27.12.2009
Le club des incorrigibles optimistes (Jean-Michel Guenassia)
1959 : Michel Marini, élève au lycée Henri IV a douze ans. C'est l'époque du rock n' roll et de la Guerre d'Algérie qui va servir de cadre à un drame vécu par son frère Franck. Lui se passionne pour la photo amateur, le cinéma, la lecture et les parties de baby-foot au café restaurant Le Balto de Denfert-Rochereau. Dans l'arrière-salle, se réunissent des réfugiés politiques d'URSS ou des pays de l'Est. Pour échapper aux persécutions staliniennes et sauver leur peau, ils ont tout quitté, amour, famille, patrie, métier et même trahis leurs idéaux et tout ce qu'ils étaient avant. Pour supporter mieux l'exil, ils se retrouvent tous les jours dans ce lieu pour y jouer aux échecs. Quelquefois Sartre et Kessel honorent le lieu de leur présence. Mais les blessures restent ouvertes, le drame couve et personne n'échappera à son destin...
Un premier roman surprenant par sa maîtrise et son efficacité. Un portrait de génération où il est facile de se reconnaître tellement tout est décrit avec justesse, intelligence et authenticité. La chronique douce-amère d'une adolescence relativement aisée mais confrontée aux tristes réalités de la vie. Une description pleine d'humanité de la sinistre réalité de ce qu'ont vécu les dissidents et toutes les victimes du communisme. Un style très agréable à lire. Des destins à la fois hors du commun et en même temps qu'une totale humilité. Tous les personnages sont attachants, même les crapules car elles ont de bonnes raisons de l'être tant le système était pervers. Un vrai chef d'oeuvre très justement récompensé cette année par le « Goncourt des Lycéens ».
5/5
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23.12.2009
La ferme aux écrevisses (Paul Bélard)
Dans les années 50, le petit Paul, 11 ans, quitte chaque été sa banlieue parisienne pour aller passer ses trois mois de vacances d'été dans la ferme de son oncle dans un village perdu du Cantal. Il passe son temps à garder les vaches en compagnie de son chien et ne déteste pas cette parenthèse rurale dans sa vie de citadin. Il faut dire que pour lui, c'est un retour à la terre de ses origines. De toute sa famille auvergnate, son père est encore le seul à être parti chercher fortune à la ville. La vie passe doucement entre chasse aux écrevisses dans les ruisseau, pêche à la truite et ferrage des taureaux. Il a l'impression que rien n'a changé depuis des siècles. Et pourtant les premières voitures automobiles et les premiers tracteurs font leur apparition.
Ce livre est plus le récit de souvenirs d'enfance à la campagne qu'un roman du terroir proprement dit. Rien n'est inventé ni imaginé. Tout est vécu et authentique. Le lecteur des villes (et peut-être même celui des champs) y apprendra énormément de choses sur des pratiques d'élevage et de culture disparues et sur un mode de vie qui peut sembler archaïque aujourd'hui. Ni eau courante, ni commodités dans la ferme de l'oncle de Paul. On va chercher l'eau au puits, on se soulage dans la nature et on se chauffe au bois. On gagne sa vie péniblement dans un pays âpre et peu généreux, mais dont les habitants savent tirer parti de la plus infime ressource. Une leçon de choses et de vie bien agréable à lire. On peut juste reprocher à l'auteur un penchant un peu trop marqué pour les calembours et jeux de mots divers.
4/5
08:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : terroir
21.12.2009
L'argentier du roi (Henri de Grandmaison)
Au Xvème siècle, Jacques Coeur, fils d'un modeste fourreur de la ville de Bourges, devient en quelques années, l'homme le plus riche et le plus puissant d'un royaume ravagé par la guerre de Cent Ans et gouverné par Charles VII, petit roi contesté et exilé sur ses terres du Berry. Celui-ci, lassé de son entourage aristocratique inefficace, décide de faire appel à plusieurs bourgeois spécialistes en divers domaines dont ce marchand à l'insolente réussite. Il en fait son conseiller particulier, son maître des monnaies, son grand argentier, son commissaire des états du Languedoc, son responsable des gabelles et même son ambassadeur pour des missions délicates. Toutes ces responsabilités lui permettent d'amasser une fortune considérable et se construire un palais somptueux. Mais « la roche Tarpéienne est proche du Capitole » et Jacques Coeur, ayant accumulé envieux et débiteurs, vérifiera qu'il est encore plus facile de chuter que de s'élever...
Ce livre parfaitement documenté est beaucoup plus une biographie authentique qu'un véritable roman historique. Tout est exact et vérifié. Un véritable travail d'historien et non de romancier. Le destin de Jeanne d'Arc croise celui de Coeur (sur quelques pages seulement, ce que certains pourront regretter) et uniquement pour montrer l'ingratitude du roi qui aurait pu, selon Grandmaison, intervenir et proposer un échange de prisonniers vu qu'il disposait de Talbot, éminent personnage de l'expédition anglaise. Mais à ce moment, Charles VII s'intéressait à une nouvelle messagère divine ! Cette histoire de ministre des finances enrichi en mélangeant trésor royal et trésor personnel ne peut que faire penser à celle du surintendant Fouquet tant elle lui ressemble. Tous deux d'abord furent adulés par leur souverain, puis rejetés sans le moindre état d'âme dans les ténèbres extérieures une fois leur mission accomplie ou leurs soutiens disparus. Très intéressant pour ceux qui aiment vraiment l'Histoire (avec un grand H)
3,5/5
09:24 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire
19.12.2009
Les hauts de Cabrières (Jean Siccardi)
Dans les années 1920, à Cabrières, dans l'arrière-pays niçois, tout le monde ou presque travaille pour la tuilerie Sainte-Luce, dirigée par Ange Delplas, ancien militaire et patron tyrannique et sans coeur. Dans des conditions inhumaines, les malheureux ouvriers extraient la précieuse argile de la montagne qui domine le village et façonnent briques et tuiles pour les nouvelles constructions de la Côte d'Azur. Lorsque le patron, au mépris de tous les appels à la prudence, demande à ses employés d'augmenter les cadences et de creuser toujours plus loin risquant de déclencher un éboulement, ceux-ci se rebellent et décident une grève générale. L'armée intervient. Pourra-t-on éviter la catastrophe ?
Un vrai roman social de terroir jusqu'au trois quart du bouquin qui évolue en policier car un double crime est découvert et il va bien falloir en trouver l'auteur ou les auteurs. On apprend pas mal de choses sur cette profession ainsi que sur la réalité de la vie des ouvriers dans cette période historique rapidement qualifiée de « Belle époque » alors que le pays se relevait difficilement de la grande saignée de 14-18 et que les conditions de vie n'étaient sans doute belles que pour les gens aisés et eux seuls ! Livre agréable et facile à lire avec une chute assez surprenante.
3,5/5
08:29 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : terroir, social
17.12.2009
Animal'z (Enki Bilal)
Un monde post-apocalyptique terrifiant. « Le coup de sang », un dérèglement climatique brutal et généralisé s'est abattu sur la Terre qui a été dévastée, morcelée et ravagée par des catastrophes naturelles hors normes. La nature s'est vengée des misères que lui a infligé l'inconscience des hommes. Un hiver post-nucléaire s'est abattu sur le monde. L'eau de mer est devenue toxique et l'eau douce plus rare que l'or. Une poignée de mutants mi-humains mi-animaux tente de survivre sur des bateaux partis à la recherche des « Eldorados », lieux géographiques improbables qui auraient été préservés par les évènements et qui recèleraient les dernières réserves d'eau potable. Mais le danger et la mort rodent partout.
La première chose qui frappe le lecteur en découvrant cette bande dessinée pour adultes c'est le ton uniformément gris-bleu de tous les décors et l'uniformisation des visages rendant parfois la compréhension un peu laborieuse d'une intrigue assez peu évidente. Bilal nous promène dans un univers glauque et désespéré dans lequel on rencontre des mutants ayant été diversement modifiés par des expériences dignes des docteurs Mengelé et Frankenstein et un duelliste nihiliste juché sur un cheval-zèbre qui ne s'exprime que par citations (Cioran, Flaubert, Gauthier, Nietzsche, Shakespeare... les cuistres sont servis) et qui n'apparait que pour mourir dans un improbable duel sur la banquise. Au total une BD de science-fiction étrange et fantastique qui laisse une bizarre impression de malaise ce qui était l'intention de l'auteur sans aucun doute.
3/5
09:18 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fantastique
13.12.2009
Le frisson (John Ross Macdonald)
Un vrai roman policier classique dans la lignée d'Agatha Christie avec une énigme bien ficelée et ses recettes parfaitement rodées. On passe d'un suspect à un autre. Tous ont de bonnes raisons d'avoir tué, mais un petit détail les disculpe et il faut attendre la toute dernière page pour qu'enfin le coupable soit démasqué. Facile et agréable à lire, on passe un agréable moment avec ce polar de 1964 qui n'a pas pris une ride et qui, heureusement, a été réédité récemment en 10/18.
4/5
08:43 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : policier
11.12.2009
Yanvalou pour Charlie (Lyonel Trouillot)
Roman du terroir haïtien, « Yanvalou pour Charlie » est plus intéressant pour son style que pour son intrigue. Lyonel Trouillot est un poète tropical et son livre est plus une sorte d'épopée qu'un véritable roman à proprement parler. Loin du minimalisme, il ne se gène pas pour partir sur de longues digressions et pour user d'un langage fleuri allant parfois jusqu'à l'alambiqué. De plus, l'histoire est racontée selon les points de vue des quatre principaux personnages qui s'expriment tour à tour dans les quatre parties du livre. L'intérêt majeur réside dans la description d'une société plombée par une misère crasse, gangrénée par la corruption et l'égoïsme avide des nantis, sans oublier les traditions (le yanvalou est le culte rendu à la terre et aux anciens), le vaudou et l'abandon d'une agriculture de subsistance au profit des bidonvilles et de leur économie parallèle. Au passage, Trouillot égratigne les blancs qui viennent adopter de petits enfants noirs qui ne s'adapteront jamais à leur nouvelle vie en Europe, les bonnes oeuvres, les ONG et les hommes de lois qui ne pensent qu'à détourner les dites lois au profit de leurs riches clients.
3/5
08:31 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : terroir
07.12.2009
Cher amour (Bernard Giraudeau)
Si tout le monde connait Bernard Giraudeau, acteur et maintenant réalisateur de cinéma, comédien et metteur en scène, moins connu est l'écrivain Giraudeau qui en est pourtant déjà à son 7ème livre. "Cher amour" est très difficile à définir : à la fois journal intime, carnet de voyages et correspondance imaginaire avec une belle inconnue. Pour le côté journal intime, nous avons doit à quelques confidences sur sa vie de marin, puis d'acteur. Pour les voyages, on est servi, Giraudeau est un vrai globe-trotteur qui nous entraîne en Amazonie, au Chili, aux Phillipines (pour le tournage d'un film sur le général Leclerc), à Djibouti (sur la « Jeanne d'Arc » à titre d'écrivain officiel de la Marine Nationale) et jusqu'au Cambodge (pour un autre film, « L'empire du Tigre »). C'est un cinéaste compulsif. Il ne peur aller quelque part sans filmer gens et paysages, ce qui lui attire quelquefois des ennuis...
Le point le plus faible de ce bizarre ouvrage serait ses déclarations d'amour éperdu à cette femme qui n'existe pas et que l'on devine idéalisée, réduite au rang de prototype inaccessible, la fameuse Femme avec un grand F. Heureusement, Giraudeau ne se paie pas seulement d'illusions, de grands mots et de formules faciles. Il sait également nous faire partager les paradoxes et les affres de l'acteur (Richard III), les rêves et les illusions du voyageur et surtout les petitesses et les souffrances (ablation d'un rein, séjour à l'hôpital) de l'homme attachant qu'il est. Il vient d'obtenir le Prix Mac Orlan pour « Cher Amour ». Cela me semble mérité car ce livre est une vraie invitation au voyage, dans tous les sens du terme.
3/5
08:23 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal
05.12.2009
Das System
Das System (titre allemand, mais texte français), thriller catastrophe de belle qualité devrait être le nouveau « coup d'édition » d'Actes Sud et mériterait un succès voisin des trois « Millénium » dans un genre différent. Ici, nous abordons aux rives de l'anticipation et de la science-fiction. L'intelligence artificielle est en passe de prendre l'avantage sur l'humaine et révéler toutes ses capacités de nuisance. Un livre intelligent, qui fait réfléchir sur la dépendance dans laquelle se trouvent nos sociétés (« Aujourd'hui qu'est-ce qui ne dépend pas de l'informatique ? »). Un livre original et formidablement bien documenté sans être inabordable pour le profane qui fait découvrir le monde des geeks, hackers et crackers tel qu'il est. Ajouter à cela un style agréable, quelques meurtres, pas mal de suspens et des héros sympathiques et cela devrait donner un best-seller !
4/5
09:11 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : thriller
03.12.2009
La peste noire - Le roi chiffonnier (Gilbert Bordes)
Les tribulations d'Eugénie continuent de plus belle : elle doit sans cesse se cacher dans un pays ravagé par la peste et dévasté par la guerre. Les espions du roi sont à ses trousses et de nombreux grands personnages ne lui veulent pas que du bien. Si elle est prise, elle sera brûlée comme une sorcière car les rats et la peste l'accompagnent pendant tous ses voyages sans qu'elle soit contaminée. La conjuration des Lys manque également de lui être fatale. Plusieurs de ses amis conspirateurs tombent sous la hache du bureau. Elle-même tâte des geôles à plusieurs reprises, parvient à s'en échapper à chaque fois alors que son mari est capturé par Charles le Mauvais, qu'un de ses fils meurt et que l'autre, grièvement blessé à la tête, devient amnésique. Elle doit même se cacher parmi les lépreux. Réfugiée en Italie, elle s'aperçoit que son ennemi le plus féroce n'est autre que son propre demi-frère, Jean, l'héritier « légitime » de la couronne de France, celui pour qui elle s'est toujours battue et pour qui elle a sacrifié sa vie, sa famille et son honneur. Arrivera-t-elle à arrêter l'engrenage ?
Ce deuxième tome montre encore plus que le premier combien nous nous trouvons dans le cadre d'un roman d'aventures et assez peu dans un véritable roman historique. La fin de Jean Ier le Posthume est complètement romancée et n'a rien à voir avec la réalité. On peut relever nombre d'erreurs, d'approximations ou de libertés prises avec les faits. Cela ne serait pas gênant si le côté aventures l'emportait franchement. Mais là, une certaine lassitude saisit le lecteur. Les répétitions se multiplient au niveau de l'intrigue. Le schéma capture-internement-délivrance se reproduit quatre fois de suite, c'est beaucoup. Seul le séjour chez les lépreux est un peu original. La fin est assez décevante. Finalement, n'est pas Alexandre Dumas qui veut. Gilbert Bordes est quand même meilleur dans son style habituel : le roman de terroir.
3/5
08:39 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : roman historique











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