26/03/2021
La quittance de minuit (Paul Féval)
Dans l’Irlande du XIXe siècle, le vieux Miles Mac Diarmid, pauvre mais respecté fermier de la région de Galway, vit dans sa misérable chaumière avec Jessy, sa fille adoptive, un petit valet et ses huit fils. Si lui est pacifiste et fidèle à la ligne de O'Connell, il n’en est pas de même de ses fils qui se sont tous enrôlés dans les rangs des « ribbonmen », ces résistants que l’occupant anglais considère comme des terroristes. Ils viennent d’incendier la ferme d’un middle-man (sorte de collabo de l’époque), Luke Neale, qui a été tué devant sa ferme. Un an plus tard, Miles se retrouve jeté en prison et accusé à tort du meurtre de Neale. De plus, Kate, la fille de Neale est aussi la femme d’Owen, un des fils Mac Diarmid, lesquels ne sont jamais pour rien dans toutes ces affaires. Natty, le cinquième des frères a d’ailleurs été tué par balle devant la ferme de Neale. Dans cette Irlande déchirée entre Orangistes protestants et Papistes catholiques, les passions sont exacerbées et les drames se succèdent. Le major britannique Percy Mortimer tente de garder une ligne médiane pour apaiser les tensions. Il sauve la vie de Morris, le meneur des Mac Diarmid, lequel lui en saura gré, alors que Jessy, fille adoptive de Miles, que Morris considère comme sa fiancée, est enlevée par Lord Georges Montrath. Sur la pression des Irlandais, le landlord anglais accepte d’effacer l’affront en l’épousant, mais ce n’est que pour mieux l’enfermer avant de la tuer…
« La quittance de minuit » est le premier tome d’un diptyque à la fois historique et dramatique. L’auteur nous plonge dans l’ambiance terrible d’une Irlande souffrant sous le joug anglais. La misère est partout présente, la haine de l’occupant également. Tout le peuple, réduit à une famine endémique et sciemment organisée pour l’affaiblir, se régale de quelques pommes de terre et va souvent pieds nus et en haillons. Les nobles irlandais comme le personnage d’Ellen ont été dépouillés de leurs biens au profit de riches Anglais comme Montrath qui disposent de propriétés immenses et pressurent les paysans réduits au statut d’esclaves. Ce personnage est particulièrement odieux, une sorte de Barbe-Bleue moderne. Sa seconde femme craint fort de subir le sort de la précédente. Par opposition, les justes ne manquent pas comme Miles le noble vieillard victime d’une erreur judiciaire qui tient de la machination, ou comme Mortimer qui finit par tomber dans une embuscade des partisans irlandais. Rien ne manque dans ce roman foisonnant et surtout pas les amours contrariés voire impossibles entre Anglais et Irlandais. L’intrigue est particulièrement bien menée, les rebondissements se succèdent. Le lecteur a hâte de dévorer le second tome pour savoir ce que deviennent tous ces destins tragiques. Tout le charme de l’ancien, malgré quelques descriptions un brin trop détaillées. Quel film formidable pourrait être tiré d’un tel ouvrage !
4,5/5
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24/03/2021
em (Kim Thuy)
Au temps de la colonisation, la France ne considérait pas le Vietnam comme une colonie de peuplement, mais plutôt comme une zone d’exploitation économique. Ainsi fit-elle arracher par des milliers de coolies des bambous sur des hectares pour les remplacer par des hévéas venus d’Amazonie pour pouvoir exploiter le caoutchouc. Mai, qui devait infiltrer la plantation d’Alexandre pour la ruiner, finit par tomber amoureuse du Français. Une petite fille sera le fruit de leur union. Ils l’appelleront Tam. Seule survivante de sa famille, elle sera sauvée par sa nourrice qui la cachera dans son village familial. Mais la nourrice sera tuée avec tous les siens par des soldats américains venus casser du Viet. Un pilote américain récupèrera l’enfant et la placera dans un orphelinat de Saïgon. Adulte, elle deviendra prostituée, « cong-haï » pour les GI. Louis est un métis de vietnamienne et de soldat noir, abandonné au pied d’un tamarinier. Une femme muette le recueille. Un cyclo-pousseur lui donne son nom, en souvenir du jazzman Louis Armstrong. À 6 ou 7 ans, il est déjà passé maître dans l’art de pêcher avec un crochet poissons, bagues ou portefeuilles, quand il découvre un bébé abandonné sous le banc sur lequel il dort. Il lui donne le nom de « em Hong », récupère un carton de nouilles pour lui faire un berceau et trouve une femme pour l’allaiter…
Plus qu’un simple témoignage, « em » se présente à la fois comme une série d’histoires vraies, une description de l’ambiance dantesque de la fin de la guerre du Vietnam et le récit d’une immigration réussie. Le lecteur y découvrira entre autres les immolations volontaires de bonzes s’arrosant d’essence avant d’y mettre le feu, l’opération « Babylift » initiée par le président Gérald Ford qui permit d’évacuer plus de 3000 enfants métis de soldats américains et la chute de Saïgon avec son ballet d’hélicoptères bondés d’américains et de vietnamiens évacués pour échapper aux représailles des troupes Viêt-congs investissant la ville. Le livre est également un réquisitoire subtil contre une guerre aussi sale qu’injuste. Une paix mal négociée entraina la division du pays en deux, mettant face à face un nord communiste et un sud capitaliste, deux frères ennemis, deux faces d’une même pièce. L’opération « Ranch Hand » vit les avions américains déverser sur le pays rien moins que 80 millions de litres de défoliants dont le sinistre agent orange. La jungle n’y résista pas, l’humain non plus, qui fut affecté de toutes sortes de maux (cancers, malformations congénitales, etc.). Seul le riz continua à pousser dans les rizières. Précis et élégant, le style de Kim Thuy permet une lecture rapide et agréable (une après-midi). Cet ouvrage passionnant et presque trop court se lit comme un roman que l’on quitte avec regret tellement les personnages sont touchants et tellement la souffrance, le courage et la résilience du petit peuple vietnamien sont émouvants. Magnifique.
4,5/5
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21/03/2021
L'homme au torque d'or (Simon R. Green)
Son nom est Bond, Shaman Bond. Mais ce n’est qu’un pseudo. En réalité, il s’appelle Eddie Drood. Sa mission consiste à traquer et combattre monstres horrifiques et autres entités maléfiques. Depuis la nuit des temps, il est de tradition pour son ancestrale famille de protéger l’humanité contre toutes les forces du mal. Et si Edwyn Drood dispose du permis de tuer n’importe quel agent des ténèbres, il n’en abuse jamais. Grâce au torque d’or qui orne son cou, d’une simple formule magique, il peut se retrouver protégé par une armure dorée qui le rend aussi invisible qu’invincible. Les balles rebondissent à sa surface, poignards et épées s’y brisent. Sa première mission consiste à aller régler le cas d’un Président admis à l’hôpital Saint Baphomet, sur Harley Street, à Londres. L’homme est enceint et même sur le point d’accoucher. Il se serait retrouvé dans cet état intéressant suite à une escapade avec des filles de mauvaise vie des bas-fonds de Bangkok. Grâce à des fléchettes remplies d’eau bénite congelée, Drood résout le problème en un tournemain. Et, mission accomplie, le voilà convoqué au manoir des Drood, devant sa grand-mère, la Matriarche. Et là, rien ne va plus…
« L’homme au torque d’or » se présente comme un roman de fantaisie humoristique et parodique. Eddie Drood est une sorte d’agent 007 qui traque des monstres en lieu et place d’espions. Il dispose d’armes bizarroïdes imaginées et réalisées par un de ses oncles. Les allusions au personnage de Ian Fleming sont innombrables (combinaison d’or à la « Goldfinger », par exemple). J’ai également relevé un petit côté « Famille Addams » chez les Droods, finalement plus sombres que l’impression qu’ils veulent donner. L’intrigue est plutôt simple. Elle se résume à une suite de rencontres avec divers monstres plus ou moins tocards, plus ou moins déclassés. La fin a un côté conte philosophique qui n’est pas désagréable. Le style est aussi fluide qu’agréable. L’ensemble donne une expérience de lecture divertissante surtout grâce à l’humour de l’auteur, lequel permet de ne pas trop se soucier du côté jeu vidéo de cette histoire. De la fantaisie amusante, drolatique et parfois frisant un « non-sense » très britannique. À lire au second degré bien sûr.
4/5
08:26 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
18/03/2021
La guerre secrète contre les peuples (Claire Séverac)
Un seul pour cent de la population mondiale possède autant que les 99% restants. De 2008 à 2010, en France, alors que les 10% les plus pauvres de la population ont perdu 179 millions d’euros, les plus riches ont accru leur fortune de la bagatelle de 24 milliards d’euros. Si toute guerre, toute crise sanitaire, toute révolution enrichit les riches et ruine les autres, pourquoi ne pas créer de toute pièce un problème pour ensuite proposer une solution miracle (pour eux !). Si 20% de la population mondiale suffit à faire tourner la machine économique avec l’introduction massive de robots, d’informatique et d’IA, il va leur falloir se débarrasser des 80% restants qui ne sont que des bouches inutiles, forcément responsables du fameux réchauffement climatique anthropique. Les épandages à haute altitude de nuages de particules d’aluminium, de baryum et autres, censés lutter contre ce phénomène, représentent un très grave danger pour l’humanité. (pollution de l’air, de l’eau, et de la terre, ingestion de nano particules pouvant endommager le cerveau et causer la stérilité, sans parler de toutes sortes de maladies comme celle des horribles « morgellons ») C’est la raison pour laquelle les pouvoirs publics nient leur existence et hurlent au conspirationnisme quand on ose évoquer les « chemtrails », ces trainées en quadrillage et autres formes géométriques bizarres qui strient nos ciels par beau temps. Et combien d’autres moyens tout aussi vicieux, tout aussi secrets ne sont-ils pas employés dans cette guerre qui ne dit pas son nom ?
« La guerre secrète contre les peuples » est un essai parfaitement documenté sur des faits sciemment négligés voire rejetés par nos médias tous dans la main de cette caste omnipotente. Le lecteur ne trouvera que des faits avérés, difficilement contestables et patiemment compilés par Claire Séverac qui, sans doute, paya de sa vie son honnêteté et son intégrité. Ce livre est une somme et même un ouvrage de référence sur ce sujet sensible. Et les derniers développements de cette course folle et mortifère vers ce « nouvel ordre mondial », comme ils l’appellent pour ne pas dire « dictature globale », ne font que confirmer ses dires. C’est un réquisitoire en règle. Tout y passe depuis le programme « HAARP » qui consiste à bombarder l’ionosphère d’ondes à très hautes fréquences pour déclencher artificiellement tempêtes, tremblements de terre, voire tsunamis, jusqu’aux OGM en passant par les nanotechnologies, la bio-ingénierie, le transhumanisme, sans oublier toutes les arnaques comme le prétexte climatique ou sanitaire avec les campagnes de vaccination de Bill Gates dans le Tiers-Monde cause de stérilité des femmes ou de maladies bien plus graves ni celle des bio-carburants. 100 millions de tonnes de céréales utilisées pour les fabriquer pouvant permettre de nourrir environ 700 millions de personnes en Inde ou en Afrique. Un ouvrage à ne pas rater si on veut vraiment prendre conscience de la réalité du monde dans lequel nous vivons et ne pas avoir honte quand nos enfants ou nos petits enfants nous demanderons des comptes dans quelques années.
4,5/5
08:42 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
14/03/2021
Liaisons périlleuses au Costa Rica (Ena Fitzbel)
La jeune et jolie Diane Fouché, rédactrice en chef du magazine féminin à succès « Belle pour la vie » est sur le point de partir pour une semaine de reportage dans la forêt vierge du Costa Rica. Elle doit être accompagnée par Fred, son photographe attitré et aidé par un certain Marc Charleroi, guide patenté dans la région et ancien des forces spéciales canadiennes qui se révèle très vite comme un individu aussi fruste que peu galant. Et voilà que la veille du départ, Fred se retrouve hospitalisé de toute urgence en raison d’une péritonite aigüe. Diane devra donc assurer seule son expédition avec le beau Tarzan qui ne la laisse pas indifférente. Même si elle repousse toutes ses premières tentatives de rapprochement, la suite des aventures pourrait être bien différente…
« Liaisons périlleuses au Costa Rica » est un cours roman érotico-sentimental, en fait le premier épisode d’une saga prévue pour rendre accro les lectrices. Ce format « novella » permet de démultiplier les séquences tout en maximisant les profits des éditeurs. Le risque c’est que le premier mini-tome ne serve que de test ou de mise en bouche, tel un teaser de cinéma. Et là, mis à part le style fluide mais quelconque de la narratrice, on ne trouvera ni originalité, ni trouvaille particulière, ni rebondissements, ni fin surprenante. Tout est controuvé, rabâché déjà cent ou mille fois dans ce genre littéraire, à la limite de l’ennuyeux. Les scènes sont racontées deux fois du point de vue des deux protagonistes, ce qui permet de délayer l’historiette tout en tirant à la ligne. Quant à la problématique est simpliste. C’est « Tu veux ou tu veux pas ? » voire « Tu couches ou tu couches pas ? » et rien de plus. Pas la peine de spolier la fin, on la connait dès la première page ! Il y a un public dont je ne fais pas partie pour ce genre de niaiserie romantique…
2,5/5
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11/03/2021
Le goût de l'immortalité (Catherine Dufour)
En Chine, en l’an de grâce 2213, au 42e étage d’une des tours gigantesques de la ville de Ha Rebin, se cache un ancien entomologiste appelé c-matic. Dans une longue lettre adressé à un vieil homme, une jeune handicapée, victime d’une intoxication au plomb, raconte sa vie et celle de quelques autres personnages. Elle-même souffre de graves lésions de la peau, d’une certaine forme de rachitisme et d’une vision en noir et blanc. Seule une potion infecte procurée par une voisine plus ou moins sorcière et trafiquante de chair humaine lui permet de se maintenir en vie. La narratrice ne survit que grâce à une indemnité de misère. Sa propre mère a dû se prostituer pour leur permettre de suivre. C-matic avait été envoyé avec son assistant shi en Polynésie française pour enquêter sur une étrange épidémie provoquée par un moustique manipulé. À cet étage de l’immeuble, chacun survit difficilement, mais dans les profondeurs des sous-sols, dans le monde des refugee, c’est bien pire. Cela ressemble même au dernier cercle de l’Enfer de Dante !
« Le goût de l’immortalité » est un roman d’anticipation dystopique très noir et même très gore par moment. La description du monde des refugee est d’une monstruosité glaçante et à fortement déconseiller aux âmes sensibles. On y viole, on y tue, on y torture et on y trafique de la chair humaine sous la férule d’une entité totalement diabolique ! Si le style de Catherine Dufour frôle l’excellence, il comporte néanmoins quelques caractéristiques qui n’aident pas à la compréhension et au plaisir du lecteur. Pas de majuscules aux noms propres (coquetterie inutile à mon sens) et surtout une accumulation de concepts et de techniques définis par un nom fabriqué de toute pièce sans la moindre définition. Du point de vue de l’intrigue, le lecteur a l’impression d’avoir affaire à deux nouvelles accolées, n’ayant que peu de rapport l’une avec l'autre. Si on y ajoute un parti pris de noirceur et de pessimisme à couper au couteau, on comprendra que le lecteur ait eu énormément plus de plaisir à lire l’autre Catherine Dufour, l’auteure de « Blanche-Neige et les lance-missiles », notre Pratchett ou Gaiman française.
3,5/5
08:15 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
08/03/2021
La Mafia juive (Hervé Ryssen)
Lorsqu’on évoque la Mafia en général, c’est d’abord à la sicilienne que l’on pense en premier lieu car c’est celle qui fut longtemps la plus médiatisée, celle qui donna lieu au plus grand nombre de films de cinéma (Scarface, le Parrain, etc.) Puis, au début des années 90, après l’effondrement de l’Union soviétique, on nous parla aussi régulièrement de « mafia russe », de « mafia albanaise » ou de « mafia tchétchène ». La « mafia juive », elle, n’existe pratiquement pas. Les médias n’en parlent que très rarement, tout juste quand d’énormes scandales ne peuvent plus être complètement cachés au grand public. C’est un sujet tabou. Dans les films hollywoodiens, la plupart des grands chefs mafieux d’origine juive sont remplacés par des Latinos, des Siciliens, voire de méchants Aryens blonds aux yeux bleus. Et pourtant, cette mafia existe bel et bien. C’est même la plus puissante et la plus dangereuse du monde. Que de crimes et de délits n’a-t-elle pas commis au fil des siècles : trafics en tous genres (drogues, armes, œuvres d’art et même organes humains), proxénétisme, traite des blanches, traite des esclaves (aussi bien noirs que blancs), vols à main armée, rackets, enlèvements, escroqueries en tous genres…
« La Mafia juive » se présente comme un essai sur un sujet épineux. Un travail de compilation énorme, regroupant des centaines d’affaires depuis le tout début de l’autre siècle jusqu’aux années 90 avec les affaires du Sentier, le scandale de l’ARC, les gros trafiquants comme Monsieur Michel et Monsieur Joseph et les escrocs de haute volée comme Claude Lipsky et Samuel Flatto-Sharon. Le lecteur ne trouvera ni grandes envolées ni grandes théories, mais des faits avérés, rien que des faits avec références en note de bas de pages. L’auteur s’appuie entre autres sur le travail du journaliste français Jacques Derogy (« Israël Connection ») et sur celui de l’américain Rich Cohen (« Yddish Connection »). Il cite également nombre d’auteurs juifs comme Edgar Morin, Jacques Attali ou Bernard-Henry Lévy. Au bout du compte, cette interminable succession de crimes, délits et méfaits en tous genres amène une lecture un brin fastidieuse. Tant de turpitudes et de cruauté (on y découvrira certaines méthodes de meurtre et de torture particulièrement odieuses) finit d’ailleurs par causer un véritable écœurement chez le lecteur même endurci. Une somme passionnante pour qui veut s’informer sur un sujet toujours traité avec une trop grande discrétion.
4/5
08:34 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
04/03/2021
Le jardinier du fort (Corine Valade)
1995 : Julien, vieil homme malade et fatigué, raconte ses souvenirs de la seconde guerre mondiale à Isabelle, étudiante et auxiliaire de vie à ses heures.
1939 – 1945 : L’occupation dans la Creuse. Les trois fils de Sidonie et Camille Larbre, agriculteurs et petits commerçants, la vivent dans la douleur. Le fils aîné, Victor, a opté pour la collaboration au point de devenir une sorte de fanatique quasi nazi. L’un des jumeaux, Alexandre s’est lancé à corps perdu dans la Résistance. L’autre, Julien, apprenti coiffeur un tantinet efféminé, reste un peu sur la touche dans un premier temps. Un camp d’internement spécial qui se met en place non loin de chez eux, à Evaux-les-Bains, dans le Grand Hôtel de la station thermale, est prévu pour accueillir des prisonniers de marque que le régime de Vichy garde comme monnaie d’échange avec les Allemands. Julien, qui va y rencontrer Roger Stéphane, homosexuel atypique et future grande figure de la Résistance, en verra sa vie bouleversée…
Tout comme les précédents ouvrages de Corine Valade, celui-ci relève de plusieurs registres. C’est à la fois un roman historique, un roman de terroir et un roman sentimental. Le terroir a un peu la portion congrue au profit de l’historique et du sentimental. Le lecteur découvrira dans cet ouvrage des faits historiques assez peu connus comme l’importance des Polonais dans la création des maquis creusois, comme cette petite Juive, Hannah Lévy, cachée par une grand-mère creusoise dans une sorte de placard masqué par une fausse cloison, et comme ces femmes enrôlées dans un STO qui n’aurait pas du tout été réservé aux hommes. Très bien menée, l’intrigue fait alterner les époques, tout en distillant peu à peu toutes sortes de réalités sur l’identité et l’origine des personnages. Ce n’est qu’à la toute fin que l’on découvre une vérité pas forcément évidente. Seconde guerre mondiale, Shoah, camps de concentration, Epuration, viols, homosexualité masculine et féminine, Gay Pride, quête de l’identité, amours contrariés, paternité cachée, amnésie… les thèmes de réflexion sont nombreux et bien dans l’air du temps. Avec cet ouvrage passionnant, on coche toutes les cases. Bien écrit, ce livre se lâche difficilement tant les rebondissements sont nombreux et l’intérêt toujours parfaitement maintenu. Au total, des découvertes, de la réflexion et du divertissement, que demander de plus ?
4/5
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01/03/2021
Jean Diable / Tome 2 (Paul Féval)
À Londres, le petit Ned plein de malice, ex-clerc de notaire et nouvelle âme damnée de Jean Diable, et sa compagne la plantureuse blonde Molly assistent à une parodie de procès, spectacle très appréciés par le petit peuple des bas-fonds massé dans la taverne borgne de la veuve Jenny Paddock. Ned Knob y est venu recruter une brochette de faux témoins qui doivent accabler Richard Thompson accusé à tort du meurtre de l’actrice Constance Bartolozzi. Depuis la démission de Gregory Temple, c’est Sir Paulus Mac Allan qui a repris toute l’affaire en dépit du bon sens. Pendant ce temps, en France, le comte Henri de Belcamp est arrêté et incarcéré pour deux meurtres commis en même temps, l’un à Lyon, l’autre à Bruxelles. Quand il apprend ce qui risque de se passer en Angleterre, son sang ne fait qu’un tour. Il lui faut à tout prix sauver la vie du pauvre Thompson. Mais comment y parvenir quand on se retrouve emprisonné à la prison de Versailles. Mais pour ce diable d’homme, rien n’est impossible…
« Jean Diable / Tome 2 » est le second et dernier volet de ce gros roman feuilleton qui navigue cette fois plus nettement sur les rivages du roman historique et d’aventures que sur ceux du policier et du thriller. En effet, plus de nouveaux crimes dans ce tome. On nage plutôt dans le rocambolesque totalement assumé. Les péripéties se succèdent toujours à un rythme échevelé. Le comte Henri, dont on ne sait qu’en toute fin la véritable identité, galope de France en Angleterre et inversement, entre et sort de prison comme d’un moulin, est accusé de tous les crimes, puis blanchi, puis à nouveau incriminé. Avec ses six identités présumées, avec tous les personnages qu’Henri peut incarner, Féval se fait un malin plaisir d’égarer son lecteur du début à la fin. Il y rajoute des sociétés secrètes visant à délivrer l’Irlande du joug anglais et des francs-juges allemands impliqués dans l’assassinat du général O'Brien, celui qui marqua le début de la longue série. Sans oublier une conspiration visant à libérer Napoléon de son exil à Sainte-Hélène. Heureusement, une fin en demi-teinte, pleine de valeurs chevaleresques et de bons sentiments permet au lecteur de se remettre de toutes ses émotions. Ne craignez pas de lire ou de relire Paul Féval, même aujourd’hui, cela reste un régal. Les grands auteurs sont éternels !
4,5/5
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26/02/2021
Jean Diable (Paul Féval)
À Londres, Grégory Temple, enquêteur de Scotland Yard est désespéré. En dépit de l’aide de James Davy, son adjoint, et de celle de Richard Thompson, son élève, il ne parvient toujours pas à confondre Jean Diable qu’il pourchasse pourtant depuis des années. Une comédienne célèbre, Constance Bartalozzi vient d’être assassinée d’une assez étrange manière, par simple compression d’un point précis au niveau de la gorge. Un crime qu’il attribue à Jean Diable. Après avoir interrogé la femme de chambre de la victime, Temple, n’étant pas plus avancé, décide d’envoyer sa démission. Quelque temps plus tard, apparait du côté de L’Isle-Adam, Henry de Belcamp, fils d’un hobereau installé depuis peu dans un château de la région. Ce fringant jeune homme marque son arrivée de manière particulièrement chevaleresque. Il sauve une jeune fille dont l’attelage s’est emballé. De l’autre côté du Channel, deux brasseurs anglais, qui ont eu un franc succès dans leurs affaires respectives, l’un à Lyon, l’autre à Bruxelles, fêtent leurs retrouvailles dans une taverne à huitres. Le plus amusant et le plus surprenant pour eux c’est que la belle Constance leur avait promis à tous deux le mariage…
« Jean Diable » est le premier tome d’un roman fleuve qui en comporte deux. Il est assez difficile de classer ce pavé de 549 pages paru sous forme de feuilleton au départ. C’est à la fois un roman d’aventures, un roman historique, un roman policier et, selon les experts littéraires, l’un des tout premiers thrillers modernes. En effet, les cadavres s’accumulent dans cette sombre affaire et on connait l’identité du serial-killer. En plus de la comédienne, on a droit aux deux brasseurs, puis aux assassins des brasseurs. On retrouve aussi tous les codes du roman-feuilleton classique avec ses chapitres relativement cours et bien fournis en rebondissements. L’ambiance générale est assez proche de celle des « Mystères de Paris » ou des « Mystères de Londres ». Paul Féval semble prendre un malin plaisir à embrouiller son lecteur avec des personnages hauts en couleurs mais qui disposent de plusieurs identités, changent d’aspect ou de milieu social comme de chemise et à le perdre dans un dédale de pistes qui finissent bien autrement qu’il pourrait s’y attendre. En dépit de quelques descriptions qui peuvent sembler un peu longuettes aux lecteurs pressés que nous sommes, c’est un vrai régal que de lire une œuvre d’aussi grande qualité, à plus d’un siècle et demi de distance. Quelle chance avaient les lecteurs de journaux de l’époque (1862) de pouvoir profiter chaque jour de plumes aussi déliées que celles de Féval, Zévaco, Sue ou Dumas !
4,5/5
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