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29/10/2013

Opération Baucent (Chapitre 7/2ème partie)

10 heures. Virginie n’était pas arrivée. Ce n’était pas son genre d’être absente sans prévenir. Il l’appela sur son portable. Aucune réponse. Il n’était pas ouvert. Cela non plus n’était pas habituel. Virginie ne quittait jamais son petit appareil et le laissait allumé quasiment en permanence. Qu’avait-il pu lui arriver ? Gérard espérait encore la voir se présenter quand Lee Ling entra dans la librairie.

- Bonjour Gérard, lui dit-elle. Je passe en coup de vent chez toi. Je cherche Virginie… Est-ce qu’elle est là ?

- Non et je commence à être inquiet, répondit le libraire.

La belle étudiante asiatique resta un moment à le fixer d’un regard si affolé qu’il communiquait sa panique à son interlocuteur.

« C’est vraiment bizarre, reprit-elle, je l’ai appelée hier soir assez tard… Tiens, je revenais du cours de Monsieur Florian auquel elle n’a d’ailleurs pas assisté, ce qui était déjà bizarre vu qu’il n’y a pas étudiante plus assidue qu’elle. Pas de réponse. Et ce matin, rien non plus. Alors j’ai couru jusque ici, espérant la trouver à son poste… »

- Et moi non plus, je ne suis pas arrivé à la joindre, ajouta Gérard.

- Il faut faire quelque chose. Il a dû lui arriver malheur, ce n’est pas possible.

- Elle a peut-être eu une panne d’oreiller, tenta de plaisanter le libraire.

- C’est pas drôle, Gérard, le réprimanda Lee Ling. Il a pu lui arriver quelque chose de terrible. Il faut prévenir la police tout de suite !

Le libraire n’était pas de cet avis, mais il comprenait parfaitement l’inquiétude de la jeune fille. D’un geste paternel, il passa son bras autour de ses frêles épaules en lui disant : « Tu sais ce qu’on va faire, Lee Ling ? On ne va pas céder à la panique. On va procéder par ordre. Les flics, pourquoi pas, mais pas tout de suite. La chose la plus urgente serait d’aller voir chez elle et si tu n’y vois pas d’inconvénient, c’est ce qu’on va faire. Après, on prendra une décision ! »

Lee se sentit presque rassurée. De son ami, se dégageaient une force, une assurance et une détermination sur lesquelles elle allait pouvoir compter. Elle se sentait un peu rassérénée de sentir cette présence amicale et peut-être un peu plus. « Tu comprends, Gérard, Virginie, c’est ma meilleure amie. Elle compte beaucoup pour moi. Je l’aime énormément… » lui avoua-t-elle.

Un quart d’heure plus tard, ils tambourinaient à la porte de l’appartement de Virginie. Personne ne répondit. Seul résultat de cette agitation : une vieille dame ouvrit sa porte…

- Vous en faîtes un raffut ! s’exclama-t-elle.

- C'est-à-dire que nous cherchons notre amie, répondit Lee Ling. Nous sommes très inquiets. Elle ne répond plus au téléphone et elle n’a pas l’air d’être chez elle…

- Avec tout ce qui s’est passé cette nuit, c’est pas étonnant, lança la vieille d’un air futé juste avant de leur claquer sa porte au nez.

Gérard se précipita : « Madame, Madame, ouvrez ! Qu’est ce qui s’est passé cette nuit ? Répondez-nous… »

Mais il eut beau tambouriner, l’autre ne voulut jamais ouvrir. Elle se contenta de leur dire à travers la porte : « Allez-vous en ! Je ne vous en dirai pas plus… »

- Où est-elle ? Qu’est-ce que vous savez réellement ? demanda Desbarres en s’énervant sur la porte.

- Je ne sais rien du tout, répondit-elle. J’ai rien vu, rien entendu, là ! Fichez le camp, sinon j’appelle la police !

La mort dans l’âme, Lee Ling et Gérard durent s’exécuter. Ils allèrent immédiatement signaler la disparition au commissariat de police le plus proche et furent reçu par un jeune fonctionnaire blasé qui nota leurs déclarations sur le registre de la main-courante et crut les rassurer en leur disant qu’il y avait chaque année des dizaines de milliers de gens qui ne réapparaissaient plus mais qu’on en retrouvait beaucoup surtout quand ils réintégraient de leur plein gré leur domicile à leur retour de fugue…

(A SUIVRE)

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15/10/2013

Opération Baucent (Chapitre 7/1ère partie)

Le lendemain matin, quand Gérard Desbarres rouvrit sa librairie, le cœur n’y était plus. Il faut dire qu’il avait passé la nuit sans arriver à trouver le sommeil. Une foule de questions trottaient encore dans sa tête. « Vendrait-il ? Ne vendrait-il pas ? Pourquoi ces gens s’intéressaient-ils soudain à sa petite affaire ? » Ca ne pouvait que cacher des choses bizarres et sans doute malhonnêtes. De toutes les façons, il ne pouvait que prendre au sérieux les menaces des affreux d’hier après-midi. Il avait donc fini par se résoudre à demander à son notaire de rédiger un acte de vente et d’organiser dans les plus brefs délais une signature avec Madame Conan. Comme il avait une totale confiance dans l’homme de loi, il s’en remettrait complètement à lui. Il le chargerait de négocier avec la partie adverse et lui notifierait qu’il souhaitait ne plus avoir aucun contact avec cette personne ni avec ses représentants. Il se contenterait juste de venir apposer sa signature quand tout serait réglé…

Et pourtant il ne put empêcher son esprit de gamberger toute la nuit. Il faisait des rapprochements avec les visites nocturnes et le cambriolage de la librairie. Et soudain, alors qu’il ne s’y attendait pas, quelques-uns des livres disparus des rayons lui apparurent comme une évidence. Il savait ou plutôt, il se doutait qu’il en manquait un certain nombre et soudain, là, au fond de son lit, tout devenait clair. Le Montgomery sur les secrets de la puissance nazie avait disparu. De même, une très rare version de l’Heptamicron n’était plus dans les rayons. Il n’avait pas revu non plus « Le livre des morts » tibétain et les deux « Albert », vénérables livres de magie s’il en fut. En apparence, les rayons semblaient ne contenir qu’un vaste fouillis dans lequel on pouvait puiser sans que le maître des lieux se rendît compte de ce qui manquait. En réalité, Desbarres connaissait parfaitement son fonds. Il rangeait les livres, les classait et les reclassait surtout depuis l’amicale visite de la veille. Ses yeux regardaient les couvertures, son inconscient enregistrait et soudain, bien après qu’il se soit posé la question, une grande partie de ce qui avait été dérobé réapparaissait.

Tout cela était relativement inquiétant. D’autant plus, qu’en arrivant, il avait trouvé la porte de la librairie ouverte alors qu’il était sûr de l’avoir fermée à clé en partant. Même chose pour la porte de la cave… Décidément, ils ne se gênaient plus du tout ! Ils avaient laissé allumée la lumière de l’escalier comme s’ils avaient voulu lui signifier qu’à partir de maintenant ils feraient ce qu’ils voudraient. Au « Griffon d’or », ces messieurs se sentaient déjà comme chez eux…

Gérard Desbarres passa le début de la matinée à ranger un peu dans les rayons et à mettre de côté un certain nombre de livres qui lui semblaient capitaux. Peu nombreux étaient les livres dont il refusait de se séparer, mais il y en avait et il ne les laisserait pas partir. Il vendait les murs. Les autres exigeraient sans doute le stock. Ils auraient ce qu’il voudrait bien leur laisser. Après tout, une quinzaine de livres de plus ou de moins, quelle différence ? D’autant plus qu’ils s’étaient servis, les autres et qu’ils continuaient à le faire sans demander la moindre permission… Alors pourquoi se gêner ?

(A SUIVRE)

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30/09/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 6/4)

Ils se précipitèrent vers les toilettes, tambourinèrent dans la porte. Pas de réponse. D’un coup d’épaule, Loup la défonça. Virginie avait grimpé sur la cuvette, ouvert un petit vasistas en hauteur et essayait vainement de s’enfuir par cette improbable issue située à quatre étages du sol.

- Elle a le diable au corps cette meuf ! s’écria Renard qui s’accrocha à ses jambes et réussit à la ramener sur le carrelage des WC.

Loup l’attira à lui et l’assomma d’un coup de poing derrière la nuque : « Si je n’étais pas là… » soupira-t-il. Et ils la gratifièrent à nouveau d’entraves aux poignets et de ruban adhésif sur le museau avant de complètement l'enrouler dans le tapis du vestibule. Loup la plaça sur son épaule comme un vulgaire paquet de linge sale. Sans plus attendre, ils quittèrent l’appartement, descendirent l’escalier et s’engouffrèrent dans la camionnette.

« Quand même, tu aurais pu choisir plus discret, se plaignit Renard. »

- J’aurais voulu t’y voir, gros malin, répondit le costaud. J’ai pris ce que j’ai trouvé et la prochaine fois, quand ce sera ton tour de piquer une caisse, on verra ce que tu ramèneras !

(A Suivre)

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15/09/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 6/3)

Il marchait le long des trottoirs en examinant les voitures garées. De temps à autre, il essayait d’ouvrir les portières de divers camions et fourgons en stationnement, mais en vain. On n’était pas au cinéma, ici personne ne laissait son véhicule ouvert la nuit. De toutes les façons, Loup aurait été incapable de démarrer quoi que ce soit en trafiquant des fils sous un tableau de bord. Il regarda sa montre : trois heures moins le quart, il fallait faire vite. S’ils traînaient trop, ils allaient se retrouver avec les premiers travailleurs de l’aube, les éboueurs, les laveurs de carreaux, les balayeurs municipaux, les premières équipes de nettoyage ou d’entretien d’hôtels, d’entreprises ou de bureaux et puis ensuite toute la masse d’ouvriers et d’employés qui encombreraient chaussées, trains et autobus.

Dans une rue adjacente au boulevard Victor Hugo, il remarqua trois hommes qui se quittaient bruyamment. Manifestement ils avaient fêté un joyeux évènement à coups de copieuses libations. L’un d’eux s’engagea en zigzagant sur le boulevard, le second partit en sens contraire et tourna dans une rue voisine alors que le troisième refermait une porte d’immeuble après leur avoir fait de grands signes d’adieu. Pourquoi Loup se mit-il à suivre de loin celui qui s’enfonçait dans la rue et non celui de l’avenue ? Il n’aurait su le dire. Un coup de poker sans doute ou alors la facilité. Le gars avait l’air encore plus saoul que l’autre. Non seulement il zigzaguait dangereusement, mais encore il s’accrochait aux réverbères, percutait au passage des poubelles qui ne lui avaient rien fait. Il braillait même un air connu : « A la Bastille on aime bien Nini Peau d’chien, elle est si belle et si gentille. On aime bien qui ça ? Nini Peau d’chien, où ça ? A la Bastiiille… »

Loup se maintenait à distance. La rengaine lui tournait dans la tête. Il commençait même à se la répéter mentalement quand il vit l’autre s’appuyer contre une fourgonnette beige. La tête devait lui tourner et le sol tanguer sous ses pieds car il mit un temps fou pour trouver ses clés. Le costaud s’apprêtait à s’avancer vers lui quand l’autre déboutonna sa braguette, sortit son engin en pleine rue et se mit à uriner sur une poubelle qui se trouvait à proximité. Et il chantonnait encore : « Chevaliers de la Table ronde, goûtons voir si le vin est bon… » Il n’était pas bien grand, la cinquantaine bedonnante, le crâne chauve, la moustache et l’air bonhomme de l’artisan en salopette bleue. La porte de la camionnette enfin ouverte, il s’apprêtait à s’installer au volant quand il sentit une grande brute l’attraper par le paletot et lui asséner un coup de poing capable d’assommer un bœuf. Il tomba sur les genoux en émettant un « Pfft » bizarre. Son trousseau de clés tomba à terre. Loup le ramassa et commença à fouiller dedans pour trouver celle qui correspondait au démarreur. Cela lui prit un peu de temps avant de trouver la bonne. Enfin, il engagea la clé dans le contact et la tourna. Le moteur lança quelques crachotements et éternuements poussifs. Décidément, il n’avait pas tiré le bon numéro. Cette vieille charrette marquée : « Gaétan Lemarchal artisan menuisier ébéniste, travail soigné en atelier et à domicile » se faisait prier pour démarrer. Cela énerva Loup. D’autant plus que le menuisier se relevait déjà en titubant et en braillant d’une voix grasseyante : « Non, mais, jeune homme, vous ne manquez pas de culot ! Ceci est MON véhicule et je ne vous permets pas… »

Manifestement les vapeurs alcooliques avaient atténué les effets du coup sur la caboche. Pourtant, il n’eut pas le temps d’achever sa phrase. Le poing monstrueux de Loup le percuta à la tempe et, cette fois, il profita vraiment de trente six mille chandelles multicolores. Enfin le moteur daigna ronronner. L’autre, étalé de tout son long sur les pavés de la chaussée, gênait pour la manœuvre de sortie de stationnement du véhicule. Passablement énervé, Loup sortit du fourgon, ouvrit la porte latérale coulissante, attrapa l’artisan inanimé par les brides de sa salopette et le balança à l’intérieur non sans que sa tête ne percute un montant de la carrosserie…

Pendant ce temps, Virginie se tortillait sur le lit et Renard ne savait pas comment la calmer. Elle voulait sans doute quelque chose, mais quoi ? Pour le savoir, il aurait fallu lui ôter le bâillon qui était collé sur sa bouche. Il n’arrivait pas à s’y résoudre, il avait trop peur qu’elle ne se mette à hurler et à réveiller tout l’immeuble. Il y avait plus pressé. Il récupéra le téléphone portable de Virginie, l’alluma, commença à chercher dans le répertoire et finit par trouver le numéro de Paul Armen. Il appela, mais personne ne répondit. A la cinquième sonnerie, l’appareil bascula sur le répondeur. Renard resta un moment à se demander s’il allait dire quelque chose ou rester muet. Il hésita avant de se lancer : « Armen, salaud, on a ta poule. Va falloir que tu craches au bassinet si tu veux la revoir ! » Il se demanda s’il avait été convaincant et il n’en était pas du tout persuadé. Mais il lui vint une idée en regardant Virginie qui se tortillait comme un ver de terre. « Armen ! On va te faire entendre ta poule, comme ça tu ne nous prendras pas pour des charlots… » Il arracha d’un coup sec le gros morceau de ruban adhésif gris qui recouvrait la bouche de sa victime et il lui tendit l’appareil. Larmes et cris s’échappèrent aussitôt : « Paul, au secours, à moi… Sauve-moi ! Ils m’ont kidnappée… Je suis… » Immédiatement Renard eut le réflexe de lui fermer la bouche de la main tout en concluant : « Voilà, tu en as assez entendu, Armen. On la tient. Ca va te coûter cher, mais avec le trésor que tu es sur le point de découvrir, tu pourras banquer… Attends nos instructions ! » Et il raccrocha. En même temps, il dut retirer sa main car il sentait les dents de Valérie s’enfoncer dans sa chair.

- Arrête, salope ! s’exclama-t-il. Mais qu’est ce que t’as donc ?

- Je ne peux plus me retenir, je vais faire dans ma culotte, avoua-t-elle piteusement.

- Bon, je te détache et je t’accompagne aux waters. Gare à toi si tu essaies de m’entourlouper.

C’est à ce moment qu’il entendit le signal convenu frappé à la porte. Trois coups rapides et deux lents. Il alla ouvrir…

- Ca y est, j’ai la fourgonnette, lança Loup d’un air soulagé.

- Elle est blanche ?

- Presque.

- Décidément tu ne fais jamais ce qu’on te dit, tête de mule !

- Et toi, qu’est-ce que tu as fabriqué avec la gamine ?

- Elle est en train de faire ses besoins… Mais on dirait que…

A SUIVRE

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01/08/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 5)

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CHAPITRE V

 

 

Parallèle à la rue des Blancs-Manteaux, celle des Bouchers comporte également un petit immeuble parmi les plus anciens de la ville. On y pénètre par un porche délabré qui donne sur une cour pavée, glissante de mousse verdâtre et encombrée de déchets divers, remorques cassées, vélos ou mobylettes hors d’usage. Les rares habitants de la bâtisse, un couple de retraités, une famille maghrébine et deux vieilles dames presque impotentes se contentent habituellement de passer directement de la rue dans l’escalier sans jamais aller dans cette fosse humide et peu accueillante.

Cette nuit-là, sept individus s’y glissèrent en toute discrétion. Disposant d’une clé, le premier ouvrit la porte de la cave dissimulée derrière un tas de gravats et tous s’engouffrèrent dans un escalier voûté qui semblait mener à un souterrain ou à des catacombes. Lampes frontales et torches électriques dégageaient des flaques de lumière qui révélèrent assez vite une grande salle octogonale aux murs de pierres humides et verdâtres. L’obscurité la plus épaisse, le silence le plus complet pouvait laisser penser que cette crypte et ce souterrain gisaient à des centaines de mètres de profondeur sous une pyramide égyptienne ou sous des mégalithes perdus dans un lointain désert. En fait, les sept ombres étaient réunies en pleine ville, dans son quartier le plus ancien, bien sûr, mais à quelques pas du « Griffon d’or ». Le grand individu qui avait ouvert la voie et qui semblait faire office de chef ordonna aux autres de mettre leurs masques. Quatre grandes torches furent allumées et accrochées aux murs, dégageant suffisamment de lumière pour que chaque participant puisse distinguer les autres. Ils avaient ôté manteaux, vestes ou blousons de ville pour revêtir chacun une large cape blanche marquée par une grande croix rouge sur le côté gauche. Personne ne se parlait. Une impression de solennité étrange régnait dans cette cave…

« Pauvres Chevaliers du Temple et du Gwaal, moi Arménius votre Grand Maître, déclare ouverte notre tenue d’admission... Formons le cercle sacré et invoquons Gwaal… »

Arménius parlait d’une voix grave et profonde. Il avait prononcé quelque chose entre : « Graal » ou « Baal » d’une façon si bizarre qu’il était presque impossible de les distinguer. Cela ne devait pas choquer les participants qui se mirent à bourdonner une sorte de « Oooommm » d’abord sans presque ouvrir les lèvres puis allant crescendo. Le mantra bouddhique gronda ouvertement un long moment avant de s’interrompre brusquement.

« Que le grand souverain de l’Univers, le clément et le miséricordieux nous illumine de sa Lumière ! » lança Arménius.

« Que les merveilles de la Connaissance nous éclairent ! » entonna d’une seule voix l’assistance.

« Que la puissance de la Lumière soit notre force ! » ajouta le Grand Prêtre.

« Que Lucifer soit avec nous ! » répondirent les participants d’une voix forte.

« Que l’épée et le Gwaal nous reviennent ! »

« Et que la force soit avec vous ! »

Le silence revint. Les sept individus vêtus de blanc formaient un cercle, ils se tenaient par la main et avaient senti l’énergie monter en eux au fil de cette étrange prière. A la fin, ils criaient presque en levant les bras en l’air.

Venue on ne sait d’où, une délicate musique bretonne mêlant harpe et flûte se répandit doucement dans la cave. Les participants se mirent à se déplacer de côté et d’autre, se tenant toujours par la main, balançant les bras, un pas à gauche, deux à droite dans une sorte d’an-dro un peu lent. Puis tout s’arrêta. Le cérémonial semblait réglé comme du papier à musique. Les mains se séparèrent, chacun recula de deux grands pas en arrière et se retrouva devant une sorte de rondin faisant office de tabouret. Seul Arménius bénéficiait d’un véritable siège de bois sombre, une sorte de trône ouvragé, une cathèdre avec marche pied et accoudoir. Il s’y installa solennellement avant de déclarer :

« Plie-toi en deux, tu resteras entier,

Incurve-toi et tu seras redressé,

Sois vide afin d’être rempli,

Usé, tu seras rajeuni,

Possède peu, ce peu fructifiera,

Accumule beaucoup, ce beaucoup se perdra. »

Il se fit un grand silence puis un coup de gong suivi d’un long « Ooom padme ooom » avant qu’Arménius ne reprenne la parole dans un silence recueilli : « Mes frères, mes amis, pauvres Chevaliers du Temple et du Gwaal, nous voici réunis en tenue tout à fait extraordinaire car nous allons aujourd’hui introniser un nouveau frère. Si l’un d’entre nous y voit quelque inconvénient qu’il se lève et parle sans peur ni contrainte car ensuite il sera trop tard, il lui faudra se taire définitivement. »

Une voix féminine se fit entendre : « Espérons, Grand Maître, que ce ne sera pas un cas comme les deux personnages qui ont troublé notre précédent chapitre… »

- Ces deux individus, personnages louches, peut-être dangereux et sûrement envoyés par nos ennemis - et le Puissant sait combien ils sont nombreux- s’étaient introduits parmi nous d’une façon pernicieuse. Ils avaient honteusement trompé notre vigilance. Sachez mes frères et mes sœurs, que même s’ils ont réussi à fuir, nous les retrouverons et nous leur ferons rapidement oublier ce qu’ils ont pu découvrir à notre sujet.

- Il me semble que ce lieu de réunion n’est plus très sûr, fit une grosse voix masculine avec une pointe d’accent africain. Ne pourrions-nous pas tenir nos convents ailleurs ou communiquer autrement ?

- Nous y songeons, mon frère, nous y songeons. D’ailleurs, tout à l’heure nous nous disperserons un par un et par deux issues différentes.

Il y eut comme un soupir de soulagement dans le cercle et Arménius reprit : « Donc pas d’objection à cette intronisation… Le frère qui va paraître devant vous a un grand désir de nous rejoindre et il a déjà apporté plusieurs preuves de sa loyauté et de sa bonne foi. Depuis 48 heures maintenant, il attend enfermé dans une cave voisine, dans l’obscurité la plus totale avec une cruche d’eau pour seule boisson et un quignon de pain pour seule nourriture. Dois-je le faire entrer ? »

- Qu’il se présente, Grand-maître, répondirent les autres d’une seule voix.

Sur un signe de tête d'Arménius, le templier à la peau noire quitta le cercle et revint quelques instant plus tard en guidant un homme qui arriva avec un bandeau sur les yeux.

- Qui donc êtes-vous pour vous présenter ainsi parmi nous ? commença Arménius.

« Je me nomme Nogaro Eric et suis habitant de Villedieu le haut », répondit l’impétrant.

- Pourquoi vous présentez-vous dans ce cercle ?

- Je désire être un des vôtres, ô Grand Maître… Si vous m’accueillez dans votre maison, je promets d’être fidèle, discret et obéissant jusqu’à la mort…

- Ne croyez pas que vous allez entrer dans notre fraternité pour y recueillir honneur, argent, plaisirs et récompenses. Attendez-vous plutôt à n’y trouver qu’ingratitude, souffrance et tourments. Vous étiez homme libre, vous allez devenir serviteur. On vous demandera de faire ce qui peut-être ne vous plaira pas. Mais comme vous nous devez obéissance, il faudra vous y résoudre. Voulez-vous toujours être introduit parmi nous ?

- Je le veux, Grand Maître, je le veux.

- Tout ce que vous entendrez, tout ce que vous verrez, tout ce que vous apprendrez devra rester secret. Même à votre épouse, à vos enfants, à vos proches, vous ne pourrez absolument rien raconter. Si vous enfreigniez cette règle sacrée, non seulement vous seriez rejeté immédiatement dans les ténèbres extérieures, mais encore votre vie ne vaudrait plus grand-chose car notre règle punit de mort celui qui la viole. Sachant cela, voulez-vous toujours être introduit parmi nous ?

- Je le veux, Grand-maître, je le veux.

- Et vous mes frères, acceptez-vous d’accueillir Eric ici présent, de le considérer comme votre frère, de lui demander aide, accueil et protection si vous en avez besoin et d’agir de même vis-à-vis de lui le cas échéant 

- Nous le voulons ! braillèrent les tuniques blanches.

- Dans ce cas, que la Lumière l’illumine ! annonça solennellement Arménius.

Le templier noir dénoua le bandeau des yeux de Nogaro qui se retrouva ébloui puis appuya fortement sur son épaule pour l’amener à mettre un genou en terre.

« L’impétrant Nogaro Eric, ici présent, a répondu de façon satisfaisante à nos questions. Si un des frères a quelque chose a dire qu’il parle. S’il n'a rien à dire, qu’il se taise à jamais ! »

Silence dans le cercle. Le Grand Maître quitta son trône et avança vers l’homme agenouillé. Il prit une épée, plaça le plat de la lame ainsi que sa main sur le crâne du postulant puis effleura chacune de ses deux épaules avant de planter l’épée juste devant lui, dans le sol de terre battue. Puis il prononça ces paroles un peu étranges : « Par Gwaal le puissant, Bouddha le très sage et Allah le très miséricordieux, je te fais chevalier du Temple. Montre-toi digne de cet honneur. » Et il lui tendit la main pour l’aider à se relever avant de lui donner l’accolade. Un autre templier lui présenta un minuscule bouclier rond qui, retourné, aurait eu l’aspect d’une sorte de grosse coupe ou même d’un saladier. Nogaro le mit à son bras. Un second lui apporta la grande cape blanche à croix rouge et l’aida à s’en revêtir. Et finalement un troisième termina l’étrange adoubement en lui plaçant un loup de velours noir sur le visage.

- Maintenant que vous voilà chevalier de premier grade, vous pouvez rejoindre notre cercle, conclut Arménius.

Et le cérémonial reprit avec les séries de « Ooom », les invocations au Gwaal ou au Bwaal, les lectures plus ou moins mystiques, la remise en cercle et l’an-dro guilleret du début.

Au bout d’environ un heure, chacun quitta la cave dans la plus grande discrétion. Les uns se dirigèrent un vers la cour de la rue des Bouchers et les autres remontèrent par la cave du « Griffon d’or » et la rue des Blancs-Manteaux. Il faisait nuit noire, les deux rues étaient vides. Personne ne remarqua l’étrange ballet de ses ombres qui disparaissaient une à une.

(A SUIVRE)

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15/07/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 4)

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CHAPITRE IV

 

 

Les deux individus se relevèrent lentement en se regardant d’un air désappointé. Ils étaient là, comme deux nigauds, plantés dans le vestibule du minuscule deux pièces de Virginie Lepayen avec leur victime inconsciente à leurs pieds… Le plus mince, l’homme à la mèche pendante et au profil en lame de couteau, attaqua immédiatement : « Tout ça, c’est de ta faute, Loup ! T’es vraiment qu’une grosse brute épaisse ! »

- Ecrase Renard, lui répondit l’autre. Je veux plus que tu m’appelles Loup ! Mon nom c'est Louis et pas Loup. J’suis pas une bête, bordel.

- T’es surtout très con, Môssieur Louis Dubois, reprit l’autre. Et je t’appellerai Loup Dubois aussi longtemps que toi, tu n’utiliseras pas « Jacques Lerenard » à mon sujet.

- OK, Renard, mais qu’est ce qu’on fait maintenant ?

- Maintenant que t'as tout salopé le boulot, ça va pas être facile, soupira le maigrichon qui avait l’air d’être le cerveau de l’équipe. Cette petite Virginie, c’est qu’une gamine, elle est toute jeune, fallait la traiter avec délicatesse.

- Pars pas dans tes fantasmes, contesta Louis, c’est tout de même pas une gosse de six ans…

- Oui, dommage qu’elle en ait un peu plus, soupira Lerenard. Elle devait être craquante à cet âge-là. J’aurais aimé la rencontrer…

- Mais elle, peut-être pas… balança l’autre non sans à propos car il connaissait les penchants peu ragoûtants de son équipier.

L’immeuble était plongé dans le plus grand silence. Minuit était passé depuis longtemps et il apparaissait à Jacques Lerenard que cette expédition avait reposé sur l’improvisation la plus totale. Ils étaient à l’intérieur même de l’appartement de leur victime pris dans une affaire d’enlèvement qu’ils avaient l’air de ne maîtriser que fort peu. Passé ce moment de confusion, le maigrelet fut le premier à reprendre ses esprits. De la poche de son blouson militaire, il sortit un rouleau de ruban adhésif large en disant : « Première chose, on la bâillonne ; comme ça, elle pourra pas hurler quand elle se réveillera… »

- Et moi je lui attache les poignets avec ce bout de ficelle, ajouta Loup qui ne voulait pas être en reste.

- Maintenant, il n’y a plus qu’à attendre qu’elle se réveille…

- Ca peut être long, fit remarquer le plus costaud.

Son acolyte sortit un cutter de sa poche de jean, et lança un regard vicieux à son comparse en l’accompagnant d’un clin d’œil salace : « Voilà ce qu’il nous faut pour accélérer les choses… Je suis sûr qu’elle a la peau sensible la gamine. Tu as vu comme elle a filé doux dès que je l’ai piquée avec ma lame ? »

- Et moi avec un crayon, je suis sûr qu’elle a cru que j’avais un flingue, ajouta Loup.

Et les deux individus se lancèrent dans un étrange épluchage de leur victime toujours étendue inerte sur le tapis du vestibule. A mesure que Renard incisait le veston du tailleur de Virginie en long, en large ou en travers, Loup de sa grosse pogne finissait de déchirer le tissu. Les poignets entravés génèrent un peu aux entournures, mais cela ne dura pas. Assez vite, la victime se retrouva simplement vêtue de son chemisier de soie rouge. Les deux malfrats passèrent ensuite au pantalon qui, sous le cutter de ces étranges couturiers se transforma bien vite en mini-short effiloché.

- Maintenant tu me la laisses, tu sais que je suis le plus délicat de nous deux, minauda Renard.

Le gros renauda un peu avant de filer dans l’étroit cagibi qui faisait office de cuisine. « Je vais voir s’il y a quelque chose de sympa à boire là-dedans… »

- C’est ça. Tu pourrais même faire chauffer du café, si t’en trouves. On risque d’en avoir besoin. La nuit va être longue.

Et le maigrichon se pencha plus près de Virginie qui était maintenant étendue sur le dos. Il dégrafa deux boutons du chemisier rouge, révélant un soutien-gorge de même couleur. En trois coups de cutter, il se débarrassa du sous-vêtement affriolant et laissa apparaître au jour une poitrine suffisamment bombée pour troubler n’importe quel homme normalement constitué…

- Quelle horreur, quelle saloperie ! lança Renard au comble du dégoût. Mais c’est une vieille, elle est formée. Beurk, des miches, si je m’écoutais…

A cet instant précis, le gros sortit de la cuisine une fiole de kirsch à la main. Il interrompit son acolyte juste avant que celui-ci ne joigne le geste à la parole : « Ca va maintenant, ça suffit. Elle a beaucoup de valeur cette fille, c’est toi qui me l’as dit, Renard ! »

Le visage blême et l’air mauvais, l’autre eut l’air de bien vouloir s’en remettre à l’injonction de son comparse. Il fit rentrer la lame du cutter dans son manche et le remit dans sa poche. « Allez, je vais m’occuper du kawa, ça vaudra mieux que de faire une connerie… », admit-il. Sans plus attendre, Loup avala une grande goulée de sa fiole de kirsch, la vidant à moitié. Le feu lui monta immédiatement aux joues. Il sentit une excitation primaire monter du tréfonds de lui-même. Cette femelle complètement dépoitraillée l’excitait au plus haut point. Il l’attrapa à bras le corps, la souleva comme un fétu de paille et la plaça en travers de son épaule. « Allez la belle, tu seras mieux dans la chambre.. » Trois pas plus loin, il la balança sans ménagement sur le lit. Il entendit la voix de l’autre lui redire de ne pas esquinter la marchandise. Il finit la fiole presque comme s’il s’était agi d’eau claire et la lança rageusement au travers de la chambre. Il ne prit même pas le temps de jeter le moindre regard sur les lieux familiers de Virginie. C’était presque une chambre de jeune fille avec un lit deux places couvert d’un plaid rose, des murs tapissés d’un papier peint assorti, une vieille armoire repeinte en blanc et fuchsia et décorée de motifs floraux exécutés au pochoir. Une étagère accueillait quelques bouquins de littérature féminine ainsi qu’une touchante collection de peluches en tous genres. Loup ne voyait rien de tout cela. Il s’escrimait sur le bouton et sur la fermeture éclair du mini-short tout en s’énervant sur son propre pantalon quand il eut l’impression que le ciel lui tombait sur la tête. En l’occurrence, le marteau du dieu Thor n’était tout prosaïquement qu’un gros caquelon de fonte manié sans ménagement par son comparse à la longue mèche pendante…

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30/06/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 3)

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30/05/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 2)

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30/04/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 1)

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30/03/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 3/3)

OPERATION BAUCENT Chapitre 3/3

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