08/06/2026
Vivre (Boualem Sensal)
Le narrateur, Paolo, a fait un rêve étrange en forme de compte à rebours assez inquiétant. Il note J – 780 au feutre rouge sur la porte de son réfrigérateur. Et une semaine plus tard, son impression est confirmée quand il découvre, sur la vitre d'une fenêtre d'appartement dans une rue où il se trouve tout à fait par hasard, une autre inscription en rouge marquant J – 763. Il revient un peu plus tard dans la même rue pour rencontrer les auteurs. Ce sont deux Américains, Jason et Helen, basés à Paris. Pour Jason, la Terre doit disparaître dans moins de deux ans dans une sorte de trou noir, d'explosion ou de collision spatiale. Mais juste avant cette catastrophe terminale, un vaisseau spatial géant envoyé par des extraterrestres devra embarquer plusieurs millions d'humains rescapés. Jason et Paolo piloteront l'engin. Et d'autres « Appelés » viendront compléter l'équipe…
« Vivre » se présente comme un roman dystopique aux limites de l'anticipation et de la science-fiction. Le lecteur peut aussi le classer dans les contes philosophiques. Le propos de l'auteur est moins de raconter une histoire bien ficelée sur le thème de l'arche de Noé et du Déluge version 2.0, c'est-à-dire non pas suite à une gigantesque inondation, mais à une explosion géante, que d'exposer ses idées sur notre monde, notre civilisation décadente et les perspectives peu rassurantes qui s'ouvrent devant l'Humanité. L'intrigue est simpliste et totalement convenue. Le lecteur sait dès les premières pages comment tout ça va finir. Heureusement, Sansal a la finesse de laisser une fin dans une sorte de flou artistique. On ne sait rien du devenir des Transférés ni de ce que sont vraiment leurs Maîtres. Malheureusement, les personnages manquent d'épaisseur et même d'humanité, ce ne sont que des ombres ou des prototypes. Pas le moindre dialogue et un certain manque de rythme dans la narration. On notera quand même quelques fulgurances et même un certain humour en particulier quand les Appelés se demandent comment sélectionner les candidats au sauvetage. Les réponses données par l'imam, le rabbin et le curé ne manquent pas de saveur. Au total, un petit roman sympathique qui peut plaire aux amateurs du genre, mais qui reste assez loin du chef d'œuvre du siècle.
3,5/5
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