand succès. Théodore Roosevelt passa même quelque temps à bivouaquer avec lui et en revint enchanté. L'auteur réussit très bien à faire partager son admiration pour ce personnage hors norme et très en avance sur son époque déjà technicienne et scientiste. Un livre charmant agrémenté de photos et d'illustrations qui donne envie de poursuivre en lisant les écrits de Muir.
4/5
08:42 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
28/06/2026
La Terreur en Bavière (Ambroise Got)
En 1918-19, en Bavière, les communistes réussissent à établir pendant quelques semaines une dictature bolchevique en tous points semblables à celle qui sévit à l'époque en Russie et qui commence même à subjuguer la Hongrie voisine. La guerre et la défaite ont fourni à toutes sortes d'agitateurs, d'illuminés et de marginaux un terrain propice pour faire germer leurs idées de dictature des soviets. Normalement, le Bavarois n'a pas vraiment la fibre révolutionnaire, mais les circonstances sont si dramatiques et les pénuries si importantes qu'il est prêt à croire à n'importe quelle propagande lui promettant un avenir moins calamiteux. Un certain Eisner, socialiste révolutionnaire, s'est proclamé président de la Bavière. Il envoie de nombreux courriers à Clémenceau qui ne lui répond jamais, mais qui finit quand même par lui dépêcher deux émissaires qu'il rencontre dans un hôtel à Berne. Eisner leur demande que les prisonniers de guerre soient libérés enfin, que les conditions de paix soient moins léonines et que son gouvernement socialiste soit reconnu. Sans succès. Les politiciens anglais et français campent sur leurs positions, se félicitant presque de voir l'Allemagne sombrer peu à peu dans la misère et le désespoir. Un peu plus tard, à Munich, alors qu'il se rendait au palais de la Diète sans la moindre escorte, Eisner est assassiné par un étudiant d'origine aristocratique, le comte Arco-Valley. Ce drame déclenche une réaction énorme. Eisner est aussitôt remplacé par des gens beaucoup moins modérés que lui. La frange la plus radicale du mouvement, les bolchevistes s'emparent de toute la ville, dissolvent la Diète, ferment les journaux qui ne leur sont pas favorables, forcent les coffres des banques et commencent une répression féroce contre les nobles, les religieux, les intellectuels et les artistes. Des otages sont maintenus prisonniers dans des caves, attendant d'être exécutés. C'est le début de la Terreur rouge qui finira plutôt mal…
« La Terreur en Bavière » est un essai historique de qualité, édité en 1920 et encore parfaitement lisible aujourd'hui. L'auteur se trouvait sur les lieux. Il fut un témoin impartial de ces évènements dramatiques. Ainsi condamne-t-il avec la même fermeté cette Terreur rouge qui ne dura qu'à peine un mois et qui fut suivie par une répression féroce de l'armée régulière composée de soldats prussiens assez hostiles envers les Bavarois. L'auteur parle d'une « Terreur blanche » qui fit presque plus de morts et de dégats que la rouge. Le lecteur ne peut que faire le parallèle avec la Commune de Paris et sa liquidation par Thiers et les armées versaillaises. Pour mieux comprendre les origines et les motivations des chefs de cette révolution avortée, l'auteur trace de nombreux portraits de ceux-ci (Brandauer, Mühsam, Toller, Wadler, Neurath, Lipp, Maenner, Egelhofer et Seidl), sans oublier les trois agents russes (Levien, Léviné et Axelrod). Ouvrage intéressant pour qui veut découvrir cette partie peu connue des troubles qui suivirent la défaite allemande ainsi que les prémisses de la montée du nazisme. Tout se mettait déjà en place pour en arriver à un deuxième conflit mondial.
4/5
09:13 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
23/06/2026
La Russie telle que je viens de la voir (H. G. Wells)
Après un premier séjour à Pétrograd et à Moscou en 1914, H. G. Wells, invité par Kamenev, repart en Union Soviétique six années plus tard alors que la guerre civile est encore loin d'être terminée. Il voyage avec son fils qui lui sert d’interprète. Il veut se faire une idée de la situation et part avec un préjugé assez favorable au régime. Se considérant comme socialiste, il trouve que l'idéal marxiste est tout à fait respectable. Mais sur place, il constate que le pays part à la dérive. La misère et la résignation sont partout. « L'impression dominante qu'on éprouve aujourd'hui en Russie est la sensation qu'on est en face d'un vaste et irréparable effondrement », constate-t-il. C'est à Petrograd qu'il trouve la pire situation. Tous les magasins et les commerces ont disparu. Les rues sont défoncées. Les tramways bondés sont souvent réquisitionnés pour transporter des marchandises. Les pénuries alimentaires et le manque de nourriture sont criants. Les gens sont pauvres, mal vêtus. La répression a été féroce. Les élites ont émigré. De 1,2 millions d'habitants que comptait la ville, il n'en reste plus que 700 000. L'apothéose de ce voyage reste la rencontre avec Lénine qu'il qualifie de « Rêveur du Kremlin » et qui lui semble tout à fait, honnête, sincère et quasiment sympathique… Tout ce qui importe à Lénine c'est de savoir quand l'Angleterre, la France, l'Italie ou l'Allemagne vont enfin se décider à basculer dans le communisme…
« La Russie telle que je viens de la voir » est une sorte de long reportage destiné au lectorat britannique désinformé sur la réalité russe de l'époque, mais qui peut aujourd'hui se lire comme une sorte de document historique illustrant la naïveté des intellectuels occidentaux entreprenant le voyage en URSS. Comme Gide et tant d'autres, Wells verra ce qu'on voudra bien lui faire voir. Parfois, il n'est pas dupe. Ses accompagnateurs lui présentent une école où tous les élèves ne connaissent qu'un seul écrivain anglais, lui-même, ce qui lui met la puce à l'oreille. Le lendemain, il ira en visiter une autre et le résultat sera tout autre. Wells est aussi certain que les bolcheviques font du mieux qu'ils peuvent, vu la situation. Tout le mal vient des armées blanches et du soutien (très relatif) apporté à celles-ci par les gouvernements français et britanniques. Pour lui, les Russes blancs (Wrangel, Dénikine et autres) sont tous des brigands et des arrivistes qui ne pourraient que faire pire. Quand au petit peuple russe, Wells considère qu'il est illettré, apathique, jouisseur et plus supersticieux que vraiment religieux. Comme complexe de supériorité et mépris des petites gens, on ne fait pas mieux. Wells va même jusqu'à faire l'éloge de Trotsky car « il a redonné à l'armée russe sa force combattante », dit-il sans se soucier de l'importance des commissaires politiques et de leurs méthodes particulières pour faire avancer la troupe. Il trouve même justifiées les exécutions sommaires et toute la terreur rouge. Même si le lecteur peut trouver intéressantes certaines descriptions objectives, il ne pourra qu'être déçu du manque de perspicacité de Wells et de ses erreurs de perspectives pour l'avenir. L'Histoire a été bien différente de ce qu'il imaginait.
3/5
08:21 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
08/06/2026
Vivre (Boualem Sensal)
Le narrateur, Paolo, a fait un rêve étrange en forme de compte à rebours assez inquiétant. Il note J – 780 au feutre rouge sur la porte de son réfrigérateur. Et une semaine plus tard, son impression est confirmée quand il découvre, sur la vitre d'une fenêtre d'appartement dans une rue où il se trouve tout à fait par hasard, une autre inscription en rouge marquant J – 763. Il revient un peu plus tard dans la même rue pour rencontrer les auteurs. Ce sont deux Américains, Jason et Helen, basés à Paris. Pour Jason, la Terre doit disparaître dans moins de deux ans dans une sorte de trou noir, d'explosion ou de collision spatiale. Mais juste avant cette catastrophe terminale, un vaisseau spatial géant envoyé par des extraterrestres devra embarquer plusieurs millions d'humains rescapés. Jason et Paolo piloteront l'engin. Et d'autres « Appelés » viendront compléter l'équipe…
« Vivre » se présente comme un roman dystopique aux limites de l'anticipation et de la science-fiction. Le lecteur peut aussi le classer dans les contes philosophiques. Le propos de l'auteur est moins de raconter une histoire bien ficelée sur le thème de l'arche de Noé et du Déluge version 2.0, c'est-à-dire non pas suite à une gigantesque inondation, mais à une explosion géante, que d'exposer ses idées sur notre monde, notre civilisation décadente et les perspectives peu rassurantes qui s'ouvrent devant l'Humanité. L'intrigue est simpliste et totalement convenue. Le lecteur sait dès les premières pages comment tout ça va finir. Heureusement, Sansal a la finesse de laisser une fin dans une sorte de flou artistique. On ne sait rien du devenir des Transférés ni de ce que sont vraiment leurs Maîtres. Malheureusement, les personnages manquent d'épaisseur et même d'humanité, ce ne sont que des ombres ou des prototypes. Pas le moindre dialogue et un certain manque de rythme dans la narration. On notera quand même quelques fulgurances et même un certain humour en particulier quand les Appelés se demandent comment sélectionner les candidats au sauvetage. Les réponses données par l'imam, le rabbin et le curé ne manquent pas de saveur. Au total, un petit roman sympathique qui peut plaire aux amateurs du genre, mais qui reste assez loin du chef d'œuvre du siècle.
3,5/5
09:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
31/05/2026
0,001%, l'expérience de la réalité (Marc Auburn)
Nous sommes tous des êtres spirituels. Notre condition est multidimensionnelle au sein d'univers maultidimensionnels. La mort n'est pas une fin en soi, mais un passage vers une autre dimension, un autre espace que l'on peut appeler paradis… Cette planète n'est pas à nous. Notre condition est assez similaire à celle d'animaux confinés dans une réserve zoologique, dans une sorte de parc national géant. Des délégués de quatre espèces d'extra-terrestres (dont les fameux « Petits gris ») sont en charge de la gestion de notre planète et de ses habitants. Une de ces races a créé l'espèce humaine par génie génétique en se servant de cellules de primate il y a environ 20 000 ans. Mais en réalité, nous ne descendons pas vraiment des singes. Nous n'avons jamais cessé d'être « bricolés » par nos concepteurs aliens…
« 0,001%, l'expérience de la réalité » se présente comme un témoignage « sincère » d'un homme qui prétend avoir eu des contacts avec des extra-terrestres, avoir fait des voyages hors de son enveloppe physique et avoir connu ses précédentes incarnations dès son plus jeune âge. Il aurait été Indien d'Amazonie, guerrier grec assassiné d'un coup d'épée dans le dos et enterré alors qu'il était encore vivant, mais aussi Peau Rouge ou esclave sexuel dans d'autre vie. Il dit être capable quasiment à son gré de sortir de son corps physique et de voyager dans toutes sortes d'autres dimensions, d'autres mondes, tous plus beaux et plus magnifiques que le nôtre. Tout cela est bel et bon et peut même faire rêver. Mais le lecteur peut quand même s'étonner du rejet méprisant que cet auteur qui écrit d'ailleurs sous pseudonyme oppose à toutes les religions, à toutes les formes de spiritualités autres que la sienne. Tout ne serait que sottises, billevesées et mensonges diffusés dans le but d'asservir et de manipuler les consciences. C'est assez paradoxal de la part de quelqu'un qui présente bon nombre d'histoires ahurissantes, difficiles à croire, étayées par aucune preuve concrète. Selon lui, il ne faut jamais croire à aux histoires de Père Noël des autres alors que les siennes restent aussi peu crédibles. Ouvrage écrit au fil de la plume et qui laisse un peu dubitatif, à réserver aux amateurs de paranormal, de new age, d'ésotérisme et d'ufologie…
3/5
08:36 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
28/05/2026
Le potager du paresseux (Didier Helmstetter)
Est-il possible de produire des légumes totalement biologiques, de qualité et en quantité, sans aucun travail du sol, sans engrais, sans compost, sans pesticides, sans bouillie bordelaise et sans même édifier les fameuses buttes si emblématiques de la permaculture ? Oui, répond Didier Helmstetter, c'est possible et même souhaitable grâce à ce qu'il appelle la « phénoculture », sorte de maraîchage pratiqué sur une épaisse (20 à 30 cm) couche de foin. Pas de paille, ni de tontes de gazon, ni de compost, ni de BRF, ni de copeaux de bois, ni de sciure, ni de tout autre paillis, juste du foin et rien d'autre. En effet, ce jardinier paresseux part du fait qu'il est préférable de ne perturber la vie du sol que le moins possible. Il va au bout de la logique qui veut que non seulement on ne laboure pas profond, ce qui bouleverse complètement les équilibres du sol en faisant remonter à la surface des couches qui devraient rester au fond, en déchiquetant ces alliés du jardinier que sont les lombrics, sans parler de la vie des champignons mycorhyziens si utiles pour l'enracinement des plantes, mais qu'au contraire on enrichit le sol en apportant de la nourriture fraîche et riche à ses occupants qui en retour permettront aux légumes de prospérer tranquillement…
« Le potager du paresseux » est un essai sur le jardinage, plutôt technique malgré des apparences qui se veulent amusantes. Sa lecture peut même sembler un brin laborieuse parfois. L'auteur en est d'ailleurs conscient quand il engage les « kangourous » à sauter les passages les plus techniques et les plus rébarbatifs de son exposé. Cependant le lecteur attentif et patient ressortira convaincu du bien fondé de cette « théorie » qui rejoint les découvertes de l'agronome japonais Masanobu Fukuoka que l'auteur ne cite pas d'ailleurs. Il réussit à prouver le bien fondé de sa position un brin paradoxale par toutes sortes de découvertes scientifiques sur la vie des sols, sur la composition des plantes voire sur l'entraide apportée par les champignons, les vers de terre et autres insectes ou microorganismes du sol. Cet ouvrage fort intéressant est abondamment illustré par les petits dessins humoristiques de sa fille et de son gendre. On notera également la présence d'un cahier d'illustrations photographiques permettant de mieux comprendre la mise en œuvre concrète de la méthode du « Paresseux ». La théorie, c'est bien, mais avec une pratique simple et précise c'est nettement mieux. À noter également la présence d'une trentaine de pages de notes comme autant de précisions supplémentaires de l'exposé. Ouvrage à conseiller à tous ceux qui souhaitent jardiner en comprenant mieux ce qu'ils font, tout en ne se cassant pas trop les reins pour rien…
4,5/5
08:47 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
18/05/2026
Dette: 5000 ans d'Histoire (David Graeber)
Les controverses au sujet de la dette durent depuis cinq mille ans au moins. Le fait que l'économie mondiale ait débuté par le troc est plus un mythe qu'autre chose. A-t-il d'ailleurs véritablement existé, même dans les sociétés primitives ? L'auteur en doute fortement et a de bonnes raisons pour cela. L'arrivée de la monnaie sous toutes ses formes (métaux précieux ou non, coquillages, sel, voire morue séchée) a simplifié les échanges. Mais en réalité, c'est le crédit, la dette, la monnaie virtuelle (comme on l'appelle aujourd'hui) qui sont apparus en premier. Les véritables pièces de monnaie frappées à l'effigie d'un roi, d'un empereur ou d'un marchand sont arrivées beaucoup plus tard sans d'ailleurs jamais véritablement remplacer les systèmes de crédit. C'est en Chine du nord, en Inde et en Grèce que le phénomène se produisit simultanément entre 600 et 500 avant J.C. Pythagore (570-495 av J.C), Bouddha (563-483 av J.C) et Confucius (551-479 av J.C) furent contemporains. Sans se connaître, les trois pays vécurent en même temps une floraison de débats intellectuels, mais aussi un état de guerre permanent qui facilita la dispersion de la monnaie. Il fallait bien payer les soldats d'une manière ou d'une autre. Pour Graeber, c'est de la guerre que serait née l'économie de marché car le militaire doit tout acheter sur son passage quand il ne pille pas. Et même dans ce cas, sa préférence va toujours aux objets en métaux précieux…
« Dette, 5000 ans d'histoire » est un essai plus historique qu'économique. Sa lecture est un brin laborieuse. Une grande partie de l'ouvrage est consacré aux origines les plus lointaines de l'économie, des périodes sur lesquelles les chercheurs ne disposent que de peu de documents et pour lesquelles on se perd en conjectures. L'auteur est un professeur d'université britannique dont les idées « altermondialistes » apparaissent souvent en filigrane. Il conteste la plupart des thèses des économistes libéraux et estime que le capitalisme ne peut pas durer éternellement. Et même s'il estime que le communisme et les rapports humains basés sur les échanges honnêtes et même sur l'amour seraient préférables, il avoue ne pas savoir par quoi le remplacer. Le lecteur regrettera que la partie contemporaine, disons de 1815 à nos jours, soit traitée assez rapidement voire de manière un brin superficielle. Création de la Fed, accords de Bretton-Woods, abandon de la parité du dollar avec l'or par Nixon sont survolés. Cette partie reste du niveau du simple journalisme de vulgarisation. Il ressort surtout de cette lecture que toute l'économie mondiale repose sur la puissance militaire des États-Unis. Avec ses 800 bases militaires réparties dans le monde entier, avec sa maîtrise totale de l'espace aérien, l'empire américain a la possibilité de bombarder n'importe quel pays n'importe où dans le monde et ainsi imposer une économie basée sur le dollar qui n'est rien d'autre qu'un outil de prédation. Ouvrage intéressant, mais qui ne va pas assez au fond des choses à notre goût.
3,5/5
08:15 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
13/05/2026
Les linottes (George Courteline)
Marthe est une femme mariée qui profite des nombreux déplacements en province de son mari Frédéric pour passer de bons moments avec son amant Robert Cozal qui sait se montrer extrêmement jaloux alors que lui-même est tout sauf fidèle. Il a d'ailleurs séduit une jolie blanchisseuse nommée Anita. Mais un jour, Marthe, en se présentant plus tôt que d'habitude chez Robert, découvre le pot aux roses. Et c'est le drame. Elle rompt immédiatement avec lui. Bien que désolé, celui-ci n'en poursuit pas moins ses activités. Il écrit les textes d'opérettes dont son ami Stephen Hour, compositeur médiocre et incompris, crée les musiques. Hour est un personnage bohème et vindicatif, persuadé d'être un génie alors qu'il n'a aucun talent. Il refuse même de recevoir son ami venu lui présenter ses dernières productions. Aussi déçu par sa maîtresse que par son ami, Cozal erre dans les rues de Montmartre et finit dans une brasserie où il rencontre une belle blonde appelée Victoire qui lui demande de lui offrir une bière, ce qu'il s'empresse de faire, sentant la possibilité d'une nouvelle opportunité…
« Les linottes » est un recueil composé d'un court roman, sorte de novella de 11 chapitres bien dans l'esprit humoristique et un brin paillard de l'époque qui sera d'ailleurs adaptée à titre de véritable opérette par un autre auteur et de 14 autres textes, intitulés « Lieds de Montmartre ». Le lecteur y trouvera de petites nouvelles, toutes fort amusantes, mais aussi des portraits de personnages hauts en couleurs, appartenant souvent au milieu artistique, des saynètes de la vie de tous les jours et de petites histoires ayant toutes pour cadre le décor champêtre de la butte Montmartre. George Courteline y passa toute son enfance, c'est dire s'il connaissait bien les lieux et les gens qui y vivaient. Inutile de préciser que c'est un véritable plaisir que de lire ces textes légers, pétillants, pleins d'intelligence et de drôlerie (parfois vacharde) et de se plonger dans un monde disparu. Il est aussi intéressant de voir qu'avec un sujet de rien du tout comme la description d'une ligne d'omnibus parisien, ou la mésaventure d'un homme qui doit changer cinq fois de haut de forme, Courteline arrive à nous intéresser et à nous divertir. Texte préféré : « Une canaille » pour le trio amoureux avec l'ami complaisant qui « prête » à son meilleur ami sa maîtresse pour un week-end mais qui ne se souvient de rien le lendemain et explose de rage quand il apprend que cela s'est concrétisé. Ah ! Courteline, cet immortel génie de l'humour français !
4,5/5
08:21 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)














