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23/06/2026

La Russie telle que je viens de la voir (H. G. Wells)

La Russie.jpgAprès un premier séjour à Pétrograd et à Moscou en 1914, H. G. Wells, invité par Kamenev, repart en Union Soviétique six années plus tard alors que la guerre civile est encore loin d'être terminée. Il voyage avec son fils qui lui sert d’interprète. Il veut se faire une idée de la situation et part avec un préjugé assez favorable au régime. Se considérant comme socialiste, il trouve que l'idéal marxiste est tout à fait respectable. Mais sur place, il constate que le pays part à la dérive. La misère et la résignation sont partout. « L'impression dominante qu'on éprouve aujourd'hui en Russie est la sensation qu'on est en face d'un vaste et irréparable effondrement », constate-t-il. C'est à Petrograd qu'il trouve la pire situation. Tous les magasins et les commerces ont disparu. Les rues sont défoncées. Les tramways bondés sont souvent réquisitionnés pour transporter des marchandises. Les pénuries alimentaires et le manque de nourriture sont criants. Les gens sont pauvres, mal vêtus. La répression a été féroce. Les élites ont émigré. De 1,2 millions d'habitants que comptait la ville, il n'en reste plus que 700 000. L'apothéose de ce voyage reste la rencontre avec Lénine qu'il qualifie de « Rêveur du Kremlin » et qui lui semble tout à fait, honnête, sincère et quasiment sympathique… Tout ce qui importe à Lénine c'est de savoir quand l'Angleterre, la France, l'Italie ou l'Allemagne vont enfin se décider à basculer dans le communisme…

« La Russie telle que je viens de la voir » est une sorte de long reportage destiné au lectorat britannique désinformé sur la réalité russe de l'époque, mais qui peut aujourd'hui se lire comme une sorte de document historique illustrant la naïveté des intellectuels occidentaux entreprenant le voyage en URSS. Comme Gide et tant d'autres, Wells verra ce qu'on voudra bien lui faire voir. Parfois, il n'est pas dupe. Ses accompagnateurs lui présentent une école où tous les élèves ne connaissent qu'un seul écrivain anglais, lui-même, ce qui lui met la puce à l'oreille. Le lendemain, il ira en visiter une autre et le résultat sera tout autre. Wells est aussi certain que les bolcheviques font du mieux qu'ils peuvent, vu la situation. Tout le mal vient des armées blanches et du soutien (très relatif) apporté à celles-ci par les gouvernements français et britanniques. Pour lui, les Russes blancs (Wrangel, Dénikine et autres) sont tous des brigands et des arrivistes qui ne pourraient que faire pire. Quand au petit peuple russe, Wells considère qu'il est illettré, apathique, jouisseur et plus supersticieux que vraiment religieux. Comme complexe de supériorité et mépris des petites gens, on ne fait pas mieux. Wells va même jusqu'à faire l'éloge de Trotsky car « il a redonné à l'armée russe sa force combattante », dit-il sans se soucier de l'importance des commissaires politiques et de leurs méthodes particulières pour faire avancer la troupe. Il trouve même justifiées les exécutions sommaires et toute la terreur rouge. Même si le lecteur peut trouver intéressantes certaines descriptions objectives, il ne pourra qu'être déçu du manque de perspicacité de Wells et de ses erreurs de perspectives pour l'avenir. L'Histoire a été bien différente de ce qu'il imaginait.

3/5

08:21 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)