18/03/2026
Savants maudits, chercheurs exclus (Pierre Lance)
Notre médecine corsetée par ses agences de santé, régentée par son ordre des médecins et corrompue par les largesses des multinationales pharmaceutiques n'est pas tendre avec les chercheurs indépendants, les découvreurs de thérapies nouvelles ou de molécules inconnues qui pourraient permettre de grandes avancées et soulager bien des douleurs voire de sauver de nombreuses vies. Mais ces découvertes ont souvent un ou plusieurs gros défauts. Elles peuvent ne pas être assez coûteuses et donc rapporter moins d'agent au juteux business de la santé. Pire encore, elles pourraient remettre en question les dogmes « pasteuriens », les idées reçues, les axiomes fossilisés d'une science qui se sclérose de plus en plus jusqu'à devenir une sorte de religion qui se discrédite et se déshonore de plus en plus (coronacircus). Quand un savant, qui parfois n'est même pas médecin, fait ce genre de découverte, le pouvoir médical est vent debout, il interdit toute expérimentation, il agite immédiatement l'accusation « d'exercice illégal de la médecine », sans parler ce celui de la pharmacie. On en arrive même à détruire des laboratoires, à mettre en garde à vue des malades, à s'emparer de leurs médicaments au risque de mettre leur vie en danger et à jeter des savants en prison. Certains, comme Mirko Beljanski, s'en laisseront mourir de désespoir.
« Savants maudits, chercheurs exclus » est un essai sur un sujet délicat, une véritable honte pour un pays se disant évolué et donnant des leçons de liberté et de démocratie à la terre entière. L'auteur y présente douze exemples de scientifiques dont les trouvailles ont été ainsi rejetées, qui ont été persécutés, rejetés, oubliés et même obligés de s'expatrier. Certains sont assez connus du public ne serait-ce que par tous les malades soignés de façon non conventionnelle (René Quinton et les bienfaits de l'eau de mer, René Jacquier et l'oxygénation par les terpènes de pin du bol d'air éponyme, Mirko Beljanski dont les produits soulagèrent un certain Mitterrand qui ne renvoya pas l'ascenseur comme il aurait dû ou Loïc Le Ribault, génial découvreur du silicium organique après avoir été le pionnier de la police scientifique moderne avec le microscope électronique à balayage). D'autres moins, raison de plus pour les découvrir. Chacun a droit à un chapitre d'une trentaine de pages, ce qui permet une première découverte du personnage et peut même inciter à creuser un peu plus le sujet. Ouvrage bien écrit, très intéressant, bien que suscitant l'indignation devant tant de mesquinerie, de sottise et de malfaisance. Et ces douze-là ne sont qu'une partie de la cohorte des victimes de ce gâchis pseudo-scientifique !
4,5/5
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13/03/2026
Hommage à la Catalogne (George Orwell)
En décembre 1936, venu en Espagne pour écrire quelques articles pour divers journaux, George Orwell s'engage aussitôt dans les milices anarchistes du POUM qui tiennent la Catalogne et résistent héroïquement face aux troupes de Franco. La révolution bat son plein. À Barcelone et dans toute la région, il constate que les églises sont détruites et que les images saintes et autres signes religieux ont été brûlés. La plupart des magasins ont une misérable apparence et sont à moitié vides. Impossible de trouver du lait, du charbon, du sucre ou de l'essence. Les queues devant les boulangeries s'allongent sur des centaines de mètres. Orwell doit d'abord séjourner à la caserne Lénine sous prétexte d'entrainement. Il doit attendre qu'une « centurie » nouvellement formée soit prête pour pouvoir partir au front. L'instruction consiste à marcher au pas et à défiler sur place, mais jamais à manier les armes car il n'y en a pas. Il voudrait pourtant apprendre à se servir d'une mitrailleuse. Il insiste. On lui répond « Manana » (demain), un lendemain qui n'arrive jamais bien sûr. Il finit par rejoindre le front mais toujours sans fusil, ni uniforme, ni matériel. Et au bout de trois jours pendant lesquels il ne se passe rien, on lui octroie un vieux Mauser datant de 1896 fortement rouillé… Et ce n'est que le début de ses déboires…
« Hommage à la Catalogne » est le témoignage d'un écrivain qui voulut mettre sa vie en accord avec ses idées, en allant se battre physiquement contre le fascisme. Il séjourna quatre mois sur le front où il dut surtout lutter contre le froid, la vermine et le manque de nourriture, faute d'armement correct et d'artillerie des deux côtés. Il finit quand même par être blessé assez grièvement. Il reçut une balle dans la gorge qui passa par miracle à un millimètre de sa carotide. En convalescence à Barcelone, il se retrouva pris dans l'épuration que les communistes staliniens lancèrent pour se débarrasser des anarchistes. Il dut se cacher pour ne pas être capturé et liquidé comme ce fut le cas de nombre de ses amis. Il passa la frontière clandestinement et séjourna un temps dans le sud de la France. L'ouvrage, très bien écrit et très intéressant d'un point de vue historique, se termine par deux articles expliquant très précisément la situation politique qui mena à ce massacre entre révolutionnaires. Les communistes accusèrent les anarchistes de trotskysme et de trahison. Ils devenaient les moutons noirs faisant le jeux des fascistes alors qu'ils avaient été les premiers à se dresser contre Franco et avaient payé le plus lourd tribu dans les combats. Mais quand on veut se débarrasser de son chien, on dit qu'il a la rage. Orwell cite de nombreux passages de la propagande journalistique de l'époque et en démonte tous les arguments fallacieux. Propagande mensongère permettant un carnage. À noter qu'Orwell fut témoin que la Guardia Civil fit souvent le sale boulot pour le compte des communistes…
4,5/5
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08/03/2026
La revanche du corbeau (Louis Pergaud)
Tiécelin, vieux corbeau rusé surveille la campagne dans laquelle se déroule une chasse. Un lièvre blessé par un chasseur est parvenu à se cacher dans un sillon. Aidé d'un corbeau plus jeune, Tiécelin en profite pour l'attaquer. Mais une buse qui planait au-dessus de la scène plonge dans le tas et leur dérobe leur proie. Mais les deux charognards ne l'entendent pas de cette oreille… Grimpemal, le putois et Manteauroux, la belette en veulent beaucoup au furet qui leur vole leur gibier avec la complicité de l'homme. Fuseline, la fouine et Mustelle la marte sont également remontées contre ce traitre de furet. Et voilà que l'homme installe des filets à toutes les sorties d'un terrier de lapins de garenne sauf une seule par laquelle le furet s'élance pour commencer son habituel carnage. Mais c'est sans compter sur Grimpemal qui s'y jette à son tour, ivre de rage vengeresse… Choque, la vieille poule couve ses cinq œufs dans un coin de la basse-cour. Chantegrave, le vieux coq, veille sur son monde avant de sonner le réveil général. Parmi les poussins de Choque quatre deviendront poulettes et un seul poulet, puis jeune coq appelé Chantaigu. Saura-t-il détrôner l'ancêtre ?
« La revanche du corbeau » est un recueil présentant huit histoires de bêtes, toutes aussi charmantes que cruelles. La lutte pour la vie est partout présente. Le style de Louis Pergaud est magnifique, ciselé et d'une parfaite précision. Il a une connaissance remarquable du petit monde animal. La vie des corbeaux, des poules, des rapaces, des belettes, furets, fouines et même vipères ou lézards n'a pas de secrets pour lui. Ces charmantes histoires sont comme des nouvelles ou des fables à ceci près que même si elles finissent la plupart du temps tragiquement, ce n'est jamais pour en tirer une moralité dans le style de La Fontaine. On reste dans un naturalisme de très bon aloi. Il faut lire ces nouvelles de Pergaud comme on lit celles de Maupassant, avec le même plaisir et en se disant que la monde animal a bien des similitudes avec celui des hommes. Personne n'écrit plus ainsi aujourd'hui et c'est bien dommage.
4,5/5
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04/03/2026
Le siècle des dictateurs (Olivier Guez)
Ils ont scandé le XXe siècle, le siècle des dictateurs. Jamais ceux-ci n'ont autant prospéré qu'au siècle dernier, comme si le progrès et la technique s'étaient retournés contre lui. « Dans un monde toujours changeant et incompréhensible, les masses avaient atteint le point où elles croyaient simultanément tout et rien, où elles pensaient que tout était possible et que rien n'était vrai. », écrivit Hannah Arendt. Dans ces conditions, un illuminé, un marginal, un agitateur, un militaire frustré, n'importe quel psychopathe pour peu qu'il soit doté d'un peu de charisme et de quelques fidèles peut se retrouver dans certaines circonstances sur une autoroute le menant au pouvoir absolu. Il faudrait cependant faire une légère distinction entre deux types de dictateurs, tout en les condamnant tous fermement bien entendu : les tyrans autoritaires (type Franco ou Salazar) et les dictateurs totalitaires (Hitler, Staline, Mao, Pol Pot), tous responsables de milliers ou millions de morts et de souffrances indicibles…
« Le siècle des dictateurs » est un essai de vulgarisation géopolitique qui débute par une intéressante introduction présentant une analyse théorique du phénomène, qui se poursuit par 22 articles (tous d'auteurs différents) d'une vingtaine de pages chacun, présentant la vie et les « œuvres » d'autant de monstres et qui se termine par une présentation des dates clés de leurs accessions au pouvoir. Le lecteur se rendra ainsi compte qu'aucun pays, qu'aucun continent, qu'aucune période n'ont été épargnés. Les dictateurs étaient partout et le sont encore aujourd'hui plus ou moins d'ailleurs. Ce format ne permet malheureusement pas d'approfondir véritablement le sujet. On reste à la surface des choses. (Pas un mot sur les manipulations des services secrets, par exemple). On peut aussi s'étonner du choix des auteurs. Les « célébrités » de l'horreur sont là, mais pas tous. Faute de place sans doute, on reste très loin d'un recensement exhaustif de la totalité des dictateurs de l'époque. Quid de Salazar pour la Portugal ? Quid de Bokassa, d'Amin Dada ou de Mugabé pour l'Afrique ? Quid de Somoza ou de Videla pour l'Amérique du Sud ? Et de tant d'autres plus ou moins connus ? Le lecteur ressort de ce livre intéressant, -comme première approche-, avec un certain écœurement pour ne pas dire une véritable nausée et cette pénible impression que la démocratie, dont on se gargarise tant, n'est sans doute pas aussi répandue qu'on veut bien nous le raconter. Un humoriste en salopette disait d'ailleurs que la démocratie c'était « Cause toujours » et que la dictature c'était « Ferme-la » !
4/5
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01/03/2026
Les mouchoirs rouges de Cholet (Michel Ragon)
En 1796, dans un village du bocage vendéen ravagé par les Colonnes Infernales, une poignée de pauvres survivants tente de relever les ruines et de remettre un peu de vie dans leur univers totalement détruit. Hommes du pays de Gargantua et de Barbe-bleue, de la fée Mélusine et du Sacré-Cœur, ces quelques villageois vivent intensément des mythes qui les dépassent, avec leurs coutumes un peu étranges, leur peur du retour des hussards pillards, violeurs et destructeurs, celle des âmes errantes de tous les morts sans sépulture, leur vieux curé réfractaire et un peu sorcier, leurs ogres et leurs « fradets ». Ces hommes qui se disent avec crânerie « brigands et aristocrates » vivent une aventure où le tragique se mêle au sordide et l'espoir à la frustration. Et c'est peu à peu la résurrection de toute une paroisse, l'épopée du monde chouan que, même après le génocide de 1793, l'Histoire ne se lasse pas de persécuter. Cette interminable répression est ponctuée d'évènements sensationnels comme la désopilante et véridique visite de Napoléon en 1808 ou le dérisoire et fort décevant retour des Bourbons.
« Les mouchoirs rouges de Cholet » est un roman historique de très belle facture, magnifiquement écrit et qui fut couvert de prix littéraires à sa sortie en 1984. Ragon s'est attaché à décrire non pas le premier génocide de la Vendée, mais la suite, les conséquences, la sortie des décombres de Dochâgne, le métayer qui s'était caché à l'intérieur du tronc d'un gros chêne, de Chante-en-hiver, le forgeron, de Jacques-le-Tisserand, de Tête-de-loup, fruit d'un viol de Hussard et de quelques autres, tous bien pétris d'humanité. Quel courage, quelle ténacité, quelle résilience il fallut à tous ces pauvres gens pour arriver à faire revivre un petit village détruit de fond en comble ! Le lecteur ne peut qu'être en empathie avec eux. Ce qui n'est pas le cas avec les puissants comme Napoléon qui passe en trombe pour visiter les « sauvages » qu'il redoute et admire en même temps. Il leur accorde d'ailleurs la franchise d'impôts pour chaque maison qu'ils arriveront à rebâtir. Leur pire déception viendra de la venue du Dauphin qui osera se présenter en compagnie de Turreau, leur bourreau, et qui leur conseillera d'être bien calmes et de bien payer leurs impôts. Et le calvaire de la Vendée se poursuivra encore et encore, car il n'y eut pas une seule guerre, mais quatre successivement, toutes réprimées dans le sang. En bon écrivain anarchiste et libertaire qu'il fut, Ragon donne une image un brin prolétarienne mais assez réaliste des Vendéens de cette époque. Le génocide de 93 et des années suivantes s'inscrit dans la lignée de toutes les révoltes paysannes et autres jacqueries qui jalonnèrent notre Histoire. Un superbe roman historique qui dresse un tableau foisonnant de la vie rurale d'autrefois, une belle histoire émouvante, riche en péripéties et rebondissements. À lire absolument.
4,5/5
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23/02/2026
Le métier de bourreau (Jacques Delarue)
Au fil des siècles, la peine capitale se pratiqua de diverses manières : par pendaison, par le feu, le bris des os dans le supplice de la roue et par décapitation à la hache ou au sabre, sans parler d'autres cruautés comme l'estrapade ou l'écartèlement à l'aide de quatre chevaux… Et qui étaient les exécuteurs de ces hautes ou basses œuvres ? Les bourreaux professionnels exerçant d'ailleurs en véritables lignées exerçaient dans le nord de la France alors qu'au sud, ils n'existaient pas. On se contentait de trouver un autre condamné qui acceptait la tâche en échange de la vie sauve. Tous étaient des parias, des maudits qui étaient rejetés comme des lépreux dans le secteur des piloris moyenâgeux ou aux limites des villes. Mais ils étaient néanmoins acceptés par une société qui se pressait en grand nombre aux exécutions publiques et par des autorités qui avaient peur de se salir les mains et leur déléguait le pouvoir si grave d'ôter la vie. Une première « avancée » eut lieu quand le député Guillotin fit voter que toute peine de mort devrait avoir lieu uniquement par décapitation (privilège alors réservé à la noblesse) et quand un ouvrier du nom de Schmitt réussit à mettre au point la fameuse machine dont on attribua indûment la paternité au député-médecin. Avec le temps et l'évolution des mœurs, on passa des grands rassemblements en plein jour en place de Grève à des exécutions de plus en plus matinales, de plus en plus éloignées du centre ville pour finir dans la quasi clandestinité d'une cour de prison sans aucun public…
« Le métier de bourreau » est un essai historique en forme de monographie assez rare car c'était la première fois que ce métier, dont ne parlait pas était examiné globalement dans un contexte historique, sociologique et humain. L'auteur n'esquive aucun détail et ne montre aucune complaisance dans ses descriptions de la mort, de ses appareils et de la peine qu'on prend à la donner. Paru en 1979, peu de temps avant l'abolition de la peine de mort, le livre s'achève d'ailleurs par un très fervent plaidoyer en faveur de celle-ci. La lecture de cette somme reste un brin laborieuse. Se voulant exhaustif, l'auteur s'est attaché à décrire toutes les lignées et généalogies de toutes les familles de bourreaux (les Samson, les Deibler et autres), ce qui est assez indigeste. Le plus intéressant reste le côté purement historique. Lire cet ouvrage aujourd'hui permet également de mesurer la portée réelle de cette abolition. La peine de mort était réputée avoir trois qualités irremplaçables : elle devait être exemplaire, moralisatrice et éliminatrice. L'auteur montre que les deux premières étaient et restent discutables, mais il ne peut nier la dernière…
4/5
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18/02/2026
Le secret du Fellah (Charles Lucieto)
Quelques années après la Première Guerre mondiale, la Grande-Bretagne s'apprête à accorder une indépendance partielle à l'Egypte. Les négociations entre Mohamed Mahmoud Pacha et les plénipotentiaires anglais s'annoncent difficiles. Ceux-ci veulent conserver le possession du Canal de Suez ainsi que celle de toutes leurs bases militaires. Le maréchal Lord Addendy craint que tout cela ne tourne au marché de dupes. Il charge James Nobody, le célèbre agent secret, de sonder les intentions véritables du Pacha et par la même occasion de retrouver la trace d'une Miss Arabella Folstromp disparue mystérieusement. Il redoute qu'elle n'ait été la victime du « Coupeur de têtes », un terroriste insaisissable, qui a déjà assassiné pas moins de dix huit personnes qui toutes avaient tenté en vain de le capturer. Double tâche bien délicate pour Nobody…
« Le secret du Fellah » est le douzième et ultime épisode de la série des « Merveilleux exploits de James Nobody ». Le format est toujours court, rythmé et ramassé. L'action est bien menée avec les habituelles surprises et rebondissements qui tiennent toujours le lecteur en haleine. Il remarquera d'ailleurs qu'une fois encore la taupe, le traitre et le criminel ne sont pas ceux que l'on pourrait imaginer au début. Et dans cet épisode égyptien, tout comme dans les épisodes en Inde, les partisans de l'indépendance et de la souveraineté des peuples sous le joug anglais sont toujours présentés au bout du compte comme valeureux et loyaux alors que les méchants sortent toujours du camp colonial. Ouvrage intéressant surtout pour son côté historique. Il montre en effet un peu les coulisses de cette fin mouvementée de protectorat. Le joug turc a été remplacé par le joug anglais. Les Egyptiens se sont comportés loyalement pendant la guerre en se battant au côté des troupes anglaises. En retour, ils espèrent obtenir leur indépendance et récupérer le Soudan qu'ils considèrent comme faisant partie de leur pays depuis la nuit des temps. Mais la Grande-Bretagne ne l'entend pas de cette oreille. D'où la période troublée en question.
4,5/5
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13/02/2026
Un drame au quartier général du Kaiser (Charles Lucieto)
À Spa (Belgique) en octobre 1918, le comte Von Opern, chef des services secrets allemands, est au comble de la fureur quand il découvre sur son bureau une lettre qui a été déposée par quelqu'un alors que plusieurs gardes avaient eu ordre d'en interdire l'accès à quiconque. Il soupçonne même l'agent James Nobody d'avoir accompli ce forfait. Et c'est l'abattement complet lorsqu'il lit la lettre signée du paraphe du grand agent secret anglais. Et ce qu'il lit est encore bien pire que le reste. Nobody lui annonce qu'il a été contaminé par un agent chimique nouveau qui va rapidement transformer ses lésions bénignes en cancers et lui occasionner une mort horrible accompagnée d'atroces souffrances. Opern convoque son médecin personnel qui a le regret de lui dire qu'il ne va rien pouvoir pour lui. Aucun remède, aucun antidote, aucun contrepoison ne peut le sauver…
« Un drame au quartier général du Kaiser » est un court roman d'espionnage datant de 1929. C'est le onzième épisode de la série des « Merveilleux exploits de James Nobody ». Il est un peu différent des autres dans la mesure où même si le lecteur y trouvera encore les facéties, les retournements de situation et les tours pendables du héros avec ses changements d'identité et d'apparences habituelles, il sera nettement plus intéressé par le contexte historique particulièrement travaillé. Nous sommes dans les toutes dernières semaines et même journées de la Première Guerre mondiale. Rien ne va plus pour les Allemands. À Berlin et dans les grandes villes, la révolution bolchevique est en marche. Les drapeaux rouges sont sortis, les émeutiers sont partout. Les symboles du Reich sont abattus. Certains s'en prennent même à des gradés isolés. Des comités d'ouvriers et d'artisans, sortes de soviets se créent partout. Et pendant ce temps, le Kaiser Guillaume II tergiverse et renâcle à abdiquer. Mais Nobody va y aider, ce qui bien sûr est pure fiction. La description de la scène, celle du personnage présenté comme la pire crapule que l'agent ait eu à rencontrer, tout comme les dessous de la signature de l'armistice dans le wagon de la clairière de Rethondes (forêt de Compiègne) ne peuvent qu'intéresser l'amateur d'Histoire…
4,5/5
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09/02/2026
Les Vengeurs d'Isis (Charles Lucieto)
À Thèbes, en Egypte vient d'être découvert un ensemble de temples et de nécropoles dans lesquels on a trouvé un trésor inestimable attribué à Sésostris II et enfoui depuis des siècles sous les limons et les sables du Nil. Mais voilà que ce trésor placé en haute sécurité et sous surveillance permanente est volé d'une manière tout à fait stupéfiante. Il disparaît sans laisser d'autres traces que les cadavres des trois détectives chargés de sa protection. Bizarrement, l'autopsie n'a pas pu fournir une explication acceptable de leur décès. En désespoir de cause, Monsieur Roger de la Garenne, directeur français du musée de recherches archéologiques, charge l'agent James Nobody de la délicate mission d'élucider ce mystère et surtout de retrouver ce trésor disparu sans laisser de traces…
« Les Vengeurs d'Isis » est le dixième tome des « Merveilleux exploits de James Nobody ». La série complète en comporte douze. Elle est sous-titrée « les coulisses de l'espionnage international ». James Nobody est en quelque sorte l'ancêtre des James Bond et autres OSS117. Cette fois encore, sa perspicacité et ses qualités hors normes ne manquent pas à l'appel. L'intrigue ne manque ni de rebondissements ni de surprises. Les Vengeurs d'Isis se retrouvent coiffés sur le poteau par de terribles agents secrets de Moscou avec la traitrise d'un personnage important de la nomenklatura britannique. L'ensemble se lit rapidement et avec un certain plaisir. Bien entendu, on n'écrit plus de cette façon de nos jours. Mais il est quand même rafraîchissant de retrouver de belles valeurs comme le courage, la fidélité et l'entraide (cette fois, les jeunes adjoints de Nobody lui sauvent la mise in extremis). Tout finit pour le mieux. Les méchants sont punis et les gentils récompensés. Que demander de plus ?
4/5
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06/02/2026
La chaussée des géants (Pierre Benoit)
En 1916, blessé de la Guerre des Tranchées, Gérard une fois remis sur pieds est affecté comme secrétaire au ministère de la guerre à Paris. Il s'adonne à des recherches linguistiques sur le mingrélien et devient ami avec Vincent Laboulbène, fils d'un célèbre constructeur automobile de l'époque. Celui-ci lui fait rencontrer un certain Térence, homme un peu mystérieux, revenu lui aussi du front et qui semble se cacher. En effet, il a combattu dans les troupes irlandaises aux côtés des Français. Mais maintenant, il estime qu'il est grand temps de quitter la lutte contre les Allemands pour se retourner contre les Anglais qui occupent injustement l'Irlande depuis tant d'années. Terence s'est intéressé à Gérard car il l'a confondu avec le Professeur Gérard du Collège de France, grand spécialiste des langues gaéliques. Gérard n'ose pas démentir et le voilà embarqué vers la verte Erin où il devra jouer le rôle d'observateur international en compagnie de quelques autres scientifiques venus de plusieurs pays, Suisse, Etats-Unis, Espagne et même Japon…
« La chaussée des géants » est un roman à contexte historique fort bien écrit et fort agréable à lire, même s'il date de 1922. L'histoire bien construite démarre un peu comme un roman sentimental et se poursuit avec des rebondissements et des quiproquos. Gérard n'est pas le vrai, mais il n'est pas le seul ! La clé de l'intrigue et son fil rouge est une légende gaélique qui prédit la fin de la domination anglaise et la libération de l'Irlande. Elle serait liée à la naissance de l'héroïne, la belle Antiope d'Antrim dont Gérard est plus ou moins amoureux depuis l'enfance et dont le père, aristocrate handicapé, est le chef secret de la résistance. L'action est un peu lente à démarrer, mais le lecteur s'attache très vite aux personnages d'autant plus qu'il devine que tous sont condamnés à finir tués ou blessés dans les affrontements à venir, voire, pendus, fusillés ou déportés s'ils sont capturés. Le dernier quart de l'ouvrage est passionnant et mérite à lui seul le détour. Il décrit les combats désespérés à Dublin et dans toute l'Irlande qui s'achevèrent dans un bain de sang, l'armée britannique n'hésitant pas à tirer au canon sur la foule ! Et en prime, le lecteur aura droit à une fin surprenante avec un dernier quiproquo sous forme d'usurpation d'identité pour la bonne cause bien sûr. Pierre Benoit est un peu oublié de nos jours et c'est bien dommage.
4,5/5
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