18/07/2026
Mon corps donné pour vous (Marouane Essadek)
En 1924, en Virginie, état du sud des États-Unis d'Amérique, une jeune fille, Carrie Buck, passe des tests psychologiques sous la direction du Docteur Priddy, directeur de la Colonie de l’État de Virginie pour les épileptiques et les faibles d'esprit. Les questions sont simples, voire simplistes. Mais quand Carrie arrive à la fin, elle a l'impression d'avoir tout raté. Elle ne se trompe nullement. Le praticien note en effet sur son dossier d'admission : âge mental 9 ans. Niveau de QI 56. Conclusion : débilité mentale de niveau intermédiaire. Elle relève donc bien de son établissement. Enfant, elle avait été retirée à la garde de sa mère biologique, pauvre femme alcoolique et quasi clocharde, et confiée à Alice et John Dobbs. Le mari est policier et ils ont aussi une fille, Helen. Carrie leur servira de bonne à tout faire et de souffre-douleur pendant toute son enfance. Elle aura néanmoins le droit d'aller à l'école jusqu'à l'âge légal, douze ans à l'époque. Ils la feront ensuite travailler comme servante dans plusieurs familles, ce qu'elle acceptera sans rechigner. Mais quand elle sera violée par le neveu Clarence et qu'elle se retrouvera enceinte, les Dobbs se scandaliseront et voudront à tout prix se débarrasser d'elle…
« Mon corps donné pour vous » est un essai sur l'histoire de l'eugénisme dans les États du Sud avec le récit de la vie de la malheureuse Carrie Buck comme fil rouge. Il ne s'agit nullement d'un roman classique vu que tous les faits relatés sont réels et sourcés. L'auteur esquisse d'ailleurs au passage une histoire de l'eugénisme en présentant les divers penseurs de ce mouvement, tout le combat pour légaliser par la voie judiciaire cette pratique qui comportait la stérilisation des épileptiques, malades mentaux et autres demeurés par la pratique de la ligature des trompes de Fallope et autres vasectomies. Le lecteur ne peut que ressentir de l'empathie pour le destin de la malheureuse Carrie qui ne méritait en aucune manière son triste sort. Il remarquera également que les idéologues nazis n'ont fait que prendre le relais des pratiques américaines, ce qui n'empêchera pas les alliés de condamner et de pendre ceux-ci à la fin de la seconde guerre mondiale. Il se posera aussi des questions sur la réalité de notre temps qui ne pratique plus ces chirurgies mutilantes et barbares tout en trouvant le moyen d'en maintenir d'autres plus discrètes et plus sournoises. L'obsession de nos sociétés pour la puissance, la pureté et la performance est malheureusement toujours présente aujourd'hui. Ce livre, très bien écrit et très agréable à lire malgré son thème difficile et ses recensions de procès parfois un brin lassantes, mérite donc toute notre attention et tout notre intérêt.
4/5
09:04 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)














