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28/03/2025

Aventures d'un géographe (Yves Lacoste)

Aventures d'un géographe.jpgYves Lacoste est né à Fès (Maroc) le 7 septembre 1929. Son père géologue avait pour mission d'étudier la géologie des collines pré-rifiennes dans l'espoir d'y découvrir du pétrole. Atteint par la tuberculose, son père doit bientôt rentrer en France. Il installe sa famille à Bourg la Reine et séjourne souvent dans les Alpes pour pouvoir profiter du bon air des sommets. Quand arrive la seconde guerre mondiale, la famille participe à l'exode qui voit toute une population s'enfuir sur les routes pour échapper à l'invasion allemande. Elle retourne au bercail dès que l'armistice est signé. Yves se révèle élève assez médiocre et plutôt faible en mathématiques. Il passe néanmoins son bac avec succès et entre à l'Institut de géographie, rue Saint Jacques, à Paris. Il rejoint les rangs des étudiants communistes et y rencontre Camille, autre étudiante, fille d'instituteurs qui veut devenir ethnologue et apprendre le berbère. Elle se spécialisera dans l'étude de la société kabyle du Djurjura et traduira des contes berbères. De son côté, Yves enseignera en même temps à la très huppée Ecole des Roches de Verneuil sur Avre et à la très soixante-huitarde université dite de « Vincennes ». Il se posera la question « À quoi sert la géographie ? » et y répondra dans son livre le plus connu « La géographie, ça sert d'abord à faire la guerre ».

« Aventures d'un géographe » n'est nullement un récit d'aventures, même si Yves Lacoste a beaucoup voyagé (Maroc, Algérie, Vietnam, Cuba, Haute-Volta, etc.) et s'est souvent retrouvé aux endroits les plus en ébullition de la planète auprès du pouvoir algérien ou vietnamien communiste, mais plutôt une autobiographie, doublée d'un témoignage et agrémenté de diverses réflexions sur l'intérêt d'une géographie devenue par ses soins d'ailleurs géopolitique. La partie autobiographique est relativement intéressante. Lacoste nous fait découvrir sa famille, avec ses joies et ses peines (la fin de vie de Camille est particulièrement émouvante), tout son parcours politique depuis son adhésion au parti communiste, puis son départ en 1956 et son évolution que certains qualifièrent de droitière pour ne pas dire de nationaliste. Il rappelle que la notion de nation ; totalement inconnue sous l'ancien régime, fut une invention de la Révolution française lancée d'ailleurs à la bataille de Valmy. Lui-même fils d'un géologue renommé, il aura la joie de voir ses deux fils entrer dans la même carrière que lui. Chez les Lacoste, on est donc dans la géo de pères en fils depuis trois générations. Un peu moins intéressants sont les derniers chapitres qui restent plus théoriques, exposant sa définition de la géographie, ses idées politiques voire son admiration pour Ibn Khaldoun ou Elisée Reclus.

4/5

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26/03/2025

La glace et le sel (José Luis Zarate)

La glace et le sel.jpgEn 1897, le capitaine du « Demeter » tient à n'engager dans son équipage que des hommes imberbes venus du froid. Il n'accepte pas qu'ils se dénudent devant lui même quand il fait très chaud. Il les oblige à conserver sur eux leurs vêtements quelle que soit la météo. Il est homosexuel, a perdu son compagnon Mickhaïl et ne s'en est toujours pas remis. Le « Demeter » doit embarquer une étrange cargaison composée de caisses de terre dans un port de la Mer Noire et la livrer en Grande-Bretagne, sans faire escale nulle part. Mais en cours de route, un premier marin disparaît mystérieusement, puis un second. Plusieurs marins croient même avoir aperçu un passager clandestin qui disparaît aussi vite qu'il apparaît, une sorte d'ectoplasme insaisissable, aussi inquiétant que dangereux.

« La glace et le sel » est un roman étrange et fantastique qui peine à démarrer. Plus des deux tiers de cet ouvrage relativement court (172 pages seulement) sont consacrés à la présentation des personnages, aux fantasmes et obsessions sexuelles du capitaine qui passe ses jours et ses nuits à rêver à des attouchements et plus si affinités avec ses matelots, tout en s'interdisant le moindre contact réel. Seul le dernier tiers de cette sombre histoire bascule dans l'horreur avec une invasion de rats blancs, des matelots qui disparaissent un à un et un capitaine qui sombre chaque jour un peu plus dans sa folie obsessionnelle. Il finira d'ailleurs seul, attaché à sa barre, car un capitaine ne quitte jamais son navire fut-il devenu un vaisseau fantôme. Le style de Zarate semble assez lourd, même un brin filandreux car se piquant de descriptions pseudo-poétiques de la mer et du bateau ainsi que des états d'âme d'un personnage travaillé par une libido devenue malsaine. Le lecteur s'ennuie ferme dans la première partie de cette histoire reprenant poussivement les vieux thèmes du gore (avec le passager clandestin zombie) et du fantastique (avec le vaisseau fantôme). La seconde partie présente une sorte de journal de bord du capitaine. Elle est un peu plus rythmée, mais à peine plus intéressante. Avec cette historiette qui aurait pu tenir dans une nouvelle d'une trentaine de pages au maximum, nous sommes très très loin du chef d'œuvre.

2,5/5

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19/03/2025

Les chevaliers du subjonctif (Erik Orsenna)

Les chevaliers du subjonctif.jpgJeanne, 10 ans, et son frère Thomas, 14 ans, devaient rejoindre leur père aux États-Unis pour passer les vacances avec lui. Alors que leur paquebot traverse l'Atlantique, il est pris dans une tempête et fait naufrage. Les deux enfants rescapés trouvent refuge sur une île bizarre, peuplée de gens qui sont des mots et gérée par Nécrole, dictateur psychorigide qui n'accepte aucune contradiction. C'est la raison pour laquelle il a exilé les Subjonctifs trop rebelles à son goût. Jeanne est préoccupée. Elle se demande ce qu'est vraiment l'amour. Madame Jargonos, revêche inspectrice de l'Education nationale, tombe amoureuse au premier regard de Dario qui tient la batterie de l'orchestre du « Cargo sentimental », restaurant de plage de l'île. Et voilà que soudain, Thomas disparaît sans laisser de traces. Jeanne part à sa recherche en compagnie de Jean-Luc, ancien jockey devenu pilote de planeur…

« Les chevaliers du subjonctif » est une sorte de conte philosophique dont on ne sait s'il est adressé aux enfants ou aux adultes. « Après l'immense succès de « La grammaire est une chanson douce », voici les nouvelles aventures de Jeanne et Thomas dans l'île des Subjonctifs », annonce l'éditeur. Ce nouvel opus reste donc dans la lignée du précédent, celle de l'illustration de la grammaire, du vocabulaire et de la syntaxe de notre belle langue. Orsenna cherche à montrer de manière amusante l'intérêt des modes de la conjugaison : l'Indicatif, celui du réel, du concret, de la constatation de faits et l'Impératif celui de l'ordre, du commandement, de la rigidité. L'un ordonne, l'autre obéit. Ou pas. Il convient parfaitement à Nécrole (personnage qui pourrait parfaitement être à clé, tant il fait penser à quelqu'un de haut placé dans le monde réel…). Il déteste les modes prêtant à confusion, à interprétation, à caution comme le conditionnel et surtout le subjonctif, celui du rêve, des envies, des désirs inassouvis, celui des dissidents, des opposants, des révoltés et des hommes libres. L'ensemble se lit agréablement et très rapidement en raison de quelques fulgurances et d'un style élégant, épuré et bien pourvu en dialogues. Le lecteur notera également la présence de nombreux dessins naïfs et illustrations agrémentant le texte.

4/5

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16/03/2025

Trois jours au Népal (Jean David Blanc)

3 jours au Népal.jpgGrâce à la maîtrise qu'il a de son paramoteur (parapente à moteur), Jean David Blanc a pu réaliser son rêve d'enfant, celui planer et voler dans les airs comme les oiseaux. Avec son ami François et quelques autres parapentistes canadiens, belges et russes, il participe à un voyage au Népal où il pourra voler tout à sa guise et ainsi découvrir depuis les cieux les panoramas exceptionnels de la chaine himalayenne et avoir des vues imprenables sur l'Annapurna et l'Everest. Avec tous ses partenaires, il s'offre toutes sortes de vols dans de nombreux spots. Et lors du tout dernier, François le quitte tout de suite car son moteur tombe en panne. Jean David continue seul, mais se retrouve bien vite pris dans une purée de point qui l'oblige à monter toujours plus haut pour tenter d'y échapper. Il se sent même gagné par l'ivresse de l'altitude. Il n'a pourtant plus aucun repère et ne peut plus se fier qu'à son GPS. Et finalement ce qui devait arriver arriva. Il percute une paroi quasi verticale. Il a la chance inouïe de pouvoir s'accrocher à un buisson et de n'être que choqué et égratigné. Par miracle, son GPS fonctionne encore et son portable dispose de réseau. Il va pouvoir signaler sa position aux secours et attendre sur une étroite plateforme au-dessus du vide…

« Trois jours au Népal » est le récit d'une mésaventure occasionnée par un accident de vol dû à de mauvaises conditions météo. Le récit raconte un épisode de survie en milieu hostile, sans matériel adapté, dans un froid intense, sans eau ni nourriture excepté trois petits carrés de chocolat oubliés dans une poche. Le sauvetage prend plus de temps que prévu. La première nuit est horrible. Désespéré, Jean David tente alors de prendre son destin en main en se lançant dans une descente à l'aveugle. Le lecteur fera le parallèle avec l'exploit de l'aviateur Guillaumet de l'Aéropostale dont l'avion s'était écrasé dans les Andes et qui déclara après une descente dantesque vers la civilisation : « Ce que j'ai fait, aucune bête au monde ne l'aurait fait ! » L'ouvrage se lit facilement car le style sans originalité est assez fluide. On ne comprend d'ailleurs pas bien pour quelle raison tous les dialogues téléphoniques et tous les sms sont en anglais (avec traduction en notes de bas de page). Cela prend inutilement de la place et n'apporte rien sinon de l'épaisseur factice à un récit si court qu'il en est presque squelettique.

4/5

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14/03/2025

Le beaujolais nouveau est arrivé (René Fallet)

Le beaujolais nouveau.jpgSur les bord d'une Marne remplie de détritus, Adrien Camadule est occupé à pêcher. Il se désole que rien ne semble vouloir mordre à son hameçon, mais finit quand même par attraper un malheureux goujon qu'il rejette à l'eau. Poulouc, un jeune à cheveux longs accompagné d'une petite meute d'une dizaine de chiens passe par là. Il se présente à Camadule comme « dog sitter ». Il déclare gagner 10 000 anciens francs par jour et par chien. L'autre se dit brocanteur et ne vendre qu'une ou deux bricoles par mois. Tous deux imaginent comment pourrait se présenter la vie en l'an 2000. Nous sommes en 1975. Tous les rêves les plus fous (ou les pires) sont possibles. Captain Beaujol, autre comparse, a participé aux dernières guerres et les a toutes perdues. Il fut caporal à Dien-Bien-Phu, sergent-chef dans les Aurès. Devenu retraité à Villeneuve Saint-Georges, ses amis le gratifient du grade de capitaine. Quant au quatrième mousquetaire, Paul Debedeux, c'est un col blanc qui travaille comme cadre dans une société d'aéronautique. Son épouse lui fait mener une vie d'enfer et sa maîtresse le persécute tout autant. Un jour, il tombe par hasard sur Captain Beaujol qui lui rappelle leurs frasques de jeunesse banlieusarde, ce qui ne le réjouit nullement au début…

« Le beaujolais nouveau » est un charmant roman picaresque ayant pour cadre le petit monde de la grande banlieue et pour personnages des marginaux, pas mal en rupture de ban, que certains pourraient qualifier d'anarchistes un brin alcoolos. En fait, des épicuriens modernes qui laissent le travail leur courir après, préférant cultiver l'amitié devant un verre de beaujolais dans leur repère habituel, le « Café du pauvre », troquet bien accueillant quoique resté dans son jus. Cet ouvrage très agréable à lire est une ode à la liberté et à l'amitié. L'amour y a aussi sa place, même s'il est difficile comme celui de Debedeux, inaccessible tel celui de Captain Beaujol ou un brin bizarre avec la fille handicapée du bistrotier. Tous les personnages sont hauts en couleur et attachants, même les secondaires comme Maman Turlutte, ancienne fille de joie reconvertie en concierge ou comme Chanfrenier, prototype du Français moyen qui travaille, s'est fait construire un petit pavillon, a une petite voiture et vote De Gaulle, Pompidou et Giscard… La langue de Fallet est riche, truculente, gouleyante, c'est celle des titis parisien de l'autre siècle, un brin argotique, un brin humoristique, très proche de celle des Boudard, Blondin, Dard, et Audiard. Personne n'écrit plus ainsi. C'est donc avec un plaisir tout particulier que grâce à ce genre d'ouvrage, ceux qui l'ont connu pourront replonger dans un monde à jamais disparu et ceux qui ne l'ont pas connu pourront le découvrir et comprendre la nostalgie des premiers. Un roman tonique, viril et salutaire, à ne rater sous aucun prétexte !

4,5/5

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11/03/2025

Les contes de Beedle le barde (J.K. Rowling)

Les contes de Beedle le barde.jpgÀ la mort de son père, le fils d'un sorcier hérite d'une marmite qui se couvre bientôt de verrues et fait un tapage pas possible chez lui… Trois jeunes sorcières voudraient pouvoir bénéficier du pouvoir magique de la fontaine guérisseuse. La première est malade, la deuxième a été volée de tous ses biens et la troisième a été abandonnée par l'homme qu'elle aimait… Un jeune sorcier riche et talentueux a constaté que les hommes devenaient complètement idiots quand ils tombaient amoureux. Il décide que cela ne lui arrivera jamais… Un roi stupide s'est mis en tête de devenir sorcier. Mais, comme il a organisé une chasse à tous les sorciers de son royaume, personne ne peut plus lui enseigner la magie à l'exception d'un charlatan qui en est lui-même complètement dépourvu… Trois frères font appel à leur magie pour bâtir un pont qui leur permettra de franchir une rivière. Mais la mort surgit qui leur propose trois cadeaux en récompense : une baguette magique ultra puissante pour le premier, un caillou permettant de ramener à la vie le défunt de son choix pour le deuxième et une cape d'invisibilité pour le troisième…

« Les contes de Beedle le barde » se présentent sous la forme d'un recueil de cinq contes d'aspect traditionnels ayant tous un rapport avec la magie et le monde d'Harry Potter. Bien qu'ils soient prioritairement destinés à être lus par des enfants de 8 à 12 ans, des ados ou des adultes ayant gardé leur âme d'enfant pourront les lire avec grand plaisir. Chacun d'eux est suivi de notes et commentaires du professeur Albus Dumbledore qui illustrent et expliquent l'histoire sans tomber dans la paraphrase ou le rabâchage. De très jolies illustrations en noir et blanc agrémentent cet ouvrage charmant, plein d'humour et de fraîcheur qui se dévore en un rien de temps.

4,5/5

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08/03/2025

Le crime de Lord Arthur Savile (Oscar Wilde)

Le crime de lord Arthur Savile.jpgLors d'une soirée chez Lady Windermere, un chiromancien nommé Podgers est l'attraction du moment. Tout le monde a envie de connaître son avenir de cette bizarre manière. Le bonhomme commence à lire les lignes de la main de la duchesse de Paisley, puis de celle de lady Flora, pianiste, puis de celle de Sir Thomas. Quand il en arrive à celle de Lord Arthur Savile, jeune aristocrate promis à un bel avenir, une étrange expression apparaît sur le visage du devin qui annonce un voyage et la perte d'un parent. Surpris par l'attitude de Podgers, Savile se demande s'il ne lui cache pas quelque chose. Il lui propose cent guinées pour en savoir plus. Podgers se fait un peu prier et finit par accepter de le recevoir à son cabinet. Quand Savile en ressort, il est bouleversé : le chiromancien lui a prédit qu'il allait commettre in crime. Il erre toute la nuit dans les rues de Londres. Il finit par décider de suivre son destin. Comme il doit épouser la jolie Sybil, il commence par lui annoncer qu'il reporte leur mariage de quelques jours. Puis il cherche quelle sera sa victime. Il choisit une vieille parente, Lady Clémentine Beauchamp, cousine de sa mère au second degré. Pour plus de discrétion et d'impunité, il choisit d'employer le poison. N'y connaissant rien, il fait des recherches dans un livre de toxicologie où il découvre que l'aconit pourrait bien faire l'affaire. Il ne sait pas qu'il n'est qu'au début de ses peines.

« Le crime de Lord Arthur Savile » est un classique bien connu du grand écrivain d'origine irlandaise. Il se présente sous le format d'une longue nouvelle ou plutôt d'une « novela » relevant presque du conte fantastique. En effet, le comportement de Savile a un côté étrange. Pourquoi veut-il à tout prix réaliser la prédiction de Podgers ? Un quidam « normal » se serait contenté de prendre ça à la légère et d'oublier bien vite la prédiction. Lui veut assumer à tout prix le destin qu'il imagine être le sien. Et comme par ironie du sort, il devra s'y reprendre à deux fois avant de le réaliser. La société élégante et aristocratique londonienne du XIXè siècle est magnifiquement dépeinte tout comme les personnages. Le style d'Oscar Wilde n'est plus à vanter. Fluide, excellent, agréable et rapide à lire. Un véritable régal d'intelligence et d'humour. Quand on est un peu lassé de la tambouille littéraire actuelle, il nous est toujours possible de nous consoler avec de tels classiques. Ne serait-ce que pour mesurer le chemin parcouru…

4,5/5

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04/03/2025

Les illuminés de Bavière (René Le Forestier)

Les illuminés de Bavière.jpgElève des Jésuites, Adam Weishaupt, fils d'un professeur protégé du Grand Electeur de Bavière, se passionne pour les écrits des philosophes français des Lumières et particulièrement pour Jean-Jacques Rousseau. En 1768, il obtient son diplôme de « Doctor Utriusque ». Il devient alors répétiteur avec un salaire très modeste et quatre années plus tard, en 1772, il entre à l'université d'Inglostadt comme assistant de la chaire de jurisprudence. Profondément irréligieux et même anticlérical, il entre vite en conflit avec les Jésuites qui forment la majorité du corps professoral. Il rencontre un étudiant protestant qui éveille son intérêt pour la franc-maçonnerie. Mais Weishaupt n'a pas les moyens de payer les frais d'admission de la moindre loge. Alors il décide de fonder sa propre société secrète. Il compte y recruter ses meilleurs étudiants. Il appelle d'abord son groupe « Ordre des Perfectibles » et le change ensuite pour « Ordre des Illuminés » en 1776. Il commença avec 5 membres qui s'affublèrent de noms secrets évoquant l'antiquité comme « Spartacus » pour lui-même, « Ajax » pour Massenhausen, « Agathon » pour Banhof, « Tibère » pour Merz, etc. Weishaupt cherchait surtout à recruter des fils de bonnes familles, intelligents et riches si possible. Mais l'ordre ne le sera jamais. Il institue trois grades, novice, minerval et illuminé. De ses adeptes, il exige le secret total et l'obéissance absolue. En plus des philosophes français, il leur demande de lire surtout Sénèque et Epictète. Il se rapproche des Francs-maçons et reçoit l'appui du baron Knigge qui participera grandement à l'extension de l'Ordre à Munich, en Bavière et en Autriche. On estime qu'à son apogée, les Illuminés furent au nombre d'environ 6000…

« Les Illuminés de Bavière » est un essai historique un peu ancien de très grande qualité, mais d'un abord un peu laborieux. C'est un gros pavé de 740 pages, une véritable somme sur ce sujet. Toute l'histoire de l'ordre est minutieusement étudiée, presque jour après jour depuis sa très modeste naissance jusqu'à sa fin entre 1784 et 1787. L'ordre est dissous suite à trois édits de l'Electeur de Bavière. Les archives sont brûlées, les adeptes pourchassés. Deux furent même emprisonnés quelque temps. Weishaupt, lui se réfugia à Ratisbonne où il reprit un modeste poste d'enseignant sans plus jamais se mêler de rien. Un chapitre particulièrement indigeste est consacré à la philosophie et aux idées politiques de Weishaupt. Un autre, nettement plus intéressant à la légende qui se propagea jusqu'à nos jours, un peu dans le style de celle des Templiers. L'auteur remet les pendules à l'heure. Il semble bien que certains auteurs comme Barruel aient accordé beaucoup plus d'importance aux Illuminatis qu'ils n'en eurent réellement. Même à leur apogée, ils ne représentaient même pas 10% des francs-maçons allemands. Ils étaient plus dans l'admiration et dans l'imitation des idées révolutionnaires jacobines que dans leur inspiration. Seul Mirabeau côté français aurait pu faire la liaison avec eux encore eut-il fallu qu'il ne les confondit pas avec les Rose-Croix. De même le rôle de Bode en sens inverse ne semble pas avoir été déterminant. Au total, un livre fort intéressant pour tous ceux qui s'intéressent à l'Histoire des sociétés secrètes dont le rôle dans la Révolution française ne fut pas négligeable quand même.

4/5

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01/03/2025

Le cercle des héros anonymes (Pedro Correa)

Le cercle des héros anonymes.jpgUn lanceur d'alerte anonyme divulgue par le biais des réseaux sociaux une série de documents compromettants qui révèlent qu'une des banques privées les plus prestigieuses de Wall Street, Pernice and Sons, pratique le blanchiment massif d'argent provenant de milieux mafieux internationaux. La réaction de la banque ne se fait pas attendre. Elle dépêche de toute urgence un détective privé ancien flic, nommé Eric, pour trouver qui est la taupe qui a fait fuiter ces informations et pour la liquider au plus vite. Il reçoit une mallette pleine de dollars pour les premiers défraiements et en aura une seconde en cas de réussite. Un peu plus tard, d'autres révélations vont entacher la réputation de Primtex, une multinationale spécialisée dans la « fast-fashion ». Elle fait travailler des enfants du Bengla Desh dans des conditions dantesques… Un certain Jonathan Grasset trader dans une banque new-yorkaise prend un billet d'avion pour Miami avant de disparaître prématurément de la circulation… Le professeur Luis Cortès enseigne dans une prestigieuse école de commerce de Barcelone. Il ne se contente pas de rêver d'un monde meilleur. Il fait mieux. Il met en place une opération de type « Cheval de Troie » pour torpiller de l'intérieur certaines sociétés peu recommandables. David est son élève. Il l'invite au restaurant… À l'hôtel Plaza de Madrid, officie Elsa, femme de chambre, avec tout un bataillon de ses collègues. Un jour l'une d'elles croit surprendre un fantôme au dernier étages des suites…

« Le cercle des héros anonymes » est un roman assez difficile à faire entrer dans une catégorie. C'est un roman social, politique, sentimental et même par certains côtés un thriller, vu le nombre de morts qui en parsèment une histoire pas si facile à suivre quand même. L'auteur a pris le parti de ne rien raconter dans l'ordre chronologique. Il promène son lecteur à travers les époques, alternant ce qui se passe en 2011 et en 2017 par exemple. Il navigue également entre les aventures de tous les personnages. Il lui faut plus de la moitié du livre pour les présenter tous et pour que la narration démarre vraiment. Et ce n'est que vers la fin, qu'une fois les pièces de ce puzzle utopique convenablement agencées, le lecteur découvre que le héros, sorte de James Bond altermondialiste, n'est qu'un seul et même personnage, présenté sous des noms différents à des époques diverses. Il n'en boudera pas moins son plaisir de lecture, même si les prémisses tout comme les tenants et aboutissants sont assez improbables, grâce à un style de belle qualité et des personnages secondaires, tels le fantôme du palace, plus attachants que les principaux. Au total, une histoire un brin rocambolesque pour ne pas dire peu réaliste qui donne à réfléchir sur la puissance incroyable de multinationales peu scrupuleuses, obnubilées par le profit et le pouvoir, vu qu'elles arrivent à disposer de budgets plus importants que ceux de pas mal d'Etats. Un seul léger reproche : aucune des phrases ou expressions en langue étrangère (espagnol, anglais ou créole) n'est traduite en note de bas de page. En plus d'être un fin limier doté d'un bon esprit de logique et d'une boussole pour naviguer dans ce labyrinthe littéraire, le lecteur devra donc aussi être un brin polyglotte pour apprécier à sa juste valeur ce premier roman qui a tout de la fable ou de la parabole…

3,5/5

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24/02/2025

L'art de la fausse générosité, la fondation Bill et Mélinda Gates (Lionel Astruc)

L'art de la fausse.jpgEtudiant brillant et passionné d'informatique, le jeune Bill Gates se sert des ordinateurs de son université et surtout des travaux d'autres chercheurs qui tous fonctionnent selon le principe du logiciel libre et gratuit. Lui ne rêve que de breveter et de privatiser tout cela. Avec son ami Paul Allen, il crée sa société, Microsoft en juillet 1975, puis réussit à imposer un premier monopole avec le MS-DOS qui représente déjà 84% du marché des logiciels informatiques en 1984. Sans la moindre vergogne, il copie les innovations d'Apple très en avance sur lui et les intègre dans son Windows. En 1986, le voilà milliardaire et dix ans plus tard, il se retrouve l'homme le plus riche du monde. Quand il manque de rater le virage Internet, il se rattrape en phagocytant Netscape. Comme sa position de monopole devient un peu trop criante, le voilà face à la justice américaine dans un procès anti-trust retentissant qui aurait dû amener au démantèlement de Microsoft. Pour redorer une image de marque plutôt dégradée et surtout pour faire échapper une fisc une grande partie de ses immenses bénéfices, il crée sa propre fondation philanthropique. Mais qu'est-ce réellement que ce « Charity business », ce « philanthro-capitalisme » qui se mêle de tout, santé (financement de l'OMS), agriculture (il est actuellement le plus important propriétaire terrien des Etats-Unis), éducation, médias et écologie ?

« L'art de la fausse générosité » est un essai honnête et intéressant qui démontre, faits à l'appui, que cette philanthropie est plus une sorte d'escroquerie qu'autre chose. La fondation Gates soutient en fait de grosses multinationales américaines style Cargill ou Monsanto et ne distribue que les dividendes de ses investissements. Elle ne promeut que des solutions technologiques genre céréales OGM, engrais chimiques, semences hybrides et autres et n'encourage jamais les initiatives locales style agriculture paysanne, relocalisation et semences naturelles reproductibles. Le but de tout cela étant de s'enrichir toujours plus par tous les moyens comme celui de priver chaque année le trésor US de 4,5 milliards d'impôts et taxes qui pourraient également aider au développement. En fait, cette philanthropie-là fait plus de mal que de bien. Elle devrait être soumise à un droit de regard des Etats et des citoyens tant son pouvoir est grand et sa menace lourde pour la démocratie. Nous venons d'en avoir une nouvelle démonstration avec son implication calamiteuse dans la crise sanitaire. Mais le livre, paru juste avant, en 2019, n'en parle bien sûr pas. Il reste néanmoins fort intéressant ne serait-ce que pour la genèse d'un empire fondé sur le mensonge, la prédation et la corruption.

4,5/5

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