23/02/2026
Le métier de bourreau (Jacques Delarue)
Au fil des siècles, la peine capitale se pratiqua de diverses manières : par pendaison, par le feu, le bris des os dans le supplice de la roue et par décapitation à la hache ou au sabre, sans parler d'autres cruautés comme l'estrapade ou l'écartèlement à l'aide de quatre chevaux… Et qui étaient les exécuteurs de ces hautes ou basses œuvres ? Les bourreaux professionnels exerçant d'ailleurs en véritables lignées exerçaient dans le nord de la France alors qu'au sud, ils n'existaient pas. On se contentait de trouver un autre condamné qui acceptait la tâche en échange de la vie sauve. Tous étaient des parias, des maudits qui étaient rejetés comme des lépreux dans le secteur des piloris moyenâgeux ou aux limites des villes. Mais ils étaient néanmoins acceptés par une société qui se pressait en grand nombre aux exécutions publiques et par des autorités qui avaient peur de se salir les mains et leur déléguait le pouvoir si grave d'ôter la vie. Une première « avancée » eut lieu quand le député Guillotin fit voter que toute peine de mort devrait avoir lieu uniquement par décapitation (privilège alors réservé à la noblesse) et quand un ouvrier du nom de Schmitt réussit à mettre au point la fameuse machine dont on attribua indûment la paternité au député-médecin. Avec le temps et l'évolution des mœurs, on passa des grands rassemblements en plein jour en place de Grève à des exécutions de plus en plus matinales, de plus en plus éloignées du centre ville pour finir dans la quasi clandestinité d'une cour de prison sans aucun public…
« Le métier de bourreau » est un essai historique en forme de monographie assez rare car c'était la première fois que ce métier, dont ne parlait pas était examiné globalement dans un contexte historique, sociologique et humain. L'auteur n'esquive aucun détail et ne montre aucune complaisance dans ses descriptions de la mort, de ses appareils et de la peine qu'on prend à la donner. Paru en 1979, peu de temps avant l'abolition de la peine de mort, le livre s'achève d'ailleurs par un très fervent plaidoyer en faveur de celle-ci. La lecture de cette somme reste un brin laborieuse. Se voulant exhaustif, l'auteur s'est attaché à décrire toutes les lignées et généalogies de toutes les familles de bourreaux (les Samson, les Deibler et autres), ce qui est assez indigeste. Le plus intéressant reste le côté purement historique. Lire cet ouvrage aujourd'hui permet également de mesurer la portée réelle de cette abolition. La peine de mort était réputée avoir trois qualités irremplaçables : elle devait être exemplaire, moralisatrice et éliminatrice. L'auteur montre que les deux premières étaient et restent discutables, mais il ne peut nier la dernière…
4/5
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