28/06/2026
La Terreur en Bavière (Ambroise Got)
En 1918-19, en Bavière, les communistes réussissent à établir pendant quelques semaines une dictature bolchevique en tous points semblables à celle qui sévit à l'époque en Russie et qui commence même à subjuguer la Hongrie voisine. La guerre et la défaite ont fourni à toutes sortes d'agitateurs, d'illuminés et de marginaux un terrain propice pour faire germer leurs idées de dictature des soviets. Normalement, le Bavarois n'a pas vraiment la fibre révolutionnaire, mais les circonstances sont si dramatiques et les pénuries si importantes qu'il est prêt à croire à n'importe quelle propagande lui promettant un avenir moins calamiteux. Un certain Eisner, socialiste révolutionnaire, s'est proclamé président de la Bavière. Il envoie de nombreux courriers à Clémenceau qui ne lui répond jamais, mais qui finit quand même par lui dépêcher deux émissaires qu'il rencontre dans un hôtel à Berne. Eisner leur demande que les prisonniers de guerre soient libérés enfin, que les conditions de paix soient moins léonines et que son gouvernement socialiste soit reconnu. Sans succès. Les politiciens anglais et français campent sur leurs positions, se félicitant presque de voir l'Allemagne sombrer peu à peu dans la misère et le désespoir. Un peu plus tard, à Munich, alors qu'il se rendait au palais de la Diète sans la moindre escorte, Eisner est assassiné par un étudiant d'origine aristocratique, le comte Arco-Valley. Ce drame déclenche une réaction énorme. Eisner est aussitôt remplacé par des gens beaucoup moins modérés que lui. La frange la plus radicale du mouvement, les bolchevistes s'emparent de toute la ville, dissolvent la Diète, ferment les journaux qui ne leur sont pas favorables, forcent les coffres des banques et commencent une répression féroce contre les nobles, les religieux, les intellectuels et les artistes. Des otages sont maintenus prisonniers dans des caves, attendant d'être exécutés. C'est le début de la Terreur rouge qui finira plutôt mal…
« La Terreur en Bavière » est un essai historique de qualité, édité en 1920 et encore parfaitement lisible aujourd'hui. L'auteur se trouvait sur les lieux. Il fut un témoin impartial de ces évènements dramatiques. Ainsi condamne-t-il avec la même fermeté cette Terreur rouge qui ne dura qu'à peine un mois et qui fut suivie par une répression féroce de l'armée régulière composée de soldats prussiens assez hostiles envers les Bavarois. L'auteur parle d'une « Terreur blanche » qui fit presque plus de morts et de dégats que la rouge. Le lecteur ne peut que faire le parallèle avec la Commune de Paris et sa liquidation par Thiers et les armées versaillaises. Pour mieux comprendre les origines et les motivations des chefs de cette révolution avortée, l'auteur trace de nombreux portraits de ceux-ci (Brandauer, Mühsam, Toller, Wadler, Neurath, Lipp, Maenner, Egelhofer et Seidl), sans oublier les trois agents russes (Levien, Léviné et Axelrod). Ouvrage intéressant pour qui veut découvrir cette partie peu connue des troubles qui suivirent la défaite allemande ainsi que les prémisses de la montée du nazisme. Tout se mettait déjà en place pour en arriver à un deuxième conflit mondial.
4/5
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