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30/05/2026

Un enfant sage (Nouvelle)

UN ENFANT SAGE

J’en peux plus… soupira Birg. C’est trop haut ! Tu vas voir que je vais finir par me casser la figure…

– Encore un tout petit effort, ma chérie, et nous serons arrivés, lui dit Pier en s’accrochant fermement aux branches du vieux lierre recouvrant le mur qu’ils étaient en train d’escalader.

– J’ai le vertige…

– Ne regarde pas vers le sol et tout ira bien, lui conseilla-t-il.

– Je crève de trouille, pleurnicha-t-elle. Je tremble de partout, je n’ai plus de force…

– Ca suffit, tais-toi et continue ! Après tout, ce truc de barge, c’était ton idée…

Le jeune homme encourageait sa compagne du mieux qu’il le pouvait : « Encore un petit effort… Plus qu’un étage… » en se disant que cette expédition imbécile n’était que pure folie. Mais il s’était fait une raison. Depuis qu’il l’avait rencontrée, il n’avait fait que suivre la belle Birg dans sa longue suite d’errances et de délires. La grande bâtisse que les deux jeunes gens investissaient comme de vulgaires rats d’hôtel semblait complètement abandonnée. Pas la moindre lumière aux fenêtres. Le parc était totalement désert. Il devait être vers les deux heures du matin. Il faisait nuit noire. Un ciel couleur d’encre laissait parfois apparaître une lune blafarde entre deux nuages grisâtres. Au loin, un chien hurla. A part ça, pas le moindre signe de vie alentour… Seul un volet battait mollement au dernier étage, celui qu’ils voulaient atteindre. Non sans peine, ils y parvinrent. Pier agrippa la rambarde et appuya sur le montant de la fenêtre qui se laissa ouvrir avec un grincement sinistre. Ils pénétrèrent dans une petite chambre qui leur parut baignée d’un léger halo lumineux.

– On dirait une chambre d’hôtel, remarqua Pier en inspectant les lieux. Tu es sûre que c’est bien ici ?

– J’en suis certaine, affirma la jeune femme. J’entends encore les paroles de l’ange résonner dans ma tête…

– Quel ange ? S’étonna Pier. Tu m’as toujours dit que c’est Gaby qui t’as refilé ce tuyau crevé.

– Laisse tomber… Ca craint ! Cassons-nous ! Cette piaule me fout les jetons… Et puis c’est pas bien ce qu’on va faire…

– Hé, regarde, il est là, ton divin enfant, s’écria le jeune homme en lui montrant la forme d’un nouveau-né endormi dans un petit berceau d’osier placé non loin d’un lit défait. Birg se précipita vers lui en s’écriant : « Mon Dieu, qu’il est mignon, qu’il est adorable ! » Elle le prit délicatement dans ses bras et le berça avec tendresse.

– Bon, ça suffit, maintenant, fit l’autre qui commençait à s’impatienter. La mère peut se pointer. Nous surprendre… Tirons-nous vite fait !

– Attends un peu, mon chéri. Laisse-moi savourer le bonheur d’être mère…

– Tu es complètement dingue, Birg. Passe-moi le môme !

Il lui prit l’enfant des mains et se dirigea vers la fenêtre pensant filer par où il était venu. Une rafale de vent plus violente que les autres fit claquer violemment le volet. Birg voulut pousser un petit cri mais il resta bloqué dans sa gorge. Pierre mit toutes ses forces pour dégager le battant. Rien à faire. Le volet refusait obstinément de s’ouvrir.

– J’y arrive pas, souffla-t-il l’air penaud. J’y comprends rien ! Il a l’air de s’être verrouillé tout seul… C’est plus fort que le roquefort…

– Laisse tomber… Quand le diable s’en mêle, il ne faut surtout pas insister… Filons par la porte…

– Pourvu que le gosse ne se mette pas à hurler…

Ils se retrouvèrent dans un escalier, se crurent un moment perdus et finirent par retrouver le chemin de la sortie dans un dédale de couloirs digne d’un labyrinthe. D’un pas assuré, Birg ouvrait la marche. Quant à l’enfant, il dormait toujours, tranquillement blotti dans les bras de Pier qui le regardait d’un air attendri.

– Il est bien joli, fit-il. Comment veux-tu l’appeler ?

– Sauveur, voyons ! Je te l’ai déjà dit cent fois. L’ange m’a bien détaillé les volontés de ceux d’en haut. Pour que tout s’accomplisse, je dois être la mère d’un Sauveur…

Pier s’interdit de lui répondre qu’elle ne s’appelait pas Marie, que Gabriel n’était pas un ange mais un junkie camé jusqu’aux yeux et surtout qu’il y avait belle lurette qu’elle n’était plus vierge vu le nombre de connards qu’elle accueillait entre ses cuisses pour pouvoir se payer son shoot quotidien. Dans ce bâtiment, tout était blanc et rutilent de propreté. « Ca sent bizarre, remarqua Birg, on dirait qu’on est dans un hôpital… »

– Et pour cause, on est à Saint Luc et Saint Marc, lança Pier.

– Je suis pas sûre qu’on ne fasse pas une énorme c… dit Birg soudain prise de doute.

Pier la regarda. Avec sa courte chevelure blonde, ses yeux verts émeraude et ses traits fins, elle avait toujours cet air à la fois évaporé et décidé qui l’avait tant séduit autrefois. Des voix intérieures dictaient sa conduite. C’est ce qu’elle disait et cela devait être vrai car son doux visage gardait en permanence cet air illuminé et inquiétant des voyantes ou des médiums. Pier l’aimait et l’admirait sans vraiment la comprendre. Elle l’agaçait souvent. Le paranormal n’était pas son élément naturel. Parfois, tout ça allait même jusqu’à lui flanquer la trouille. Surtout quand il la sentait au bord du gouffre, prête à basculer dans la démence.

– Il faut qu’on se casse d’ici vite fait, dit-elle.

Ils se retrouvèrent dehors sans trop savoir comment. « Il ne nous reste plus qu’à aller présenter Sauveur aux trois rois… »

– Qu’est-ce que c’est que ce délire ? Pier sentait l’exaspération l’envahir.

– On va aller chez mes parents, suggéra Birg. Mon père s’appelle Gasp, tu vois le genre ?

– Mais tu m’as toujours dit qu’ils étaient morts il y a cinq ans dans un accident de voiture…

– J’ai également deux oncles, Balt et Melk. Ca fait une paie que je ne les ai pas vus…

– C’est pas les deux dingos qui sont internés en hôpital psychiatrique ?

– Tu n’as rien compris à leur histoire. Ce sont des dissidents injustement internés pour délit d’opinion. La venue de l’enfant va changer toute la donne. Je suis sûre que Sauveur va reconstituer ma famille éclatée en mille morceaux. Il va rassembler tous ses membres dispersés aux quatre vents de la solitude.

– Ce poupon ne va quand même pas ressusciter les morts…

– Silence, homme de peu de foi ! Vous parlez sans savoir, lui lança-t-elle de son air le plus hautain.

Pier ne répliqua pas. Quand elle en était là, il valait mieux attendre que tout se calme dans sa cervelle en ébullition. La rue était vide de toute circulation. Ils marchaient droit devant eux et l’enfant dormait toujours aussi paisiblement.

– Tu sais, lui dit-elle un peu plus tard. Sauveur restera toujours très beau. Il sera l’enfant de l’Amour et de la Sagesse. Ils nous l’ont envoyé pour qu’il accomplisse sa mission, sauver l’Humanité toute entière. Un jour, tous les Grands de ce monde viendront se prosterner à ses pieds… Il sera bien plus important qu’un roi…

– Allons, allons, fit Pier. Pour l’instant, ce n’est qu’un bébé comme un autre. Tu viens de le voler à une pauvre femme et tu voudrais que tout le monde admette qu’il sort de ton ventre…

– Je l’ai conçu d’une manière incompréhensible pour ton petit intellect de marlou dégénéré. Immaculée conception… Pas de sang, pas de sueur, pas de larmes… Propre, nette, pure…

– En tous cas, ça ne nous dit ni où on va, ni comment on va le nourrir, ni où on va le cacher… Pas question de le ramener au squat de la rue des Bons Apôtres, il y a trop de sales mecs là-bas !

– Laisse-toi porter par les évènements. Suis et tais-toi ! Ordonna Birg sur un ton cassant. Cet enfant est à moi ! J’en suis responsable. Je sais ce que je fais. J’ai enregistré toutes les directives de l’Ange et je suis bien décidée à m’y conformer… Toi, tu n’as qu’à obéir et la fermer.

– Pas d’accord ! Lança sèchement Pier. Y’a pas écrit Joseph sur mon front, bordel ! Moi, je n’en ai jamais vraiment voulu de ce gosse. C’était ton idée. Une idée de dingue. Tu ferais mieux de revenir sur terre et d’aller le rendre vite fait à sa mère…

– Mais… tenta Birg sans rien comprendre à cet accès de colère venu d’un garçon aussi doux et aussi docile.

Il lui mit l’enfant dans les bras et lui dit : « Tiens, reprends-le ! Et fais comme tu veux ! Garde-le ou rends-le, je m’en fous ! » Et il la planta là.

– Reviens, cria Birg. Je t’aime Pier Grossman !

Il ne se retourna pas. Au loin, elle entendit le cri d’un coq. Il annonçait le lever du jour. Une aube grise, sale et froide commençait à chasser les ténèbres et les fantasmes de la nuit. Deux autres gallinacés lui répondirent… Birg n’en pouvait plus de marcher dans des rues qui s’éveillaient doucement dans une brume incertaine. Un camion d’éboueurs passa. Elle croisa les premiers travailleurs du petit matin, agents de maintenance, techniciennes de surface, laveurs de carreaux et autres. Personne ne faisait attention à cette drôle de fille qui marchait en tenant un poupon tout contre son sein. Il s’était réveillé et restait toujours aussi sage. Il fixait Birg de son regard d’un bleu très sombre et lui souriait doucement. Comme elle avait plus ou moins tourné en rond, elle se retrouva devant la grande bâtisse du début. Elle aperçut au loin le pavillon avec ses murs couverts de lierre. Elle se demanda comment elle avait pu grimper jusqu’au cinquième étage de cette clinique Saint Luc et Saint Marc. Fallait-il qu’elle soit motivée et que les saletés qu’elle avait ingérées lui aient retiré toute inhibition pour s’être lancée dans pareille aventure. L’endroit lui semblait moins hostile et pourtant rien n’allait comme cela aurait dû. Elle sentait déjà les effets du manque la ravager. Des douleurs, des picotements, une souffrance autant physique que morale. Une impression d’à quoi bon vivre, d’aliénation et d’étrangeté. Et ce bambin, qu’est-ce qu’il faisait là chaudement niché entre ses bras ?

Elle se présenta à l’entrée du second pavillon, celui marqué « Maternité ». Avant de gravir les quatre marches du perron, elle glissa l’enfant sous son pull, ce qui forma une petite bosse au niveau de son ventre. Birg avait l’air d’une femme enceinte de cinq à six mois, guère plus. Elle franchit la porte et, sans se présenter à l’accueil, se lança dans les escaliers. Elle parcourut des couloirs, ouvrit des portes et entra dans des chambres vides ou occupées. Impossible de retrouver l’endroit où elle avait dérobé l’enfant. « Il faut pourtant que j’arrive à le remettre là où je l’ai pris… » Elle sentait les larmes lui monter aux yeux. Au détour d’un couloir, elle trouva un bureau avec de la lumière. Elle poussa la porte et se retrouva face à deux infirmières. L’une, grande et forte, devait avoir la cinquantaine. Elle donnait quelques instructions à sa collègue plus jeune et plus avenante.

– Excusez-moi, fit Birg. Mais… est-ce que par hasard vous n’auriez pas perdu un nouveau-né pendant la nuit ?

– Je ne crois pas, lui répondit vertement l’infirmière la plus âgée en lui lançant un regard inquisiteur. Ce n’est pas le genre de la maison. Pourquoi nous posez-vous cette question ?

– Parce que cette nuit, vers deux heures, mon compagnon et moi-même nous avons trouvé un bébé abandonné dehors, dans le parc de l’hôpital…

– Etrange, fit l’infirmière, et pas banal. Bon , attendez une minute. Je vérifie… Et elle s’empara du téléphone pour passer quelques coups de fil. Pour rien. Aucun nourrisson ne semblait avoir fait de fugue. Reste à vérifier par une tournée des chambres individuelles. Marie, voulez-vous bien vous en charger ? Ordonna-t-elle à sa jeune collègue.

Celle-ci revint un quart d’heure plus tard. La recherche n’avait rien donné. Chaque mère avait son rejeton. Personne ne manquait à l’appel. « Mais dîtes-moi, demanda-t-elle à Birg, comment était-il physiquement, cet enfant ? »

– Très beau, très mignon, lui répondit-elle. Très calme. La peau très claire et les yeux d’un bleu très profond…

– Bon sang, mais… Non, ce n’est pas possible… Pourvu que…

Et elle se lança dans les escaliers. Birg lui emboîta le pas et parvint nettement distancée à la chambre du cinquième. Elle reconnut immédiatement les lieux. Le berceau était vide et la jeune blonde effondrée pleurait en appelant : « Corentin, Corentin ! Mon bébé… Il a disparu ! Je l’avais juste laissé quelques minutes, le temps d’une urgence… »

– Il n’est plus là, en effet, constata Birg. Mais il ne faut pas pleurer. Nous l’avons retrouvé et je vous le ramène.

La pauvre infirmière la regarda fixement. Elle ne comprenait pas. « Comment est-ce possible ? Où l’avez-vous mis ? »

– Consolez-vous, lui répondit Birg. Le voilà !

D’un geste gracieux, elle souleva son pull et détacha le bébé de son ventre. Mais ce n’était plus tout à fait le bel enfant dont elle était si fière. Tout rabougri, son petit corps semblait un peu fripé et vaguement flétri. « Il a dû un peu manquer d’air là-dessous, admit Birg. Mais il fallait bien que je le cache… Je voulais entrer discrètement… »

– Il est tout cyanosé, je vais l’emmener immédiatement en réanimation, fit l’infirmière.

– Inutile. Il est solide. Il s’en remettra. Voilà, je le couche dans son berceau. Je le borde bien, ce chéri. Vous allez voir, dans quelques minutes, il va reprendre toutes ses belles couleurs…

– Vous en êtes sûre ?

– Certaine. Fais dodo, petit Sauveur…

– Petit Corentin, corrigea l’autre. Son nom c’est Corentin, pas Sauveur…

Les deux jeunes femmes se tenaient de chaque côté du berceau, le buste penché en avant, la tête à se toucher, immobiles, comme deux mères, deux fées, ou deux soeurs. L’enfant ne bougeait pas. Il semblait très sage. Il avait les yeux clos. Sa peau était si blanche qu’elle en devenait bleutée.

– Quel amour ! Fit Birg.

– Chut, fit Marie. Nous allons le réveiller… Laissons-le se reposer… Il a dû avoir si peur !

Nouvelle extraite du recueil "LOLLYBLOG"

Ouvrage disponible version papier et e-book

https://www.amazon.fr/Lollyblog-Nouvelles-Bernard-Viallet...

 


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28/05/2026

Le potager du paresseux (Didier Helmstetter)

Le potager du paresseux.jpgEst-il possible de produire des légumes totalement biologiques, de qualité et en quantité, sans aucun travail du sol, sans engrais, sans compost, sans pesticides, sans bouillie bordelaise et sans même édifier les fameuses buttes si emblématiques de la permaculture ? Oui, répond Didier Helmstetter, c'est possible et même souhaitable grâce à ce qu'il appelle la « phénoculture », sorte de maraîchage pratiqué sur une épaisse (20 à 30 cm) couche de foin. Pas de paille, ni de tontes de gazon, ni de compost, ni de BRF, ni de copeaux de bois, ni de sciure, ni de tout autre paillis, juste du foin et rien d'autre. En effet, ce jardinier paresseux part du fait qu'il est préférable de ne perturber la vie du sol que le moins possible. Il va au bout de la logique qui veut que non seulement on ne laboure pas profond, ce qui bouleverse complètement les équilibres du sol en faisant remonter à la surface des couches qui devraient rester au fond, en déchiquetant ces alliés du jardinier que sont les lombrics, sans parler de la vie des champignons mycorhyziens si utiles pour l'enracinement des plantes, mais qu'au contraire on enrichit le sol en apportant de la nourriture fraîche et riche à ses occupants qui en retour permettront aux légumes de prospérer tranquillement…

« Le potager du paresseux » est un essai sur le jardinage, plutôt technique malgré des apparences qui se veulent amusantes. Sa lecture peut même sembler un brin laborieuse parfois. L'auteur en est d'ailleurs conscient quand il engage les « kangourous » à sauter les passages les plus techniques et les plus rébarbatifs de son exposé. Cependant le lecteur attentif et patient ressortira convaincu du bien fondé de cette « théorie » qui rejoint les découvertes de l'agronome japonais Masanobu Fukuoka que l'auteur ne cite pas d'ailleurs. Il réussit à prouver le bien fondé de sa position un brin paradoxale par toutes sortes de découvertes scientifiques sur la vie des sols, sur la composition des plantes voire sur l'entraide apportée par les champignons, les vers de terre et autres insectes ou microorganismes du sol. Cet ouvrage fort intéressant est abondamment illustré par les petits dessins humoristiques de sa fille et de son gendre. On notera également la présence d'un cahier d'illustrations photographiques permettant de mieux comprendre la mise en œuvre concrète de la méthode du « Paresseux ». La théorie, c'est bien, mais avec une pratique simple et précise c'est nettement mieux. À noter également la présence d'une trentaine de pages de notes comme autant de précisions supplémentaires de l'exposé. Ouvrage à conseiller à tous ceux qui souhaitent jardiner en comprenant mieux ce qu'ils font, tout en ne se cassant pas trop les reins pour rien…

4,5/5

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27/05/2026

Poèmes pour petits et grands (331)

Verlaine.jpgTournez, tournez, bons chevaux de bois…

 

Tournez, tournez, bons chevaux de bois,

Tournez cent tours, tournez mille tours,

Tournez souvent et tournez toujours,

Tournez, tournez au son des hautbois.

 

L’enfant tout rouge et la mère blanche,

Le gars en noir et la fille en rose,

L’une à la chose et l’autre à la pose,

Chacun se paie un sou de dimanche.

 

Tournez, tournez, chevaux de leur cœur,

Tandis qu’autour de tous vos tournois

Clignote l’œil du filou sournois,

Tournez au son du piston vainqueur !

 

C’est étonnant comme ça vous soûle

D’aller ainsi dans ce cirque bête :

Bien dans le ventre et mal dans la tête,

Du mal en masse et du bien en foule.

 

Tournez au son de l'accordéon,

Du violon, du trombone fous,

Chevaux plus doux que des moutons, doux

Comme un peuple en révolution.

 

Le vent, fouettant la tente, les verres,

Les zincs et le drapeau tricolore,

Et les jupons, et que sais-je encore ?

Fait un fracas de cinq cents tonnerres.

 

Tournez, dadas, sans qu’il soit besoin

D’user jamais de nuls éperons

Pour commander à vos galops ronds :

Tournez, tournez, sans espoir de foin.

 

Et dépêchez, chevaux de leur âme :

Déjà voici que sonne à la soupe

La nuit qui tombe et chasse la troupe

De gais buveurs que leur soif affame.

 

Tournez, tournez ! Le ciel en velours

D’astres en or se vêt lentement.

L’église tinte un glas tristement.

Tournez au son joyeux des tambours !

 

(Paul Verlaine)

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26/05/2026

Mougeons, moutruches et muselières (612)

Voiture hybride.jpg

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25/05/2026

Pensées plus ou moins correctes (410)

Pagnol.jpgENSEIGNER

« Pour un prof qui veut enseigner, il y a vingt gamins qui ne veulent rien apprendre. »

(Marcel Pagnol)

« On n’enseigne plus rien quand tout le monde ment. »

(Charles Péguy)

« Rien de ce qui vaut la peine d’être su ne peut être enseigné. »

(Oscar Wilde)

« Celui qui le peut agit. Celui qui ne le peut pas enseigne. »

(G.B. Shaw)

« On n’enseigne pas ce que l’on sait, on enseigne ce que l'on est »

(G. Clémenceau)

« Enseigner, c’est apprendre deux fois. »

(Joubert)

« On ne peut rien enseigner à un homme. On ne peut que l’aider à découvrir ce qui est en lui. »

(Galilée)

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24/05/2026

Mougeons, moutruches et muselières (611)

Avec et sans l'UE.jpg

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22/05/2026

Le dernier des Spartians (Roman)

Le dernier des Spartians
 
 
 
 

08:55 Publié dans Concept | Lien permanent | Commentaires (0)

21/05/2026

Mougeons, moutruches et muselières (610)

Prix du diésel.jpg

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20/05/2026

Les godasses (Sketch)

Godasses.jpgLES GODASSES

Personnages :

Deux pieds, si possible mâle et femelle, qui voudraient s’échapper des sombres godasses où ils sont enfermés.

Une randonneuse insouciante quelque part sur le chemin du Puy en Velay à Saint Jacques de Compostelle.

Décor :

Le plateau de l’Aubrac par une belle journée ensoleillée de mai. Heure : midi passé…

(PIED DROIT)

– Oh eh ! Pied gauche, tu m’entends ? Si tu m’entends, réponds-moi… Si tu ne peux pas parler, fais-moi un signe…

(PIED GAUCHE)

– Crie pas si fort, Pied droit ! Je t’entends très bien, maintenant qu’elle a enfin accepté de s’arrêter, cette frappadingue !

– Moi, j’en peux plus… Si tu voyais dans quel état j’erre…

– Et moi, avec mon allus valgus, elle est vraiment sans pitié cette Cruella des chemins !

– C’est la « Terreur des Arpions » qu’il faudrait l’appeler. Quand tu penses qu’elle s’est mis dans sa petite tête de pioche de nous traîner dans ces péniches à deux balles jusqu’à Saint Jacques de Compostelle…

– Tu parles de péniches ! Des cachots, des culs de basse fosse, des carcans de  première grandeur ces godasses !

– Jamais vu des instruments de torture pareils. Qu’est-ce qu’on est mal là-dedans ! Il fait chaud, on transpire. Et puis cette odeur, une véritable infection ! Même pas capable de mettre du papier journal dedans pendant la nuit et des semelles au charbon actif le jour ! Et toi, dans ton cachot comment ça se passe ?

– Je crois bien que c’est encore pire que chez toi. Je nage dans un vrai cloaque ici. Et je peux même pas bouger un doigt de pied. Je sens que je vais craquer. Y a mon épine calcanéenne qui est en train de se réveiller. C’était couru, elle n’a même pas voulu me doter de cette petite semelle que j’avais repérée chez le pédicure…

– Tu parles, radine comme elle est… Tu as vu ce qu’elle nous a acheté chez Triathlon, des Céquoi premier prix qui ne maintiennent même pas la cheville ! Si elle s’imagine que je vais la porter comme ça longtemps, elle se met le doigt dans l’œil…

– Tu sais Pied droit, moi, je nous aurais bien vus dans une paire de New Balance, c’est léger, c’est tendance. Avec ça, on marche pas, on vole !

– Au « Vieux Baroudeur », ils disent que c’est pas vraiment adapté pour la rando…

– Peut-être, mais tu verrais les couleurs. Ils ont un de ces roses fluo, je te dis pas. J’aurais fait des ravages sur le chemin et surtout j’aurais moins souffert !

– Bien sûr, elle aurait pu prendre des Sales Monts ou des Billets, mais moi, je les trouve un peu lourdes…

– Lourdes, sans doute, mais les semelles VIBROUM, c’est autre chose que ces cochonneries en caoutchouc fabriquées en Chine avec de vieux pneus recyclés.

– Une horreur ! Sur la caillasse, tu sens tout…

– L’autre jour, je t’assure, j’en ai bavé un max. D’ailleurs pour bien lui marquer mon mécontentement, je lui ai gonflé une première petite ampoule au talon…

– Et moi, je lui ai mis l’allus valgus au rouge vif…

– Non mais, on va pas se laisser faire !

– C’est indigne, des pompes pareilles. Dès qu’on sera arrivé en ville, on ira se plaindre au Syndicat…

– Tu veux dire à la Fédération… Je ne suis pas sûr qu’ils s’occupent des orteils meurtris…

– T’en fais pas, « Syndicats des arpions martyrisés » ou non, on va lui en faire baver à la Cruella. Elle s’en rappellera de son Compostelle !

– On a les moyens de lui pourrir la vie un max. On va pas se laisser faire…

– Moi, Pied gauche, je le proclame haut et fort : « Halte aux cadences infernales ! », « Pause syndicale tous les deux jours de marche ! » OBLIGATOIRE !

– Oui, finissons-en avec cette randonneuse qui exploite nos pauvres orteils travailleurs, nos métatarses besogneux et nos talons écrasés… sous le poids du corps et du sac…

– Chut, chut… la voilà qui approche.

– C’est pas vrai, on dirait qu’elle va défaire mon lacet…

– Regarde comme elle s’y prend mal. Si elle avait connu des spécialistes de la marche, elle saurait au moins nous faire des nœuds de chausseur, c’est tellement plus élégant…

– Et puis c’est bien plus sûr. L’autre jour, elle aurait évité d’accrocher son lacet dans les ronces et de se ramasser la gamelle de sa vie !

– Elle a atterri sur le pif et c’est bien fait pour sa gueule !

– Parle moins fort, Pied gauche, je crois qu’elle est en train de s’asseoir…

– Et où crois-tu qu’on est, Pied droit ?

– A vue de nez, pas loin d’une bouse de vache…

– Il doit être midi…

– L’heure de la pause-repas ?

– Si elle pouvait avoir la bonne idée de nous sortir de ces infâmes carcans qui me brisent tous mes petits os délicats.

– C’est pas possible, elle a réussi à défaire mon lacet ! Un vrai bonheur. Je commence enfin à respirer… Encore un petit effort, Cruella, allez, un bon geste, libère-moi complètement, je t’en supplie…

– Eh là, mais c’est pas juste… Et moi ? Je suis au bord de l’apoplexie…

(Pied droit s’étire et reprend)

– Pied gauche, ça y est, elle a ôté la godasse… Je sens l’air ! J’aperçois la lumière ! Et toi ?

– Ca bouge un peu, sans plus…

LA RANDONNEUSE :

– Putain de merde, j’ai pété le lacet et il reste un nœud ! Saloperies de pompes pourries ! J’aurais jamais dû écouter ce vendeur…

PIED GAUCHE :

– Allez, Cruella, fais un effort, j’en peux plus, libère-moi, s’il te plait !

LR :

– Faut que je trouve un couteau pour couper ce lacet en synthétique à deux balles…

PG :

– Tu vas voir qu’elle ne sait même pas où elle a mis son couteau…

PD :

– Tu parles ! Elle fait son sac n’importe comment. Le canif, il doit être au fond du linge sale…

PG :

– Elle ne sait même pas qu’il y a une bonne et une mauvaise manière de remplir son sac…

– Moi, tu sais, il y a longtemps que j’ai compris que comme randonneuse, elle est nulle… Allez, t’en fais pas, Pied gauche, si elle te libère pas tout de suite, ça va aller mal !

– C’est bien aimable à toi, Pied droit, tu n’imagines pas le supplice que j’endure. Je crois qu’elle vient de trouver le couteau. Elle coupe, elle coupe… Elle n’y arrive pas la Cruella. Elle s’escrime sur moi… Tu verrais ça, ça craint !

– J’imagine, elle est tellement maladroite !

– Pied droit, Pied droit, j’ai peur. Si elle rate le lacet, elle est bien capable de me planter dans la cheville son couteau suisse de la Reboute, l’idiote !

– Fais une prière, Pied gauche, fais une prière… Elle n’a même pas de trousse de secours d’urgence avec elle !

– Quand tu penses qu’elle a 36 flacons de parfums et de lotions diverses et pas le moindre petit bout d’élastoplasme pour nous faire un strapping… J’en tremble de peur !

(Pied Droit, en aparté)

– Celle-là, on aurait dû la signaler à la Fédération, dès le départ au Puy en Velay… Pied gauche, Pied gauche, je ne t’entends plus ! Elle ne t’a pas fait mal, quand même. S’il t’es arrivé quoi que ce soit, sache que je reste solidaire de ton combat, que je soutiens tes justes revendications. Tu vas voir Pied gauche, on va se mettre en grève, on aura plein d’ampoules, de quoi éclairer tout le gîte ! Toi, tu lui balanceras des tas de décharges électriques au talon. Au besoin, on fera en sorte qu’elle se ramasse, je ne sais pas, moi, une foulure, une entorse, une tendinite… Tiens, un claquage, c’est terrible ça, un claquage… Je ne te laisserai jamais seul, Pied gauche, tu peux me croire… Je t’en supplie, Pied gauche, réponds-moi. Elle ne t’as pas fait mal avec son grand couteau ?

– Non, Pied droit, non, tout va bien… Je suis enfin libre ! Mais rien que de sentir le bon air pur, la douce chaleur du soleil, ce fut un tel moment de bonheur, que dis-je, d’extase, que je ne pouvais même plus te parler, Pied droit… Je crois bien qu’un court instant, j’ai pris mon pied…

– T’emballe pas, soeurette, t’emballe pas. Elle a pas encore enlevé les chaussettes…

– M’en parles pas. Elle met des chaussettes bouclettes, comme si elle allait jouer au tennis, l’idiote !

– … et elle ne les retourne même pas.

– Ca, elle ne nous épargne rien, la bougresse…

– Arrête de te plaindre, Pied gauche, je crois que ça y est…

– Moi aussi, je sens que ça vient…

– Encore, encore…

– Vas-y, vas-y !

– Vire-les !

– Allez…

– Oui, c’est bon, c’est bon, c’est bon…

La randonneuse :

– Oh lala ! Oh… mes jolis petons… Mais qu’est-ce qui leur est arrivé à mes pauvres petits petons ? Ils sont tout rouges… Oh lala ! Une ampoule, deux ampoules… Vite, une aiguille, que je les perce.

Pied droit :

– Pitié, pitié, j’ai une sainte horreur des piqures.

Pied gauche :

– Arrête de gémir, Pied droit, c’est juste un mauvais moment à passer. Elle va presser, faire sortir tout le jus et on n’en parlera plus. Ca vaut mieux que ces affreux Compads qui te gardent l’ampoule au chaud pendant des semaines…

– Moi, je ne suis pas d’accord ! Je veux pas qu’elle me pique ! Ca fait mal ! Et en plus, elle a même pas désinfecté l’aiguille, elle prend un fil pourri sur le lacet qu’elle vient de couper…

– Tu es bien à plaindre, ma pauvre…

La randonneuse :

– Ca y est, c’est percé… Maintenant, un peu de baume du Tigre pour les vilaines douleurs et ça va le faire !

Pied droit :

– T’as entendu ? Qu’est-ce que c’est que ce « baume du Tigre » ?

Pied gauche :

– J’en sais rien. Une saleté sûrement… Elle passe son temps à nous tartiner avec un tas de crèmes et d’onguents bizarres qui empestent !

– Tu te souviens de l’Alkoléine, ce truc à base de crin de cheval Appaloosa ?

– Ca puait, ma pauvre, ça puait !

– M’en parle pas ! Rien que d’y penser, j’ai déjà envie de vomir…

La randonneuse :

– Allez les petits petons, je suis sûre que vous êtes contents de mon joli massage. Terminé maintenant. On mange vite fait. Pas de sieste, on est pressé ! On ne va pas s’éterniser dans ce coin. Faudrait bien que j’arrive de bonne heure à l’étape !

– Ah non…

– Pitié !


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19/05/2026

Mougeons, moutruches et muselières (609)

Le capital.jpg

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