Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13/08/2026

Voltaire (Marion Sigaut)

Voltaire.jpgSavez-vous que le célèbre philosophe était également d'une avarice digne d'Harpagon ? Il devait payer une livre de solde à un serviteur. Il ne lui en régla que la moitié. Ce fut à son éditeur de payer le reste. Lors d'un séjour à la campagne, il refusa de payer son dû à une fermière qui l'avait ravitaillé en victuailles diverses. De passage à Francfort, il fut sollicité par un libraire qui lui avait fourni des livres jamais réglés depuis 13 ans. À défaut d'argent, Voltaire le gratifia d'une grande gifle en pleine figure. Le libraire devra porter l'affaire en justice pour obtenir gain de cause. Et pourtant le philosophe était extrêmement riche. Il possédait plusieurs domaines dont il savait tirer grand profit et pas toujours de la manière la plus honnête. Ce grand défenseur de la liberté d'expression se révéla aussi un censeur féroce et un procédurier sans pitié en faisant arrêter par ses soins de braves gens qui avaient eu le malheur de détenir à leur domicile des pamphlets et des libelles ironisant sur le ridicule et la faiblesse de ses créations théâtrales, alors qu'ils n'en étaient même pas les auteurs. Voltaire fut aussi un fieffé menteur et un habile truqueur. Dans trois affaires qui défrayèrent la chronique de l'époque (Damiens, Callas et Chevalier de la Barre), il se permit de prendre de larges libertés avec la réalité des faits, juste pour étayer son combat anti-clérical et pour « faire le buzz », comme on dirait aujourd'hui.

« Voltaire » est un essai historique bien écrit et bien sourcé (très nombreuses notes). Marion Sigaut trace un portrait assez peu flatteur du grand philosophe français qui fut avec Rousseau sans doute le plus important des penseurs des « Lumières » et qui fut un des grands inspirateurs de la Révolution française. Il ressort de la lecture de ce livre, très spécialisé sur la personnalité d'Arouet, que c'était plutôt un triste sire, radin, mesquin, haineux et très méprisant envers les petites gens. Chacune des grandes affaires dont il se mêla est décortiquée jusque dans ses plus petits détails. Le lecteur stupéfait découvre toutes les manipulations, les manœuvres et les mensonges dont a usé le grand philosophe pour parvenir à ses fins. Il s'agit pour lui d'en finir avec « l'infâme », c'est à dire l'église catholique et discréditer le pouvoir royal qui en est son plus grand défenseur. Cela ne l'empêchera pas de tout faire pour rester bien en cour autant à Versailles qu'à celle de Frédéric II qui l'accueillera à bras ouvert et finira par déchanter quand il découvrira l'orgueil, la méchanceté et la fourberie du personnage. L'ouvrage n'est pas exhaustif sur le sujet (l'autrice le reconnaît elle-même), il n'aborde nullement l'antisémitisme rabique du personnage par exemple. Livre intéressant cependant qui fait descendre un peu de son piédestal cette idole républicaine.

4,5/5

08:37 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)