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08/07/2020

Osez l'optimisme ! (Catherine Testa)

Osez l'otimisme.jpgEn 2015, Catherine Testa avait un job intéressant à New York et une carrière prometteuse devant elle à moins de trente ans. Mais elle ne se sentait pas bien dans sa peau. Le meilleur en soi n’était peut-être pas le meilleur pour elle. Elle décida de tout plaquer pour créer un site internet sur l’optimisme qui rencontra un joli succès rien que par le bouche à oreille. De son expérience et de celle des internautes, elle tira un ouvrage. Aujourd’hui, elle est formatrice et coach et intervient sur une célèbre radio.

« Osez l'optimisme » est un charmant petit traité sur une qualité que l’on a un peu tendance à négliger, focalisés que nous sommes sur tout ce qui va mal dans le monde et/ou dans nos vies. Catherine Testa nous propose une voie totalement différente de manière parfaitement pratique et pragmatique. Pas de blabla ni de considérations psychologiques ou philosophiques mais plein de conseils pratiques regroupés en dix chapitres commençant tous par un verbe : s’aimer-bouger-créer-donner-positiver-projeter-remercier-remercier-sourire- vivre l'instant présent). De nombreuses citations illustrent le propos, certaines occupent une page entière. Un ensemble bien sympathique qui surfe évidemment sur la vague « recherche et coaching bien-être ». Guère étonnant dans une société schizophrène, anxiogène et de plus en plus intolérante. À conseiller pour son côté concret et pratique. Et si l’optimisme était la clé du bonheur ?

4/5

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06/07/2020

Le maître des illusions (Donna Tartt)

Le maître des illusions.jpgIssu d’un milieu modeste, Richard Papen quitte sa petite ville de Californie pour intégrer l’université de Hampden dans le Vermont. Il y fait la connaissance d’un petit groupe d’étudiants issus de milieux plus privilégiés. Henry et Bunny font figure de meneurs, Francis, Camilla et Charles, les deux jumeaux, celle de suiveurs. Ils se livrent à toutes sortes de défis dont une bacchanale au cours de laquelle, sous l’influence de l’alcool et de diverses substances prohibées, ils assassinent plus ou moins accidentellement un paysan du coin qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment. N’y ayant pas participé, Richard, mis dans la confidence, se retrouve complice du groupe sans vraiment le vouloir. Lequel commence à perdre confiance dans l’un des leurs, Bunny. Pour éviter qu’il ne les dénonce d’une manière ou d’une autre, ils se retrouvent dans l’obligation de devoir le supprimer. Mais comment faire pour que ce nouvel assassinat passe pour un accident ?

« Le maître des illusions » est un roman fleuve (plus de 700 pages) aussi dramatique que psychologique. L’intrigue est simple et digne des grandes tragédies grecques dont elle s’inspire d’ailleurs ouvertement. Ces étudiants de lettres classiques sont fascinés par les coutumes et la philosophie grecques au point de vouloir les imiter principalement dans leurs dérives. Le peu d’épaisseur du sujet est compensé par un style de narration qu’on pourrait qualifier de maximaliste (par opposition au minimalisme qui tente d’en dire un maximum avec un minimum de mots). Le style littéraire de Tartt est pointilliste, repose sur une accumulation de détails plus ou moins importants voire révélateurs. Malgré une certaine lenteur, lourdeur et une impression de pléthore descriptive, (il faut attendre 200 pages pour entrer dans le vif du sujet !) le lecteur s’attache néanmoins au destin de cette bande d’étudiants arrogants et/ou paumés sur laquelle une sorte de « fatum » s’acharne. Ouvrage qui fait réfléchir sur l’illusion de la complicité, le poids de la culpabilité et la réalité d’une sorte de justice immanente. Il y a quelque chose de Dostoïevski chez Tartt.

4/5

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03/07/2020

Les yeux des ténèbres (Dean Koontz)

Les yeux dans les ténèbres.jpgTina Evans, ancienne danseuse de revue devenue chorégraphe de renom à Las Vegas, a perdu les deux hommes de sa vie. Son mari, Michael l’a quittée et son fils Danny, 12 ans, est décédé dans un terrible accident de bus. L’enfant ayant été atrocement défiguré, les gens des pompes funèbres ont déconseillé à Tina de le voir une dernière fois dans son cercueil. Elle ne peut s’empêcher de s’imaginer qu’il a peut-être survécu. Souvent, il lui arrive d’avoir l’impression de le revoir, de sentir sa présence en diverses circonstances. Bientôt des phénomènes étranges viennent confirmer cette impression. « Pas mort », écrit à la craie sur le tableau mobile de sa chambre d’enfant… Une impression de froid glacial… Des objets qui tombent, s’agitent, se déplacent sans raison… Des messages d’ordinateur appelant au secours… Tina Evans pourra bénéficier de l’aide de son nouveau compagnon, Elliott, avocat et ancien agent secret… Les évènements se précipitent… Qu’est-il vraiment arrivé à Danny ?

« Les yeux des ténèbres » est un thriller fantastique passionnant dont il est difficile pour ne pas dire impossible d’interrompre la lecture tant l’intrigue est pleine de suspens et de rebondissements en tous genres. Paru en 1981 en anglais et en 1990 en français, cet ouvrage qui n’a pas pris une ride vient d’être ré-édité par les éditions de l’Archipel alors qu’il était quasiment devenu introuvable même d’occasion tant l’actualité l’avait fait devenir « culte ». Dans cette étrange histoire, tout repose sur le paranormal, sur certaines capacités psychiques hors normes, sur la télékinésie, la télépathie et l’hypnose. La fin, qu’il convient de ne pas déflorer, est doublement époustouflante. Elle apporte une illustration étrange sur l’épisode « Coronavirus » que nous venons de subir. À quarante ans de distance, Dean Koontz, s’était vraiment montré incroyablement visionnaire. Dans une impitoyable guerre bactériologique, Chinois et Américains cherchaient à fabriquer, l’arme absolue, un virus mortel, le Wu-Han 400, contre lequel les humains n’arriveraient pas à produire d’anticorps. Qui a dit que poètes et écrivains étaient des devins et des prophètes ? Quoi qu’il en soit ce titre reste un des tout meilleurs du grand maître. On tremble, on vibre, on est en empathie constante avec cette mère tout en se posant un certain nombre de troublantes questions. Que demander de plus ?

4,5/5

08:44 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

01/07/2020

Population : 48 (Adam Sternbergh)

Population 48.jpgQuelque part dans le désert texan, se trouve Caesura, alias « Blind Town », une toute petite ville close et entourée de barbelés. Y séjournent une quarantaine d’anciens détenus pour toutes sortes de crimes. Une fondation leur a proposé un étrange programme de réhabilitation en circuit fermé. On a effacé de leur mémoire tout souvenir de leurs forfaits passés. À leur arrivée, ils ont dû changer de nom et se voir attribuer un bungalow. Parmi eux, se trouvent peut-être quelques témoins innocents qu’il serait nécessaire de protéger de vengeances du monde extérieur. L’expérience a déjà huit années d’une existence relativement satisfaisante. La petite communauté vit sous la houlette bienveillante du shérif Cooper, ancien maton, seul homme armé et avec la caution médicale de la doctoresse Holliday. L’ennui, c’est qu’un des résidents vient de se suicider, puis qu’un autre a été froidement abattu d’une balle dans la tête dans le petit débit de boissons de l’endroit.

« Population : 48 » est un roman difficilement classable vu qu’il se situe aux limites du roman policier, du thriller, du roman noir et du roman d’anticipation. Le lire ou plutôt le dévorer (c’est un véritable « page-turner » presque impossible à lâcher tant le rythme narratif est haletant !) représente une sacrée expérience. Le volet policier maintient l’intérêt jusqu’aux trois quarts du livre. Il est relayé par l’aspect thriller quand les cadavres s’accumulent de façon apparemment incohérente. La fin totalement dantesque relève vraiment du roman noir quand le passé des uns et des autres ressurgit dans toute son horreur. Mais le plus frappant et le plus troublant est sans doute toute la manipulation psychologique et sociale induite par cette expérience étrange et inquiétante qui s’achève d’une façon à la fois surprenante et réconfortante. Une sorte de verset biblique revient comme un refrain sibyllin (« Il se peut que Dieu pardonne, mais Il exonère rarement »). En fait le pire n’est jamais certain, dira-t-on pour ne rien déflorer. Ouvrage majeur, distrayant et invitant à la réflexion sur la condition humaine. À ne surtout pas rater !!!

4,5/5

08:21 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

26/06/2020

Le magicien quantique (Derek Künsken)

Le magicien quantique.jpgDans un futur aussi lointain qu’improbable, Belisarius Arjona use de ses capacités intellectuelles hors normes d’homme quantique pour tirer profit de petites arnaques de jeux de casinos. Et voilà qu’on lui propose une fortune pour détourner une douzaine de vaisseaux spatiaux qu’il s’agit de faire disparaître en les faisant traverser un trou de ver ennemi. Disposant de propulseurs à énergie révolutionnaire, ces engins ont une très grande valeur. Pour réaliser sa mission, Belisarius doit faire appel à toute une équipe de post-humains dans son genre ou de proto-humains (mi-hommes, mi-animaux) et même à une intelligence artificielle qui se prend pour la réincarnation de Saint Mathieu.

« Le magicien quantique » est le premier roman d’un auteur canadien qui parsème son texte de jurons spécifiques de la belle Province, comme « Ostie », « Câlice » ou « Tabernak » et même d’un certain nombre de grossièretés gratuites (« Lèche-toi les couilles si t’arrives à les trouver ! », « Si tu n’es pas en train de baiser, t’es celui qui se fait baiser ! ») ! Comme genre c’est plutôt de la hard SF toute hérissée de concepts pseudo-scientifiques abscons qui n’aident pas à la compréhension du message et ne font qu’alourdir un style déjà ampoulé et peu fluide. L’intrigue, relativement mince, longue à démarrer (plus de 90 pages de mise en route et exposition sans grand intérêt), lente à se déployer s’achève dans une bataille galactique aussi lassante qu’interminable. Il faut s’armer de patience pour venir à bout de ce pavé indigeste de près de 500 pages qui tombent des mains. Espérons que le prochain opus de cet auteur sera plus magique que quantique !

2,5/5

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21/06/2020

Sacrifices (Ellison Cooper)

Sacrifices.jpgAu cours d’une randonnée pédestre avec son chien dans le parc national de Shenandoah (Virginie), l’agent Cho tombe dans une caverne souterraine remplie d’ossements humains. Sayer Altair, grande spécialiste du comportement des psychopathes au FBI, est chargée de l’enquête. En plus des os éparpillés, elle découvre deux cadavres beaucoup plus récents. Il semblerait qu’un tueur en série déposerait dans cet endroit de malheureuses victimes qu’il aurait préalablement torturées. L’hypothèse se confirme quand quelqu’un tente d’assassiner l’enquêtrice et la légiste en arrosant la grotte avec de l’essence et en y mettant le feu alors qu’elles se trouvent à l’intérieur. Heureusement, elles en réchappent avec quelques brûlures superficielles, mais l’enquête s’annonce quand même particulièrement délicate…

« Sacrifices » se présente comme un thriller bien mené avec suspens et rebondissements à la clé comme il se doit dans ce genre de registre. Le style de l’auteure est fluide et agréable. La narration est tronçonnée en petites scènes maintenant l’intérêt d’un bout à l’autre. Elle commence assez lentement, puis accélère peu à peu avant de terminer en apothéose d’horreur. (Âmes sensibles s’abstenir). En quatrième de couverture, l’éditeur prétend qu’Ellison Cooper « revisite toutes les lois du genre ». Mais si on ne peut que reconnaître une certaine originalité dans l’intrigue, en dehors de meurtres à main nue, d’un « happy end » peu fréquent dans les thrillers et d’un retournement systématique des victimes en bourreaux, le « grand renouvellement » ne va guère plus loin. Au total, un ouvrage divertissant sans plus.

3,5/5

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16/06/2020

Anne de Bretagne (Hervé Le Boterf)

Anne de Bretagne.jpgAnne de Bretagne, née le 25 ou 26 janvier 1477 à Nantes et morte le 9 janvier 1514 (à 36 ans) à Blois, fut élevée dans la cour brillante et cultivée de son père, duc de Bretagne, lui-même en butte aux révoltes de ses barons et à une invasion française qui s’était emparée de la plupart des places fortes bretonnes et n’était pas loin de s'emparer de l’ensemble du territoire. Il tenta de sauver son duché en pratiquant diverses alliances. À dix ans, la petite Anne était déjà le parti le plus envié d’Europe. Elle ne comptait pas moins de treize prétendants dont les futurs monarques d’Autriche, d’Espagne et d’Angleterre. À quinze ans, elle épousa contre son gré le roi de France Charles VIII. À la mort de celui-ci, elle épousa Louis XII et devint reine de France pour la seconde fois. Elle n’enfanta que des filles qui moururent en bas âge. Elle fut un enjeu central dans les luttes d’influence qui aboutirent après sa mort au rattachement de la Bretagne à la France en 1532. La noblesse bretonne, voulant préserver ses privilèges comme ses prérogatives, s’évertua alors à prouver par l’intermédiaire de l’historiographie régionale que sa dernière duchesse avait résisté à cette annexion. Très aimée des Bretons et des Français, Anne laissa le souvenir d’une souveraine pieuse, diplomate, réfléchie, pleine de charme et d’énergie qui, sa vie durant, dut affronter un destin contraire.

« Anne de Bretagne » est une biographie tout à fait respectueuse de la personnalité de son sujet. Le lecteur y découvrira toutes les difficultés que la duchesse rencontra pour maintenir l’intégrité et l’indépendance de son duché. Elle fut souvent maltraitée par l’Histoire en raison de légendes plus ou moins fantaisistes comme celle de la « duchesse en sabots ». Hervé Le Boterf réussit à lui rendre justice en améliorant son image au point d’en faire une sorte d’héroïne nationale. Le style de l’auteur est fluide et agréable à lire. On sent que c’est un spécialiste du sujet, car il rétablit de nombreux faits et corrige certaine erreurs historiques. On remarquera un intéressant cahier central doté d’illustrations et photos en noir et blanc ainsi qu’une chronologie et une bibliographie. Au total, un ouvrage de référence sur cette reine hors normes et fort attachante.

4,5/5

08:50 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

14/06/2020

François d'Assise (Louis de Beaumont)

Frabçois d'Assise.jpg

François d’Assise, né Giovanni di Pietro Bernardone à Assise (Italie) en 1181 et mort le 3 octobre 1226, est un religieux catholique italien, diacre et fondateur de l’ordre des frères mineurs caractérisé par une volonté d’imitation totale du Christ par la prière, la joie, la pauvreté, l’évangélisation et l’amour de la Création divine. Il est canonisé dès 1228 par le pape Grégoire IX et commémoré le 4 octobre dans le calendrier liturgique catholique. François d’Assise est considéré comme le précurseur du dialogue interreligieux. Il tenta en effet de convertir le Sultan, lequel accepta de l’écouter, mais resta musulman. Cet immense saint suscita de son vivant une grande quantité de disciples. La règle qu’il avait édictée était si sévère qu’il fallut l’assouplir…

« François d’Assise » se présente comme une courte biographie du « Poverello », une de plus pensera-t-on. Sans doute, mais peut-être la plus simple sans être simpliste, la plus concise tout en restant d’une grande précision en ce qui concerne l’esprit si particulier de la mystique franciscaine. François ne se sentait pas « réformateur », ce qu’il voulait c’était pouvoir clamer à tout le monde sa joie d’être tout à Dieu, le bonheur extraordinaire de sombrer dans l’intimité de Dieu en appliquant à la lettre les prescriptions de l’Evangile, dans le détachement absolu, la pauvreté totale (il n’acceptait aucun don et ne voulait avoir aucun rapport à l’argent), l’abandon sans réserve, l’amour de Dieu et du prochain dans ses manifestations apparemment les plus folles, la foi la plus complète en la personne du Christ et Sa présence dans l’Eucharistie. De style aussi limpide que franciscain, cet ouvrage peut représenter la meilleure voie d’accès à une première découverte de la vie du grand saint.

4,5/5

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11/06/2020

Le capital de Van Gogh (Wouter van der Veen)

Le capital de van gogh.jpgTout le monde connait la vie misérable et le destin tragique du peintre Vincent van Gogh qui ne vendit presque aucun tableau de son vivant et ne put survivre que d’une pension envoyée par son frère Théo. Si l’on en croit Wooter van der Veen, tout ceci ne serait qu’une légende urbaine, un travestissement de la vérité pour faire conformer une existence bourgeoise et intéressée à celle d’un peintre maudit et incompris. En effet, Vincent débuta comme marchand d’art (Théo le suivit sur cette voie), puis tenta de devenir pasteur protestant. Il ne fut qu’un temps évangélisateur avant de devenir l’artiste peintre qu’on connait. La pension versée était loin d’être modeste puisqu’elle représentait plus du double du salaire d’un receveur des postes. Son œuvre ne fut pas rejetée du tout, elle fut même appréciée à sa juste valeur de son vivant. Et peu de temps après la mort des deux frères, Johanna Bonger, la veuve de Théo, commença à vendre à très bons prix, les premiers tableaux de son beau-frère. Et déjà en 1910, la valeur de l’ensemble de l'œuvre de Van Gogh pouvait être estimée à 10 millions de francs. Aujourd’hui, le chiffre d’affaires de la société Van Gogh frères se compte en milliards d’euros !

« Le capital de Van Gogh » est un essai assez décoiffant qui remet en question pas mal d’idées reçues sur la vie et l’œuvre d’un des peintres les plus célèbres du monde. L’auteur étant secrétaire général et directeur scientifique de l’Institut Van Gogh, il est difficile pour le lecteur de ne pas accorder quelque crédit à cette thèse pour le moins surprenante. Van der Veen remet tout en question, sa pauvreté (il le considère plutôt comme un « panier percé »), son statut d’artiste maudit et même son suicide qui n’aurait été qu’une sorte de mise en scène pour parfaire l’image générale, à moins que ce ne fut un accident voire un meurtre. Sur ce point particulier, l’auteur se contente d’ailleurs de semer le trouble sans rien étayer sérieusement. C’est d’ailleurs l’impression générale que laisse la lecture de ce texte amusant qui se perd parfois dans quelques digressions philosophiques ou sociologiques sur les poses universitaires, l’art contemporain et les prébendes y afférant. La citation en exergue ne fait d’ailleurs que renforcer cette impression : « À l’exception de ce qui est vrai, tout ce qui suit est rigoureusement faux. »

3,5/5

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09/06/2020

L'Amérique fantôme (Gilles Havard)

L'Amérique fantôme.jpgQuand on évoque la conquête de l’Ouest américain, quelques noms et évènements viennent immédiatement à l’esprit, mais jamais ceux de Pierre Gambie, Etienne Brûlé, Pierre-Esprit Radisson, Nicolas Perrot, les frères La Vérendrye, Jean-Baptiste Truteau, Toussaint Charbonneau, Etienne Prévost ou Pierre Beauchamp. Et pourtant ces hommes, oubliés de l’historiographie officielle, tous français ou francophones, eurent une part non négligeable dans cette aventure. Trappeurs, coureurs des bois, aventuriers, traducteurs ou guides, ils furent les premiers sur les lieux. Ils vécurent parmi les tribus indiennes, y prirent femmes (une ou plusieurs), eurent une descendance métisse et participèrent comme guides à de grandes explorations telle la fameuse traversée du continent de Lewis et Clark ou aux découvertes du peintre naturaliste Audubon. Ils remontèrent le Mississipi, le Missouri, traversèrent les Rocheuses, furent les tout premiers habitants de la ville de Saint-Louis. Dès 1565, Pierre Gambie commerçait avec les Indiens avant de connaître un destin tragique. Le 30 mars 1743, le chevalier de La Vérendrye enterrait une tablette de plomb symbolisant la découverte et la souveraineté française sur les immensités du Dakota. Au total, pas moins de trois siècles d’histoire des Français d’Amérique submergés par la colonisation anglo-saxonne triomphante.

« L’Amérique fantôme » est un véritable essai historique de très grande qualité. L’auteur, directeur de recherche au CNRS, a exhumé une dizaine de biographies de héros oubliés, soit parce qu’ils furent illettrés et ne laissèrent que peu de traces, soit qu’ils vécurent dans l’ombre de personnages plus illustres comme Champlain, Audubon ou Lewis et Clark et surtout parce que cette façon de vivre en symbiose avec les tribus indiennes, cette francophonie ne correspondait pas à l’image classique anglo-saxonne d’une colonisation avec cow-boys, tuniques bleues, chariots, petites maisons dans la prairie et autres colons à qui le gouvernement attribuaient des parcelles de terre prises sur les territoires peaux-rouges. Nos dix héros furent témoins des guerres indiennes (les tribus étaient en conflit incessant les unes avec les autres), des épidémies (la variole) qui les décimèrent et pour finir du parcage dans de désespérantes réserves. Un livre fondamental pour qui s’intéresse à ce pan particulier de l’histoire américaine. Le style, un peu aride, n’est pas désagréable, même s’il ne comporte aucune fioriture ou digression romanesque. En bonus, plus de 150 pages de notes, index, bibliographie et même de glossaire de tous les peuples autochtones de la région. Ouvrage de référence à conseiller.

4/5

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