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28/07/2026

L'IA va-t-elle aussi tuer la démocratie (Laurent Alexandre et J.F. Copé)

L'IA.jpgDepuis quelque temps, tout le monde s'intéresse à l'IA. Chacun sent qu'elle va de plus en plus impacter nos vies. Sera-t-elle une révolution aussi déterminante que la découverte du feu ou de la roue, aussi perturbante que l'invention de la machine à vapeur ou du moteur à explosion, aussi enthousiasmante que la conquête spatiale ? Est-il exact que 49% des emplois pourraient disparaître à cause d'elle ? Pourra-t-elle proposer des diagnostics médicaux plus fiables que ceux proposés par les médecins humains ? L'IA arrivera-t-elle en toute logique à nous faire tous basculer dans un totalitarisme neuro-technologique ? Alimentera-t-elle le rejet des élites, le complotisme et la contestation des experts et des « sachants ». Va-t-elle encore plus attiser le populisme ? Notre avenir sera-t-il fait de QRcodes, de pass en tous genres, d'identité numérique, de disparition de l'argent liquide ? Quid du contrôle social à la chinoise ou autre ? Quid de la liberté d'expression avec ces accumulations de datas et ces possibilités techniques de flicage de plus en plus efficace ? (fermeture de comptes sur les réseaux, shadowbanning, censure et même emprisonnement pour un tweet qui déplait au gouvernement comme en Grande-Bretagne). Les questions ne manquent pas.

Cet essai technico-socio-politique écrit à quatre mains se compose de deux parties. Chaque auteur s'exprimant ainsi à tour de rôle, mais sans vraiment se répondre. Dans un premier temps, Laurent Alexandre, chirurgien-neurologue, essayiste, futurologue, chroniqueur et surtout expert de plateau télé, expose ses idées sur l'IA. Il reconnaît qu'elles sont très proches de celles d'Uval Hariri, de Schaw et du WEF. Il défend peu ou prou le transhumanisme, pense que le cancer et la plupart des maladies seront vaincues et que la science va pouvoir repousser si loin les limites de la mort que l'on verra apparaître de rien moins que l'Homo Deus (homme-dieu), mi-humain, mi-IA. Il pense que de très nombreux emplois disparaitront dans la manutention et les travaux répétitifs, mais aussi dans la médecine, la justice, le journalisme et autres. Mais il est farouchement opposé à un revenu universel qui permettrait de calmer les éventuels troubles sociaux occasionnés. Dans un second temps, la parole est donnée à Jean-François Copé, homme politique, ancien ministre et maire de Meaux. Il tente, sans vraiment y parvenir, de contrer l'argument du premier selon lequel l'IA n'aura que faire des hommes politiques, qu'ils seront dépassés et quasi obsolètes tout comme la démocratie hackée par la technologie. Copé voudrait une IA nation, mais uniquement dans le cadre européen. Point de salut en dehors du « machin », mais quelques pages plus loin, il donne en exemple de réussite Singapour et l'Estonie, une cité-état et un petit pays. Logique. Il pense aussi que les opérateurs fournisseurs d'accès, genre Orange, Telefonica ou SFR, pourraient à terme prendre le relais des GAFAM américains et initier une IA maison. Le lecteur ne voit pas bien comment cela pourrait être possible rien qu'en comparant les budgets respectifs. Un titre provocateur, une problématique capitale pour notre avenir et deux points de vue qui laissent rêveur et insatisfait. Un lecteur un brin informé n'apprendra rien de bien nouveau ou de bien original à la lecture de ce bouquin. Il aura même l'impression d'avoir perdu son temps à lire les élucubrations d'un illuminé et les vœux pieux d'un has been…

2,5/5

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26/07/2026

L'automne du patriarche (Gabriel Garcia Marquès)

L'automne du patriarche.jpgDans une île des Caraïbes, un très vieux dictateur n'en finit pas de mourir. Il vit reclus avec sa vieille mère, quelques gardes, un harem, des vaches dont il surveille la traite et quelques poules. Quand sa mère meurt, il en fait une sainte et même la mère de la patrie, ce qui lui permet de liquider toute autre forme de culte. Son pouvoir ne tient que par la violence et la cruauté la plus barbare. Tout opposant est liquidé, toute tentative de révolution est tuée dans l'œuf et pourtant le peuple non seulement ne lui en veut pas, mais en a fait son héros, une sorte de divinité lointaine. Lui-même n'a plus aucun contact avec la réalité vécue par les gens. Il reste cloitré dans son palais dévasté à l'image de sa santé déclinante. Il passe son temps vautré dans son hamac, trousse chaque soir une des prisonnières de son harem et se retire dans sa chambre fermée par trois verrous, trois barres et trois targettes pour dormir à même le sol, la tête sur son bras droit replié. Mais rien ne va plus quand on le déclare mort et ressuscité puis quand son unique épouse et son enfant meurent dévorés par des chiens…

« L'automne du patriarche » est un roman très étrange, écrit comme au fil de la plume, sans chronologie, sans progression narrative, sans ponctuation et avec quantité de répétitions, de retours en arrière ou de projections en avant. Autant dire honnêtement que c'est un véritable pensum et même une épreuve pour arriver à la dernière page. Et en plus du style lourd et imbuvable (il faut être maso ou très snob pour lui trouver quelques qualités littéraires), tout est outré, caricatural et même répugnant dans cette histoire. Le personnage principal, inspiré de dictateurs connus comme Castro, Staline, Tito, Mao ou Ceausescu, est présenté comme un monstre sans cœur, ni tripe, ni morale. Une pure et simple crapule répugnante. Il est d'une cruauté, d'une inhumanité telle que cela frise même le ridicule. De plus, c'est un crétin sans foi ni loi, un imbécile corrompu dont on se demande comment il a pu se maintenir aussi longtemps au pouvoir sans jamais être renversé. Et les personnages secondaires ne valent pas mieux. Ce ne sont également que des caricatures, d'autres abrutis ou dégénérés, des ectoplasmes sans humanité tout aussi inintéressants que leur maître. Ce pavé, ridicule d'outrance et de parodie indigeste, permet néanmoins, par une lecture au second degré voire plus, de donner au pauvre lecteur à réfléchir sur la vieillesse qui est un naufrage même pour les plus puissants, sur le culte de la personnalité, sur la solitude du pouvoir et sur la sottise des masses manipulées.

2,5/5

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23/07/2026

L'apparition et autres nouvelles (Pierre Bellemare)

L'apparition.jpgAvril 1934. Un cabriolet bleu et noir conduit par une jeune femme tout de blanc vêtue et accompagnée d'un jeune enfant apparaît sur la route et s'arrête un moment devant la grille de la propriété du père du narrateur. Il repart immédiatement. Un an plus tard, jour pour jour, le même véhicule réapparait avec la même conductrice, cette fois toute vêtue de noir… Barthélémy Chassanée doit défendre la cause des rats, assignés à comparaître devant un tribunal… Entre Courseulles sur mer et Ouistreham, se dresse une vieille maison depuis longtemps abandonnée. Un jour, un jeune garçon curieux pénètre à l'intérieur. Quelle n'est pas sa stupéfaction quand il découvre que les murs et le sol sont complètement mous… En vacances sur la Côte d'Azur, Antoine Landet s'offre un « pointu », vieux rafiot traditionnel qui se révèle vite être une très mauvaise affaire : une rame se brise, le moteur tombe en panne au large et finalement les voiles se déchirent au premier souffle de vent. Antoine décide de regagner la côte à la nage…

« L'apparition et autres nouvelles » est un court recueil composé de quatre vraies nouvelles et de quatre textes ultra-courts. L'ensemble relève de l'étrange du quotidien, mais il n'y a pas vraiment de fil conducteur, d'unité de lieu, de temps ou d'espace. L'ensemble se lit en très peu de temps, signe que le style est fluide et agréable. Les textes sont de qualité et d'intérêt inégaux. Certains sont excellents comme « L'apparition » ou « Le bateau infernal ». D'autres sont d'un intérêt et d'une originalité nettement moindre comme « La maison assassinée ». Une mention spéciale pour « La cage », qui relève presque du conte philosophique. Ensemble divertissant sans plus, à lire dans un train, par exemple.

4/5

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18/07/2026

Mon corps donné pour vous (Marouane Essadek)

Mon corps.jpgEn 1924, en Virginie, état du sud des États-Unis d'Amérique, une jeune fille, Carrie Buck, passe des tests psychologiques sous la direction du Docteur Priddy, directeur de la Colonie de l’État de Virginie pour les épileptiques et les faibles d'esprit. Les questions sont simples, voire simplistes. Mais quand Carrie arrive à la fin, elle a l'impression d'avoir tout raté. Elle ne se trompe nullement. Le praticien note en effet sur son dossier d'admission : âge mental 9 ans. Niveau de QI 56. Conclusion : débilité mentale de niveau intermédiaire. Elle relève donc bien de son établissement. Enfant, elle avait été retirée à la garde de sa mère biologique, pauvre femme alcoolique et quasi clocharde, et confiée à Alice et John Dobbs. Le mari est policier et ils ont aussi une fille, Helen. Carrie leur servira de bonne à tout faire et de souffre-douleur pendant toute son enfance. Elle aura néanmoins le droit d'aller à l'école jusqu'à l'âge légal, douze ans à l'époque. Ils la feront ensuite travailler comme servante dans plusieurs familles, ce qu'elle acceptera sans rechigner. Mais quand elle sera violée par le neveu Clarence et qu'elle se retrouvera enceinte, les Dobbs se scandaliseront et voudront à tout prix se débarrasser d'elle…

« Mon corps donné pour vous » est un essai sur l'histoire de l'eugénisme dans les États du Sud avec le récit de la vie de la malheureuse Carrie Buck comme fil rouge. Il ne s'agit nullement d'un roman classique vu que tous les faits relatés sont réels et sourcés. L'auteur esquisse d'ailleurs au passage une histoire de l'eugénisme en présentant les divers penseurs de ce mouvement, tout le combat pour légaliser par la voie judiciaire cette pratique qui comportait la stérilisation des épileptiques, malades mentaux et autres demeurés par la pratique de la ligature des trompes de Fallope et autres vasectomies. Le lecteur ne peut que ressentir de l'empathie pour le destin de la malheureuse Carrie qui ne méritait en aucune manière son triste sort. Il remarquera également que les idéologues nazis n'ont fait que prendre le relais des pratiques américaines, ce qui n'empêchera pas les alliés de condamner et de pendre ceux-ci à la fin de la seconde guerre mondiale. Il se posera aussi des questions sur la réalité de notre temps qui ne pratique plus ces chirurgies mutilantes et barbares tout en trouvant le moyen d'en maintenir d'autres plus discrètes et plus sournoises. L'obsession de nos sociétés pour la puissance, la pureté et la performance est malheureusement toujours présente aujourd'hui. Ce livre, très bien écrit et très agréable à lire malgré son thème difficile et ses recensions de procès parfois un brin lassantes, mérite donc toute notre attention et tout notre intérêt.

4/5

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13/07/2026

Le cimetière de Prague (Umberto Eco)

Le cimetière de Prague.jpgParis mars 1897, le capitaine Simon Simonini, de père turinois et de mère savoyarde donc française de fraîche date, tente de rédiger un journal retraçant les péripéties de sa vie sans vraiment y parvenir. Par moment, il souffre de dédoublement de personnalité et autres troubles psychologiques. Il croit être l'abbé Dalla Piccola. D'ailleurs, il lui arrive de retrouver des passages de son propre journal rédigés par celui-ci. Difficile de dire s'il s'agit d'un ou de deux personnages ou d'un individu schizophrène. D'ailleurs Simonini passe son temps à se déguiser, à porter postiches, perruques et habits ecclésiastiques. Il dispose de plusieurs identités dont il se sert en fonction de ses activités tout aussi peu claires. Est-il notaire ? Ancien agent de Garibaldi ? Espion de sa majesté ? Agent double ou triple ? Il se trouve souvent mêlé à de curieuses pratiques comme lorsqu'il rencontre une femme qui lui propose contre monnaie sonnante et trébuchante quelques hosties volées qui pourrait lui permettre de pratiquer une messe noire. Mais ce qui caractérise le plus ce personnage étrange c'est sa détestation d'à peu près la totalité du genre humain. Il hait les femmes, les Juifs, les curés, les Jésuites et autres. Il se retrouve aussi dans toutes sortes de coups tordus style barbouseries et est capable d'aller jusqu'au meurtre. D'ailleurs bon nombre de cadavres dont il est responsable pourrissent dans un égout parisien auquel il peut accéder depuis son immeuble…

« Le cimetière de Prague » est un roman étrange aussi difficile à résumer qu'à définir. Comme il ne dispose pas de véritable intrigue bien construite avec progression narrative classique, il peut semble ardu, rébarbatif voire labyrinthique. Le lecteur peut facilement se perdre dans cette histoire qui n'en est pas une d'ailleurs. L'auteur a dû en être conscient lui-même car il propose en fin de volume une sorte de grille explicative avec chronologie, mais qui n'est pas d'une grande aide. Tout repose sur le narrateur et personnage principal. L'ennui c'est qu'il est particulièrement antipathique (misanthrope, atrabilaire, antisémite, raciste et dénué de toute empathie comme de tous principes moraux). Les autres personnages fantomatiques, parfois à peine esquissés, apparaissent et disparaissent au fil des pages. Simonini participe à l'épopée garibaldienne en Italie, à la chute de Napoléon III, au retour de la République et à l'affaire Dreyfus. Il participe à de nombreux complots mais tire toujours son épingle du jeu, même quand il joue dans les deux camps en même temps. Il rencontre quelques grands personnages de l'époque comme Garibaldi, Freud, Dumas, Daudet, Sue ou Zola, un journaliste et écrivain sulfureux comme Drumont, une possédée comme Sarah Vaughan et un mythomane et escroc avide de notoriété comme Léo Taxil. Eco précise bien qu'il n'a rien inventé au sujet de ces personnages réels et des situations décrites. C'est d'ailleurs l'unique intérêt de la lecture de ce pensum par ailleurs très alourdi par un nombre incalculable de menus de restaurant, de recettes de cuisine et de grades de franc-maçonnerie. On est très très loin du « Nom de la Rose » !

2,5/5

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08/07/2026

Moi, Malala (Malala Yousafzaï)

Moi, Malala.jpgMalala, jeune Pachtoune de 14 ans, vit à Mingora, la plus grande ville de la vallée du Swat, au nord-ouest du Pakistan. Son père est directeur d'une modeste école et sa mère femme au foyer qui n'a jamais pu apprendre à lire. Un soir, elle prend le dernier bus de l'école de Khushal avec sa meilleure amie Moniba et quelques élèves. Peu après un barrage de police, deux jeunes Talibans armés et vêtus de noir, arrêtent le modeste véhicule. L'un d'eux demande : « C'est qui Malala ? » Personne ne répond. Mais quelques filles font mine de regarder dans sa direction. Cela suffit pour que le terroriste la mette en joue et lui tire une balle en pleine tête à bout portant… Déjà, pendant l'année 2008, les Talibans avaient détruit 200 écoles dans la région. Ils avaient aussi coupé les câbles de la télévision, fait sauter le réseau électrique, fermé les magasins de musique et d'électronique et interdit aux filles tout accès à l'école. Malala était donc en faute en continuant d'aller étudier. De plus, son père était menacé de mort pour ne pas avoir accepté de fermer son école. Une équipe de télévision était venue interroger quelques filles, dont Malala, qui défiaient le pouvoir. Elle avait aussi commencé à témoigner sur Internet et à obtenir une certaine notoriété. Cela avait suffi à décider de son sort…

« Moi, Malala » est le témoignage émouvant d'une jeune écolière revenue miraculeusement de la mort. Par une chance extraordinaire, la balle n'avait pas atteint le cerveau, mais les chances de survie sur place étant minimes, elle fut transférée d'abord dans un hôpital de Rawalpindi puis de Canterbury au Royaume Uni. Deux médecins, une Anglaise et un Pakistanais, pratiquèrent plusieurs opérations qui lui sauvèrent la vie. Sa famille la rejoignit ensuite. Le gouvernement prit en charge tous les soins et procura même un emploi d'attaché culturel à son père. Finalement, cet attentat qui devait faire taire à jamais une opposante lui a fourni au contraire une tribune d'expression mondiale. Elle put défendre la cause des enfants privés d'éducation jusqu'à la tribune de l'ONU à New-York. Elle a été honorée du Prix Nobel de la Paix et aujourd'hui, elle poursuit son combat pour l'accès universel à l'éducation par le biais de sa fondation (malalafund.org) qui investit dans des programmes communautaires et soutient tous ceux qui militent pour l'éducation des filles dans le monde. Témoignage très touchant qui représente une condamnation sans appel de l'extrémisme et de l'obscurantisme religieux.

4/5

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04/07/2026

Quinze cents kilomètres à pied à travers l'Amérique (John Muir)

1500 km.jpgLe 1er septembre 1867, John Muir entreprend un long périple à pied à travers les États-Unis, depuis l'Indiana jusqu'au Golfe du Mexique. Il commence par prendre le train d'Indianapolis jusqu'à Jeffersonville qu'il a choisi comme point de départ. Il traverse ensuite le fleuve Ohio à Louisville et commence à marcher en pleine nature, droit en direction du Sud. Il cherche les chemins les plus sauvages, les moins fréquentés et les plus noyés dans la végétation. Il emmène avec lui une presse à plantes dans un petit sac car son principal objectif est d'herboriser tout au long de son voyage. Il compte vivre frugalement, se faire héberger quand cela sera possible sinon bivouaquer dans la sauvagine le reste du temps. Ainsi compte-t-il parvenir jusqu'en Floride, mais c'est sans compter avec divers aléas dont un grave ennui de santé qui ne lui permettra pas d'aller au-delà de Cuba alors qu'il espérait poursuivre son expédition en Amérique du Sud, remonter l'Orénoque puis redescendre en canot le fleuve Amazone…

« Quinze cents kilomètres à travers l'Amérique » est un récit de voyage fort intéressant écrit par le héros des écologistes américains, l'homme qui a su préserver les séquoias géants du Yosémite et qui a préféré vagabonder que tirer parti de ses inventions. Le récit est très axé sur ses observations botaniques, ce qui pourrait lasser certains. En effet, Muir voyage, mais loin des villes et des hommes. La nature sauvage, avec sa flore et sa faune qu'il n'en finit pas d'admirer l'intéresse nettement plus que ses contemporains. Il fait cependant des rencontres, celles de tous ceux qui ont la gentillesse de l'héberger, celles des marins qui le transporteront à Cuba, à New York et jusqu'en Californie en passant par le canal de Panama, sans oublier celles des bonnes âmes qui le soigneront quand il sera gravement malade dans le Sud et restera longtemps sans pouvoir mettre un pied devant l'autre. Diable d'homme qui ne pourra pas s'éloigner du port quand il sera à New York, n'osera même pas visiter Central Park de peur de ne pas retrouver son chemin pour rentrer. Il déclare d'ailleurs qu'il aurait aimé visiter la ville s'il n'y avait pas eu d'habitants. Intéressant surtout pour tout ce qu'il découvre au fil de ce voyage comme par exemple la richesse et l'élégance de la ville de La Havane de l'époque.

4/5

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01/07/2026

J'aurais pu être millionnaire, j'ai choisi d'être vagabond (Alexis Jenni)

J'aurais pu devenir.jpgAutomne 1875. Un homme marche avec un mulet dans une forêt de séquoias de Californie. Il croise un cavalier qui le reconnaît et le salue respectueusement. C'est John Muir, une célébrité dans la région. Comme John est à cours de nourriture, le cavalier lui propose de venir se restaurer dans sa cabane qui est constituée d'un unique tronc de séquoïa mort et dévoré par le feu. Né en Écosse dans le village de Dunbar, près d'Edimbourg, John Muir a débarqué enfant aux États-Unis avec toute sa famille presbytérienne dans la région des grands lacs, dans le Wisconsin. Son père a aussitôt construit une cabane sur la parcelle de terre qui lui a été attribuée, en a défriché quelques arpents et commencé à cultiver et à élever ses premiers animaux. John doit aider à tous les travaux agricoles, ce qu'il apprécie moyennement. Disposant d'un génie technique assez particulier, il commence à inventer toutes sortes de machines en bois, à mi-chemin des inventions de Léonard de Vinci et des dessins de Francis Picabia dont une « horloge mécanique pour se lever de bonne heure » qu'il présente dans divers concours et expositions. Un jour, alors qu'il est encore étudiant, il se prend de passion pour la botanique et décide d'aller explorer les régions sauvages pour mieux en étudier la llore. Il vagabondera pendant des années et sur des milliers de kilomètres, de l'Ohio au golfe du Mexique, dans l'Ouest, de la Californie jusqu'en Alaska.

Cet ouvrage est la biographie d'un aventurier mythique des États-Unis, une sorte de précurseur, de pionnier de la défense de la nature et de l'écologie environnementale. Il participa à la création du parc naturel national du Yosémite, aida à la protection des séquoias et lutta en vain contre la construction d'un barrage hydro-électrique qui noya une vallée sauvage qu'il aimait. Il pratiqua un mode de vie simple et frugal, se nourrissant de pain et de baies. Un peu à la manière de Thoreau, mais dans un contexte nettement plus sauvage, il ne sentait bien que dans les solitudes inhabitées, les forêts et les grands espaces. Il gardait en permanence un petit carnet où il notait ses impressions et où il esquissait de petits dessins naïfs. Dès son époque, ses articles de journaux et ses livres rencontrèrent un grand succès. Théodore Roosevelt passa même quelque temps à bivouaquer avec lui et en revint enchanté. L'auteur réussit très bien à faire partager son admiration pour ce personnage hors norme et très en avance sur son époque déjà technicienne et scientiste. Un livre charmant agrémenté de photos et d'illustrations qui donne envie de poursuivre en lisant les écrits de Muir.

4/5

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28/06/2026

La Terreur en Bavière (Ambroise Got)

La Terreur en Bavière.jpgEn 1918-19, en Bavière, les communistes réussissent à établir pendant quelques semaines une dictature bolchevique en tous points semblables à celle qui sévit à l'époque en Russie et qui commence même à subjuguer la Hongrie voisine. La guerre et la défaite ont fourni à toutes sortes d'agitateurs, d'illuminés et de marginaux un terrain propice pour faire germer leurs idées de dictature des soviets. Normalement, le Bavarois n'a pas vraiment la fibre révolutionnaire, mais les circonstances sont si dramatiques et les pénuries si importantes qu'il est prêt à croire à n'importe quelle propagande lui promettant un avenir moins calamiteux. Un certain Eisner, socialiste révolutionnaire, s'est proclamé président de la Bavière. Il envoie de nombreux courriers à Clémenceau qui ne lui répond jamais, mais qui finit quand même par lui dépêcher deux émissaires qu'il rencontre dans un hôtel à Berne. Eisner leur demande que les prisonniers de guerre soient libérés enfin, que les conditions de paix soient moins léonines et que son gouvernement socialiste soit reconnu. Sans succès. Les politiciens anglais et français campent sur leurs positions, se félicitant presque de voir l'Allemagne sombrer peu à peu dans la misère et le désespoir. Un peu plus tard, à Munich, alors qu'il se rendait au palais de la Diète sans la moindre escorte, Eisner est assassiné par un étudiant d'origine aristocratique, le comte Arco-Valley. Ce drame déclenche une réaction énorme. Eisner est aussitôt remplacé par des gens beaucoup moins modérés que lui. La frange la plus radicale du mouvement, les bolchevistes s'emparent de toute la ville, dissolvent la Diète, ferment les journaux qui ne leur sont pas favorables, forcent les coffres des banques et commencent une répression féroce contre les nobles, les religieux, les intellectuels et les artistes. Des otages sont maintenus prisonniers dans des caves, attendant d'être exécutés. C'est le début de la Terreur rouge qui finira plutôt mal…

« La Terreur en Bavière » est un essai historique de qualité, édité en 1920 et encore parfaitement lisible aujourd'hui. L'auteur se trouvait sur les lieux. Il fut un témoin impartial de ces évènements dramatiques. Ainsi condamne-t-il avec la même fermeté cette Terreur rouge qui ne dura qu'à peine un mois et qui fut suivie par une répression féroce de l'armée régulière composée de soldats prussiens assez hostiles envers les Bavarois. L'auteur parle d'une « Terreur blanche » qui fit presque plus de morts et de dégats que la rouge. Le lecteur ne peut que faire le parallèle avec la Commune de Paris et sa liquidation par Thiers et les armées versaillaises. Pour mieux comprendre les origines et les motivations des chefs de cette révolution avortée, l'auteur trace de nombreux portraits de ceux-ci (Brandauer, Mühsam, Toller, Wadler, Neurath, Lipp, Maenner, Egelhofer et Seidl), sans oublier les trois agents russes (Levien, Léviné et Axelrod). Ouvrage intéressant pour qui veut découvrir cette partie peu connue des troubles qui suivirent la défaite allemande ainsi que les prémisses de la montée du nazisme. Tout se mettait déjà en place pour en arriver à un deuxième conflit mondial.

4/5

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23/06/2026

La Russie telle que je viens de la voir (H. G. Wells)

La Russie.jpgAprès un premier séjour à Pétrograd et à Moscou en 1914, H. G. Wells, invité par Kamenev, repart en Union Soviétique six années plus tard alors que la guerre civile est encore loin d'être terminée. Il voyage avec son fils qui lui sert d’interprète. Il veut se faire une idée de la situation et part avec un préjugé assez favorable au régime. Se considérant comme socialiste, il trouve que l'idéal marxiste est tout à fait respectable. Mais sur place, il constate que le pays part à la dérive. La misère et la résignation sont partout. « L'impression dominante qu'on éprouve aujourd'hui en Russie est la sensation qu'on est en face d'un vaste et irréparable effondrement », constate-t-il. C'est à Petrograd qu'il trouve la pire situation. Tous les magasins et les commerces ont disparu. Les rues sont défoncées. Les tramways bondés sont souvent réquisitionnés pour transporter des marchandises. Les pénuries alimentaires et le manque de nourriture sont criants. Les gens sont pauvres, mal vêtus. La répression a été féroce. Les élites ont émigré. De 1,2 millions d'habitants que comptait la ville, il n'en reste plus que 700 000. L'apothéose de ce voyage reste la rencontre avec Lénine qu'il qualifie de « Rêveur du Kremlin » et qui lui semble tout à fait, honnête, sincère et quasiment sympathique… Tout ce qui importe à Lénine c'est de savoir quand l'Angleterre, la France, l'Italie ou l'Allemagne vont enfin se décider à basculer dans le communisme…

« La Russie telle que je viens de la voir » est une sorte de long reportage destiné au lectorat britannique désinformé sur la réalité russe de l'époque, mais qui peut aujourd'hui se lire comme une sorte de document historique illustrant la naïveté des intellectuels occidentaux entreprenant le voyage en URSS. Comme Gide et tant d'autres, Wells verra ce qu'on voudra bien lui faire voir. Parfois, il n'est pas dupe. Ses accompagnateurs lui présentent une école où tous les élèves ne connaissent qu'un seul écrivain anglais, lui-même, ce qui lui met la puce à l'oreille. Le lendemain, il ira en visiter une autre et le résultat sera tout autre. Wells est aussi certain que les bolcheviques font du mieux qu'ils peuvent, vu la situation. Tout le mal vient des armées blanches et du soutien (très relatif) apporté à celles-ci par les gouvernements français et britanniques. Pour lui, les Russes blancs (Wrangel, Dénikine et autres) sont tous des brigands et des arrivistes qui ne pourraient que faire pire. Quand au petit peuple russe, Wells considère qu'il est illettré, apathique, jouisseur et plus supersticieux que vraiment religieux. Comme complexe de supériorité et mépris des petites gens, on ne fait pas mieux. Wells va même jusqu'à faire l'éloge de Trotsky car « il a redonné à l'armée russe sa force combattante », dit-il sans se soucier de l'importance des commissaires politiques et de leurs méthodes particulières pour faire avancer la troupe. Il trouve même justifiées les exécutions sommaires et toute la terreur rouge. Même si le lecteur peut trouver intéressantes certaines descriptions objectives, il ne pourra qu'être déçu du manque de perspicacité de Wells et de ses erreurs de perspectives pour l'avenir. L'Histoire a été bien différente de ce qu'il imaginait.

3/5

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