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30/12/2013

Opération Baucent (Chapitre 7/6ème partie... et fin des extraits)

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Une fois les godets éclusés, Coco se propose pour aller interroger les gens du voisinage un peu au hasard. Il lui semble impossible que quelqu’un n’ait pas vu quelque chose.

- Vas-y tout seul, lui dit Le Furet. Moi, je n’y crois pas trop. Je reste un moment ici. Je vais examiner ce bouquin.

- OK, on se retrouve ici, disons dans une heure.

Tardif parti, le journaliste commença à feuilleter l’ouvrage fatigué qu’il avait récupéré dans l’appartement de Virginie. Il passa les chapitres consacrés à Hess, Himmler et Goebbels. Il plongea tout de suite sur celui intitulé : « Les mages d’Hitler ». Il y apprit qu’Hitler était un passionné d’occultisme, de magie, d’astrologie et qu’il avait consacré beaucoup de temps et d’énergie à essayer de prévoir l’avenir et surtout à s'efforcer de mettre à son service toutes les forces occultes disponibles.

Au début des années 30, un mage fait fureur à Berlin. Il s’appelle Eric-Jan Hanussen. Personne ne sait vraiment d’où il vient. Il se murmure qu’il aurait débuté comme avaleur de sabre dans un cirque. Certains racontent qu’il aurait été voyant à Prague, d’autres qu’il serait un mystique illuminé ou la réincarnation de Raspoutine. Il possède sa carte et ses entrées au parti nazi et plus d’un dignitaire le consulte pour découvrir son avenir. Il a même prédit une ascension fulgurante à un petit moustachu hypernerveux, Adolf Hitler, qui, depuis, ne jure plus que par lui et le réclame souvent pour un oui ou pour un non.

Cependant Hanussen n’abandonne pas pour autant sa carrière. En plus de son cabinet de voyance, il assure un spectacle particulièrement couru à l’époque. Il est tête d’affiche à la Scala de Berlin où il reçoit des cachets importants pour ses représentations. Une de ses spécialités consiste à demander à un spectateur d’écrire une date sur une carte de visite et de la mettre dans une enveloppe cachetée. Sans l’ouvrir, simplement en la posant sur son front alors qu’il a les yeux bandés, Hanussen est capable de dire ce qui est écrit à l’intérieur et de raconter les évènements qui s’y rapportent.

Mais son activité ne s’arrête pas là. La nuit, dans son magnifique hôtel particulier, il organise des cours de « développement psychique » et d’éveil « érotique » de la Kundalini pour un public trié sur le volet. Entouré d’un bataillon de jolies filles et de valets très efféminés, il organise de véritables séances occultes de magie orgiaque pour des dignitaires nazis, des hommes politiques de haut niveau, des artistes, des industriels et des hommes d’affaires importants. Il est du dernier chic d’être invité la nuit pour développer sa sexualité chez le mage le plus célèbre de la capitale allemande.

De plus, il édite deux coûteuses revues d’occultisme vendues exclusivement par abonnement à une clientèle triée sur le volet, « Die Hanussen Zeitung » et « Die andere Welt », dans lesquelles il distille le début d'un enseignement qu’il convient de poursuivre par des séances privées aux coûts exorbitants bien sûr. A cette époque, Hitler était un de ses clients les plus assidus. Il avait été accroché le jour où le mage l’avait qualifié d’ « homme du Destin » et lui avait proposé de développer son charisme, son magnétisme et ses dons d’orateur. De là à imaginer Hitler sous influence, Hitler devenu la marionnette d’Hanussen, il n’y avait qu’un pas que Hess et surtout Goebbels franchirent allègrement. Ils chargèrent les services secrets de fouiller dans le passé du voyant et ce fut pour lui le début de la fin. On débusqua son ancien secrétaire particulier, un certain Ismet Dzino d’origine libanaise qui venait tout juste de se faire chasser d’Allemagne suite à diverses escroqueries. Contre une forte somme d’argent, il accepta de remettre un certain nombre de documents compromettants pour Hanussen. Un peu plus tard, ces informations commençaient à paraître au compte goutte dans l’Angriff, journal pro-nazi. Le grand mage Eric-Jan Hanussen portait un faux nom. En réalité, il s’appellait Herschel Steinschneider, nom à consonances juives évidentes. De plus, il avait déjà été inculpé à plusieurs reprises pour escroqueries, chantages et détournements de mineurs.

En réalité, la coqueluche du tout Berlin n’est qu’un vulgaire voyou multi-récidiviste ! D’autant plus que quelques jours plus tard, paraît dans le journal Berlin am Morgen, l’information selon laquelle son premier mariage aurait été célébré dans la synagogue de Ramburg en Tchécoslovaquie. C’est le scandale et le début de la disgrâce… Hitler commence à espacer ses visites, il ne faut plus lui parler de son voyant juif.

(Fin des extraits)

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Bonne lecture !

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15/12/2013

Opération Baucent (Chapitre 7/5ème partie)

Madame veuve Bougrain, la voisine de palier de Virginie, n’en revenait pas. C’était le troisième groupe d’individus qui s’intéressait à l’appartement d’en face. Grâce à son œilleton, elle n’avait rien raté du spectacle. Cette fois, c’était une sorte de cow-boy qui menait la danse. Sans aucun souci de discrétion, Furet n’avait pas hésité à se coiffer d’un magnifique stetson en croûte de cuir brune. Avec la chemise, le gilet et les santiags, il croyait avoir fière allure. A sa ceinture munie d’un gros fermoir de cuivre représentant un aigle royal ne lui manquait plus qu’un Colt Peacemaker de shérif pour qu’il se sente en plein western.

- Un covebois, pensa la voisine. Et le grand escogriffe à longs cheveux qui est avec lui, on dirait presque un Peau-Rouge.

Tardif aimait bien porter des tenues confortables, patinées et sans forme. Arsène se demandait même s’il ne couchait pas tout habillé, tellement ses vêtements étaient froissés, fripés, tirebouchonnés. Pour l’heure, on avait droit à une longue chemise sans col d’une couleur beige verdâtre qui pendait un peu comme une tunique au-dessus d’un pantalon pattes d’eph élimé aux genoux et effrangé en bas. Une paire de mocassins en piteux état lui servait de chaussons.

- Bizarre, remarqua Coco en sortant son appareil photo numérique, on dirait que la porte a été forcée…

- M’étonnerait qu’on soit les premiers sur le coup, ajouta Furet en poussant la porte.

Tardif se fendait de quelques photos au flash dans l’entrée de l’appartement quand la vieille d’en face ouvrit sa porte. Elle n’y tenait plus. Il fallait qu’elle sache…

- Vous êtes de la police, Messieurs ? Leur demanda-t-elle.

De son air ahuri habituel, le grand photographe l’observa de la tête aux pieds. Spectacle peu réjouissant. Une grosse tête ronde et ridée encadrée par deux bajoues, des cheveux clairsemés d’un gris-rose fort peu naturel roulés dans des bigoudis de plastique vert et un corps sans forme boudiné dans une robe de chambre à fleurs. Une paire de savates en tissu éponge bleu fluo complétait le tableau.

- Pas vraiment…, admit Coco.

- Ca y est, j’ai compris, reconnut finement la grosse dame. Vous êtes journalisses…

- Exact, madame, répondit l’autre en s’apprêtant à pénétrer plus avant dans l’appartement.

- Et de quel journal ? Demanda-t-elle.

- Si on vous le demande, vous direz que vous n’en savez rien…

Elle commençait à le saouler, la mère-grand.

- Me dîtes pas. Je crois que j’ai trouvé. Vous devez enquêter pour « L’Echo », lança-t-elle d’un air finaud. A voir votre tenue, vous êtes des locaux. En tous cas, vous êtes pas les premiers sur le coup !

- Y en a eu d’autres avant nous ?

- Oui, deux groupes. D’abord un homme et une jeune femme. Je crois bien les avoir reconnus : c’étaient le libraire du « Griffon d’or » et l’amie chinoise de Mademoiselle Virginie. Et puis deux costauds pas sympathiques du tout, un grand noir et un blanc. Je les ai jamais vus ces deux-là. Mais ils avaient l’air pas commode… C’est eux qu’ont défoncé la porte. Et ils ont emporté des choses…

- Quelles choses ? demanda le photographe.

- J’n’ai pas bien vu par l’œilleton, admit la grosse femme, j’avais trop peur pour ouvrir. Et puis ils s’engueulaient, ils se traitaient de « Banania », de « Face de bidet » et aussi de « Merdovitch ». Je n’ai pas bien compris pourquoi d’ailleurs… Vous allez faire un article sur la petite Virginie, c’est bien cela ?

Cette fois, c’est Furet qui vint à la rescousse de son copain. « Allez, laissez-nous faire notre travail, Madame ! »

- Je vous laisse, je vous laisse… Mais vous ne trouverez rien. C’est toujours comme cela quand on arrive les derniers.

Et ils entrèrent dans l’appartement non sans avoir subi quelques remarques aigrelettes sur l’illégalité de leur visite et sur le fait qu’ils risquaient de faire disparaître des indices importants si les lieux se transformaient en scène de crime par la grâce de la police. Les deux journalistes ne trouvèrent pas grand-chose à se mettre sous la dent, mis à part l’impression de pagaille et d’abandon d’un appartement dévasté. Visiblement, il y avait eu de l’action dans le vestibule et encore plus dans la chambre. Le lit était sans dessus dessous et le parquet inondé. Furet avait beau fouiner un peu partout, il ne trouvait rien jusqu’au moment où il regarda sous le lit et découvrit un bouquin ouvert et en piteux état. Il s’agissait du John Wesley Montgomery « Les voies secrètes de la puissance nazie ».

« Tiens, se demanda le Furet, qu’est-ce que fait un pareil bouquin dans cette bonbonnière de midinette romantique ? » et il l’enfourna dans une des poches de son gilet.

- Inutile de rester ici plus longtemps, décida-t-il. C’est pas avec ça qu’on va décrocher le scoupe du siècle.

- Attends, encore deux trois photos et je t’appâte le populo, moi !

Cabas de corde tressée à la main, la voisine ressortit au moment précis où ils se retrouvaient sur le palier.

- J’espère que vous vous êtes comportés de façon honnête, Messieurs. Ce n’est pas parce que la porte est cassée qu’il faut en profiter pour se servir…

- Vous n’y pensez pas. Dans notre profession, nous respectons un code de déontologie très sévère!

- Pourtant, il y en a qui se gênent pas, suggéra l’ancienne, surtout ceux de cette nuit…

- Parce que… vous avez vu quelque chose cette nuit ? l’interrogea le Furet d’un air très intéressé.

- Faut dire qu’avec le boucan qu’ils ont fait tous autant qu’ils étaient… soupira-t-elle. Ils pourchassaient la petite comme des sauvages. Ils sont rentrés chez elle d’un seul coup. Je crois bien qu’elle leur a ouvert la porte la nigaude. Il y a encore eu pas mal de barouf à l’intérieur…

- Et vous n’avez pas appelé la police ?

- Pourquoi faire ? Ils ne seraient pas venus.

Les deux hommes de presse régionale hochèrent la tête d’un air désapprobateur.

« Allez, je vois bien ce que vous vous dîtes. Mais j’aurais voulu vous voir à ma place. Je ne suis qu’une pauvre vieille. J’ai soixante douze ans, je suis cardiaque et diabétique. J’ai l’air costaud comme ça, mais une pichenette et je tombe par terre. Moi, derrière ma porte, c’est à peine si j’osais regarder tellement je crevais de trouille ! Surtout quand ils sont ressortis avec le tapis roulé sur l’épaule. Je suis sûre qu’ils avaient mis la Virginie dedans… »

- Et après leur départ, vous pouviez appeler quand même, reprit Arsène Furet, vous avez bien le téléphone ?

- Merci, mais ça me regarde pas tout ça. Des allées et venues, il y en a déjà eu plein chez cette fille. Moi, je ne veux pas d’histoire. Vous auriez vu comment il a défoncé la porte le grand africain, juste un coup d’épaule et boum, ça a sauté. Imaginez qu’ils en aient fait autant chez moi !

Furet et Tardif ne la quittèrent qu’après lui avoir soutiré une description approximative des deux kidnappeurs. Pour se remettre de leurs émotions, ils filèrent prendre l’apéritif au café du Commerce tout proche. Perroquet pour Coco, guignolet kirsch pour Arsène qui n’attaquait à la tequila qu’à partir de cinq heures.

(A SUIVRE)

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08:53 Publié dans Concept, Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

11/12/2013

Tartuffe au bordel (Alain Paucard)

Tartuffe au bordel .jpgUn charmant petit essai que ce « Tartuffe au bordel », rafraîchissant et marqué au coin du bon sens. Quelle sottise et quelle hypocrisie que de vouloir dans un premier temps interdire le racolage passif ou actif (on ne sait plus trop) pour ensuite s'en prendre au client et lui infliger une amende de 1500 euros, doublée en cas de récidive ! Chacun sait où mène ce genre d'interdiction... L'esprit libre, intelligent et un tantinet tonitruant du brave « Paucard de Paris », disciple du regretté Jean Dutourd, éminent membre du « Club des Ronchons », sait porter le fer là où il faut. Après le « Guide Paucard des filles de Paris », « Les criminels du béton », « Le cauchemar des vacances », « La crétinisation par la culture » et « Manuel de résistance à l'art contemporain », Paucard revient pour nous enchanter avec les productions décoiffantes de son esprit libre, indépendant et quasi anar. Quel plaisir de lire ce petit bijou fort bien ciselé. Un grand coup de vent du large à une époque où les libertés sont mises une à une à l'index et où les puritains, les donneurs de leçons et autres marchands de bonheur pullulent en pourrissant la vie de tout le monde avec leurs fausses bonnes intentions A noter une jolie couverture un brin désuète composée de cartes de visites de tenancières de maisons closes, salons de massage et autres lieux de rencontres qui firent la réputation de Paris avant qu'une certaine Marthe fasse fermer ces lieux et jette les filles sur le trottoir. Bravo au Dilletante d'avoir publié un tel texte !

5/5

Citations : « Quand Saint Louis voulut interdire complètement la prostitution, ses conseillers, religieux pour la plupart, le dissuadèrent d'entreprendre ce vain combat, car l'Eglise savait que la chair est faible et que le péché originel a rendu les rechutes inéluctables. »

(Jacques Le Goff)

« En leur défendant d'être nulle part, on les oblige à être partout. »

(René de Obaldia)

« Surcouf, corsaire français, prisonnier et apostrophé par un amiral anglais qui lui déclare : « Vous les Français, vous vous battez pour l'argent tandis que nous, c'est pour l'honneur » répond, superbe : « Chacun se bat pour ce qui lui manque. » De l'homme et de la femme, chacun se bat pour ce qui lui manque.

« Une littérature saine, intelligible, dont les mots restent dans un rapport fidèle avec les objets qu'ils désignent – et d'autre part une littérature viscérale, qui s'est donnée aux femmes et où le respect des mots, de leur valeur propre a fait place au culte du flou, du vague, de l'étrange. »

(Marcel Aymé)

« Il y a sans aucun doute pire que le strip-tease, le naturisme. L'homme nu, c'est l'esclave, c'est le prisonnier qu'on veut humilier, le questionné avant la torture. Dans les pratiques sadomasochistes, c'est le soumis qui est nu alors que le maître est vêtu. »

« Qu'est-ce qu'un puritain ? Gripari disait que c'est un mot-valise composé de pourri et de putain, ce dernier dans le sens figuré, celui de pute intellectuelle, prête à se vendre pour un prix littéraire ou une promotion dans son boulot. »

« Le monde n'est, d'âge en âge, qu'une grande conspiration de crétins malfaisants dont il faut à tout prix se démarquer. »

(Jean Dutourd)

« Il y a deux sortes de clients de prostituées : ceux qui vont les voir parce qu'ils n'ont pas de femme et ceux qui vont les voir parce qu'ils en ont une. »

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30/11/2013

Opération Baucent (Chapitre 7/4ème partie)

Dans les locaux encombrés de « L’Echo de la Plaine », le quotidien régional bien connu à Saint Aubin et dans les alentours, on prépare laborieusement l’édition du lendemain. Les uns tapent des articles sur leurs ordinateurs, d’autres trient des photos, d’autres encore s’entretiennent au téléphone avec leurs correspondants locaux. Le rédacteur en chef se démultiplie entre les différents services et donne l’impression d’une grande agitation à défaut d’une véritable efficacité. Arsène Furet, qui signe ses chroniques « Le Furet », est nonchalamment assis sur le rebord de son bureau. Avec son gilet de daim beige, sa chemise à carreaux, ses jeans et ses santiags, il cultive un style western un tantinet ringard. Un gobelet de café en plastique blanc à la main, Jacques Tardif, Coco pour les intimes et photographe pour le journal, le regarde de son air le plus endormi. Ca fait un sacré bail que ces deux-là font équipe. Ils savent bien qu’ils sont les bêtes noires de leur rédac' chef et que l’ancien chevillard qui fait office de patron ne les tolère que parce que ce grand escogriffe complètement ahuri de Tardif est le neveu d’un copain député qui a le bras long et qui lui a renvoyé l’ascenseur. Au journal, le Furet énerve pas mal, mais tout le monde lui reconnaît un réel talent de plume et la paternité de quelques articles qui ont autrefois dopé les ventes. Alors, on le supporte jusqu’au jour où on pourra s’en débarrasser, ce qui ne saurait tarder.

- Alors, les bras cassés, leur lance au passage le rédacteur en chef, on glande comme d’habitude.

- On cherche un sujet porteur, chef, répondit Arsène. Et ça court pas les rues.

- J’ai peut-être quelque chose pour vous. Une fille vient de disparaître cette nuit. L’info est sérieuse, je l’ai récupérée directement du commissariat.

- Bof, répondit Tardif, des filles qui fuguent ça arrive tous les jours.

- Oui, mais quand c’est la bonne amie de Paul Armen, c’est déjà plus rare. Alors au boulot, les Rouletabille, je vous ai mis tous les renseignements qu’on a dans ce dossier. Et il leur tendit une chemise rouge qui ne contenait qu’un seul feuillet avec nom, adresse, profession et trois infos gribouillées à la va vite…

(A SUIVRE)

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15/11/2013

Opération Baucent (Chapitre 7/3ème partie)

Le dernier étage de la Tour Europa, orgueilleux building de verre et d’acier, était occupé par « MPR », pour « Mental Power Ressources », une société spécialisée en conseil aux entreprises. Son PDG et principal actionnaire n’était autre que Paul Armen. Profil d’aigle, cheveux gris coupés en brosse ultracourte, cet homme de haute taille en imposait par l’impression d’autorité naturelle qu’il dégageait. Sur un polo Lacoste blanc, il portait un costume sombre de chez Armani et était chaussé d'une paire de Weston parfaitement cirées. Il tenait dans sa main la nouvelle merveille de chez Apple, un téléphone portable de toute dernière génération. Tel un ours en cage, il allait et venait, piétinant la moquette épaisse de son immense bureau… « Ah, les deux salopards, ils vont me le payer ! » se répétait-il mentalement. Il venait d’écouter et de réécouter l’incroyable message que Lerenard avait laissé sur son répondeur.

« Armen, salaud, on a ta poule. Va falloir que tu craches au bassinet si tu veux la revoir ! » Puis cet appel désespéré de Virginie : « Paul, au secours, à moi ! Ils m’ont kidnappée… Je suis… » Et aussitôt : « Ca va te coûter cher, mais avec le trésor que tu es sur le point de découvrir, tu pourras banquer… »

Paul n’arrivait pas à se calmer. Il avait une très vague idée d'où pouvait venir le coup. Il se rappelait que deux pieds nickelés, un gros un peu demeuré et un maigre au regard mauvais, avaient réussi à s’infiltrer lors de l’avant dernier convent de son ordre. Mais ils avaient été vite repérés et aussitôt jetés dehors. Comment étaient-ils au courant pour le trésor ? Plus il y réfléchissait et plus il lui semblait que ces deux types ou d’autres - il ne manquait pas d’ennemis- devaient travailler pour une organisation qu’il allait falloir contrer au plus vite. Il appuya sur une touche de l’interphone.

« Mademoiselle, appelez-moi Babacar et Davidovitch. Je veux les voir immédiatement dans mon bureau ! » L’ordre ne souffrait pas la moindre objection. Armen savait se faire obéir. A peine une minute plus tard, les deux costauds qui s’étaient illustrés la veille à la librairie du « Griffon d’or » se tenaient, humbles et silencieux, devant leur boss.

- Messieurs, commença Armen en se calant dans son immense fauteuil de cuir noir, il y a des rigolos qui essaient de me faire chanter. Des guignols qu’il va falloir corriger de belle manière…

- Dîtes-nous qui c’est patron, dit Babacar et on va illico leur faire leur fête !

- C’est pas si simple. Pour l’instant, je n’ai qu’une très vague idée. Ils ont certainement enlevé Melle Virginie et j’attends qu’ils me recontactent. Pour commencer, vous filez à son appartement et vous tâchez de ramener quelque chose qui vous mettra sur leur piste.

Peu après, les deux nervis se retrouvèrent donc à l’endroit où Lee Ling et Gérard s’étaient cassés les dents. Ils tambourinèrent bruyamment dans la porte. La voisine de palier les épiait sans doute par son œilleton, mais se garda bien d’intervenir. Ces deux-là n’avaient pas l’air commode et la vieille était cancanière, envieuse et râleuse mais pas téméraire. D’un coup d’épaule, Babacar explosa le chambranle de la porte. Ils se précipitèrent à l’intérieur. Il avait dû s’en passer de belles là-dedans. Dans la chambre, où il régnait le plus grand désordre, on pataugeait dans l’eau. « Tiens, remarqua Davidovitch, on dirait le sac à main de Mademoiselle Virginie… »

- Oui, répondit l’autre. Ca, c’est son portable et regarde, on dirait bien qu’il y a aussi toutes ses affaires éparpillées un peu partout.

- On embarque le tout, décréta l’Africain. Le patron va être content. On est sur une piste encore toute chaude. Ils devaient être là, il n’y a pas si longtemps…

- T’emballe pas Banania, lui lança Davidovitch goguenard, ils sont peut-être n’importe où maintenant !

- Tu m’appelles pas Banania, connard de facho de serbe ! s’énerva le noir. Tu dis Babacar ou à la rigueur Baba, enfoiré de Merdovitch sinon je t’éclate ta sale face de bidet…

- C’est d’accord, Balouba, répondit l’autre.

(A SUIVRE)

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29/10/2013

Opération Baucent (Chapitre 7/2ème partie)

10 heures. Virginie n’était pas arrivée. Ce n’était pas son genre d’être absente sans prévenir. Il l’appela sur son portable. Aucune réponse. Il n’était pas ouvert. Cela non plus n’était pas habituel. Virginie ne quittait jamais son petit appareil et le laissait allumé quasiment en permanence. Qu’avait-il pu lui arriver ? Gérard espérait encore la voir se présenter quand Lee Ling entra dans la librairie.

- Bonjour Gérard, lui dit-elle. Je passe en coup de vent chez toi. Je cherche Virginie… Est-ce qu’elle est là ?

- Non et je commence à être inquiet, répondit le libraire.

La belle étudiante asiatique resta un moment à le fixer d’un regard si affolé qu’il communiquait sa panique à son interlocuteur.

« C’est vraiment bizarre, reprit-elle, je l’ai appelée hier soir assez tard… Tiens, je revenais du cours de Monsieur Florian auquel elle n’a d’ailleurs pas assisté, ce qui était déjà bizarre vu qu’il n’y a pas étudiante plus assidue qu’elle. Pas de réponse. Et ce matin, rien non plus. Alors j’ai couru jusque ici, espérant la trouver à son poste… »

- Et moi non plus, je ne suis pas arrivé à la joindre, ajouta Gérard.

- Il faut faire quelque chose. Il a dû lui arriver malheur, ce n’est pas possible.

- Elle a peut-être eu une panne d’oreiller, tenta de plaisanter le libraire.

- C’est pas drôle, Gérard, le réprimanda Lee Ling. Il a pu lui arriver quelque chose de terrible. Il faut prévenir la police tout de suite !

Le libraire n’était pas de cet avis, mais il comprenait parfaitement l’inquiétude de la jeune fille. D’un geste paternel, il passa son bras autour de ses frêles épaules en lui disant : « Tu sais ce qu’on va faire, Lee Ling ? On ne va pas céder à la panique. On va procéder par ordre. Les flics, pourquoi pas, mais pas tout de suite. La chose la plus urgente serait d’aller voir chez elle et si tu n’y vois pas d’inconvénient, c’est ce qu’on va faire. Après, on prendra une décision ! »

Lee se sentit presque rassurée. De son ami, se dégageaient une force, une assurance et une détermination sur lesquelles elle allait pouvoir compter. Elle se sentait un peu rassérénée de sentir cette présence amicale et peut-être un peu plus. « Tu comprends, Gérard, Virginie, c’est ma meilleure amie. Elle compte beaucoup pour moi. Je l’aime énormément… » lui avoua-t-elle.

Un quart d’heure plus tard, ils tambourinaient à la porte de l’appartement de Virginie. Personne ne répondit. Seul résultat de cette agitation : une vieille dame ouvrit sa porte…

- Vous en faîtes un raffut ! s’exclama-t-elle.

- C'est-à-dire que nous cherchons notre amie, répondit Lee Ling. Nous sommes très inquiets. Elle ne répond plus au téléphone et elle n’a pas l’air d’être chez elle…

- Avec tout ce qui s’est passé cette nuit, c’est pas étonnant, lança la vieille d’un air futé juste avant de leur claquer sa porte au nez.

Gérard se précipita : « Madame, Madame, ouvrez ! Qu’est ce qui s’est passé cette nuit ? Répondez-nous… »

Mais il eut beau tambouriner, l’autre ne voulut jamais ouvrir. Elle se contenta de leur dire à travers la porte : « Allez-vous en ! Je ne vous en dirai pas plus… »

- Où est-elle ? Qu’est-ce que vous savez réellement ? demanda Desbarres en s’énervant sur la porte.

- Je ne sais rien du tout, répondit-elle. J’ai rien vu, rien entendu, là ! Fichez le camp, sinon j’appelle la police !

La mort dans l’âme, Lee Ling et Gérard durent s’exécuter. Ils allèrent immédiatement signaler la disparition au commissariat de police le plus proche et furent reçu par un jeune fonctionnaire blasé qui nota leurs déclarations sur le registre de la main-courante et crut les rassurer en leur disant qu’il y avait chaque année des dizaines de milliers de gens qui ne réapparaissaient plus mais qu’on en retrouvait beaucoup surtout quand ils réintégraient de leur plein gré leur domicile à leur retour de fugue…

(A SUIVRE)

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15/10/2013

Opération Baucent (Chapitre 7/1ère partie)

Le lendemain matin, quand Gérard Desbarres rouvrit sa librairie, le cœur n’y était plus. Il faut dire qu’il avait passé la nuit sans arriver à trouver le sommeil. Une foule de questions trottaient encore dans sa tête. « Vendrait-il ? Ne vendrait-il pas ? Pourquoi ces gens s’intéressaient-ils soudain à sa petite affaire ? » Ca ne pouvait que cacher des choses bizarres et sans doute malhonnêtes. De toutes les façons, il ne pouvait que prendre au sérieux les menaces des affreux d’hier après-midi. Il avait donc fini par se résoudre à demander à son notaire de rédiger un acte de vente et d’organiser dans les plus brefs délais une signature avec Madame Conan. Comme il avait une totale confiance dans l’homme de loi, il s’en remettrait complètement à lui. Il le chargerait de négocier avec la partie adverse et lui notifierait qu’il souhaitait ne plus avoir aucun contact avec cette personne ni avec ses représentants. Il se contenterait juste de venir apposer sa signature quand tout serait réglé…

Et pourtant il ne put empêcher son esprit de gamberger toute la nuit. Il faisait des rapprochements avec les visites nocturnes et le cambriolage de la librairie. Et soudain, alors qu’il ne s’y attendait pas, quelques-uns des livres disparus des rayons lui apparurent comme une évidence. Il savait ou plutôt, il se doutait qu’il en manquait un certain nombre et soudain, là, au fond de son lit, tout devenait clair. Le Montgomery sur les secrets de la puissance nazie avait disparu. De même, une très rare version de l’Heptamicron n’était plus dans les rayons. Il n’avait pas revu non plus « Le livre des morts » tibétain et les deux « Albert », vénérables livres de magie s’il en fut. En apparence, les rayons semblaient ne contenir qu’un vaste fouillis dans lequel on pouvait puiser sans que le maître des lieux se rendît compte de ce qui manquait. En réalité, Desbarres connaissait parfaitement son fonds. Il rangeait les livres, les classait et les reclassait surtout depuis l’amicale visite de la veille. Ses yeux regardaient les couvertures, son inconscient enregistrait et soudain, bien après qu’il se soit posé la question, une grande partie de ce qui avait été dérobé réapparaissait.

Tout cela était relativement inquiétant. D’autant plus, qu’en arrivant, il avait trouvé la porte de la librairie ouverte alors qu’il était sûr de l’avoir fermée à clé en partant. Même chose pour la porte de la cave… Décidément, ils ne se gênaient plus du tout ! Ils avaient laissé allumée la lumière de l’escalier comme s’ils avaient voulu lui signifier qu’à partir de maintenant ils feraient ce qu’ils voudraient. Au « Griffon d’or », ces messieurs se sentaient déjà comme chez eux…

Gérard Desbarres passa le début de la matinée à ranger un peu dans les rayons et à mettre de côté un certain nombre de livres qui lui semblaient capitaux. Peu nombreux étaient les livres dont il refusait de se séparer, mais il y en avait et il ne les laisserait pas partir. Il vendait les murs. Les autres exigeraient sans doute le stock. Ils auraient ce qu’il voudrait bien leur laisser. Après tout, une quinzaine de livres de plus ou de moins, quelle différence ? D’autant plus qu’ils s’étaient servis, les autres et qu’ils continuaient à le faire sans demander la moindre permission… Alors pourquoi se gêner ?

(A SUIVRE)

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30/09/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 6/4)

Ils se précipitèrent vers les toilettes, tambourinèrent dans la porte. Pas de réponse. D’un coup d’épaule, Loup la défonça. Virginie avait grimpé sur la cuvette, ouvert un petit vasistas en hauteur et essayait vainement de s’enfuir par cette improbable issue située à quatre étages du sol.

- Elle a le diable au corps cette meuf ! s’écria Renard qui s’accrocha à ses jambes et réussit à la ramener sur le carrelage des WC.

Loup l’attira à lui et l’assomma d’un coup de poing derrière la nuque : « Si je n’étais pas là… » soupira-t-il. Et ils la gratifièrent à nouveau d’entraves aux poignets et de ruban adhésif sur le museau avant de complètement l'enrouler dans le tapis du vestibule. Loup la plaça sur son épaule comme un vulgaire paquet de linge sale. Sans plus attendre, ils quittèrent l’appartement, descendirent l’escalier et s’engouffrèrent dans la camionnette.

« Quand même, tu aurais pu choisir plus discret, se plaignit Renard. »

- J’aurais voulu t’y voir, gros malin, répondit le costaud. J’ai pris ce que j’ai trouvé et la prochaine fois, quand ce sera ton tour de piquer une caisse, on verra ce que tu ramèneras !

(A Suivre)

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15/09/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 6/3)

Il marchait le long des trottoirs en examinant les voitures garées. De temps à autre, il essayait d’ouvrir les portières de divers camions et fourgons en stationnement, mais en vain. On n’était pas au cinéma, ici personne ne laissait son véhicule ouvert la nuit. De toutes les façons, Loup aurait été incapable de démarrer quoi que ce soit en trafiquant des fils sous un tableau de bord. Il regarda sa montre : trois heures moins le quart, il fallait faire vite. S’ils traînaient trop, ils allaient se retrouver avec les premiers travailleurs de l’aube, les éboueurs, les laveurs de carreaux, les balayeurs municipaux, les premières équipes de nettoyage ou d’entretien d’hôtels, d’entreprises ou de bureaux et puis ensuite toute la masse d’ouvriers et d’employés qui encombreraient chaussées, trains et autobus.

Dans une rue adjacente au boulevard Victor Hugo, il remarqua trois hommes qui se quittaient bruyamment. Manifestement ils avaient fêté un joyeux évènement à coups de copieuses libations. L’un d’eux s’engagea en zigzagant sur le boulevard, le second partit en sens contraire et tourna dans une rue voisine alors que le troisième refermait une porte d’immeuble après leur avoir fait de grands signes d’adieu. Pourquoi Loup se mit-il à suivre de loin celui qui s’enfonçait dans la rue et non celui de l’avenue ? Il n’aurait su le dire. Un coup de poker sans doute ou alors la facilité. Le gars avait l’air encore plus saoul que l’autre. Non seulement il zigzaguait dangereusement, mais encore il s’accrochait aux réverbères, percutait au passage des poubelles qui ne lui avaient rien fait. Il braillait même un air connu : « A la Bastille on aime bien Nini Peau d’chien, elle est si belle et si gentille. On aime bien qui ça ? Nini Peau d’chien, où ça ? A la Bastiiille… »

Loup se maintenait à distance. La rengaine lui tournait dans la tête. Il commençait même à se la répéter mentalement quand il vit l’autre s’appuyer contre une fourgonnette beige. La tête devait lui tourner et le sol tanguer sous ses pieds car il mit un temps fou pour trouver ses clés. Le costaud s’apprêtait à s’avancer vers lui quand l’autre déboutonna sa braguette, sortit son engin en pleine rue et se mit à uriner sur une poubelle qui se trouvait à proximité. Et il chantonnait encore : « Chevaliers de la Table ronde, goûtons voir si le vin est bon… » Il n’était pas bien grand, la cinquantaine bedonnante, le crâne chauve, la moustache et l’air bonhomme de l’artisan en salopette bleue. La porte de la camionnette enfin ouverte, il s’apprêtait à s’installer au volant quand il sentit une grande brute l’attraper par le paletot et lui asséner un coup de poing capable d’assommer un bœuf. Il tomba sur les genoux en émettant un « Pfft » bizarre. Son trousseau de clés tomba à terre. Loup le ramassa et commença à fouiller dedans pour trouver celle qui correspondait au démarreur. Cela lui prit un peu de temps avant de trouver la bonne. Enfin, il engagea la clé dans le contact et la tourna. Le moteur lança quelques crachotements et éternuements poussifs. Décidément, il n’avait pas tiré le bon numéro. Cette vieille charrette marquée : « Gaétan Lemarchal artisan menuisier ébéniste, travail soigné en atelier et à domicile » se faisait prier pour démarrer. Cela énerva Loup. D’autant plus que le menuisier se relevait déjà en titubant et en braillant d’une voix grasseyante : « Non, mais, jeune homme, vous ne manquez pas de culot ! Ceci est MON véhicule et je ne vous permets pas… »

Manifestement les vapeurs alcooliques avaient atténué les effets du coup sur la caboche. Pourtant, il n’eut pas le temps d’achever sa phrase. Le poing monstrueux de Loup le percuta à la tempe et, cette fois, il profita vraiment de trente six mille chandelles multicolores. Enfin le moteur daigna ronronner. L’autre, étalé de tout son long sur les pavés de la chaussée, gênait pour la manœuvre de sortie de stationnement du véhicule. Passablement énervé, Loup sortit du fourgon, ouvrit la porte latérale coulissante, attrapa l’artisan inanimé par les brides de sa salopette et le balança à l’intérieur non sans que sa tête ne percute un montant de la carrosserie…

Pendant ce temps, Virginie se tortillait sur le lit et Renard ne savait pas comment la calmer. Elle voulait sans doute quelque chose, mais quoi ? Pour le savoir, il aurait fallu lui ôter le bâillon qui était collé sur sa bouche. Il n’arrivait pas à s’y résoudre, il avait trop peur qu’elle ne se mette à hurler et à réveiller tout l’immeuble. Il y avait plus pressé. Il récupéra le téléphone portable de Virginie, l’alluma, commença à chercher dans le répertoire et finit par trouver le numéro de Paul Armen. Il appela, mais personne ne répondit. A la cinquième sonnerie, l’appareil bascula sur le répondeur. Renard resta un moment à se demander s’il allait dire quelque chose ou rester muet. Il hésita avant de se lancer : « Armen, salaud, on a ta poule. Va falloir que tu craches au bassinet si tu veux la revoir ! » Il se demanda s’il avait été convaincant et il n’en était pas du tout persuadé. Mais il lui vint une idée en regardant Virginie qui se tortillait comme un ver de terre. « Armen ! On va te faire entendre ta poule, comme ça tu ne nous prendras pas pour des charlots… » Il arracha d’un coup sec le gros morceau de ruban adhésif gris qui recouvrait la bouche de sa victime et il lui tendit l’appareil. Larmes et cris s’échappèrent aussitôt : « Paul, au secours, à moi… Sauve-moi ! Ils m’ont kidnappée… Je suis… » Immédiatement Renard eut le réflexe de lui fermer la bouche de la main tout en concluant : « Voilà, tu en as assez entendu, Armen. On la tient. Ca va te coûter cher, mais avec le trésor que tu es sur le point de découvrir, tu pourras banquer… Attends nos instructions ! » Et il raccrocha. En même temps, il dut retirer sa main car il sentait les dents de Valérie s’enfoncer dans sa chair.

- Arrête, salope ! s’exclama-t-il. Mais qu’est ce que t’as donc ?

- Je ne peux plus me retenir, je vais faire dans ma culotte, avoua-t-elle piteusement.

- Bon, je te détache et je t’accompagne aux waters. Gare à toi si tu essaies de m’entourlouper.

C’est à ce moment qu’il entendit le signal convenu frappé à la porte. Trois coups rapides et deux lents. Il alla ouvrir…

- Ca y est, j’ai la fourgonnette, lança Loup d’un air soulagé.

- Elle est blanche ?

- Presque.

- Décidément tu ne fais jamais ce qu’on te dit, tête de mule !

- Et toi, qu’est-ce que tu as fabriqué avec la gamine ?

- Elle est en train de faire ses besoins… Mais on dirait que…

A SUIVRE

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01/08/2013

OPERATION BAUCENT (Chapitre 5)

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CHAPITRE V

 

 

Parallèle à la rue des Blancs-Manteaux, celle des Bouchers comporte également un petit immeuble parmi les plus anciens de la ville. On y pénètre par un porche délabré qui donne sur une cour pavée, glissante de mousse verdâtre et encombrée de déchets divers, remorques cassées, vélos ou mobylettes hors d’usage. Les rares habitants de la bâtisse, un couple de retraités, une famille maghrébine et deux vieilles dames presque impotentes se contentent habituellement de passer directement de la rue dans l’escalier sans jamais aller dans cette fosse humide et peu accueillante.

Cette nuit-là, sept individus s’y glissèrent en toute discrétion. Disposant d’une clé, le premier ouvrit la porte de la cave dissimulée derrière un tas de gravats et tous s’engouffrèrent dans un escalier voûté qui semblait mener à un souterrain ou à des catacombes. Lampes frontales et torches électriques dégageaient des flaques de lumière qui révélèrent assez vite une grande salle octogonale aux murs de pierres humides et verdâtres. L’obscurité la plus épaisse, le silence le plus complet pouvait laisser penser que cette crypte et ce souterrain gisaient à des centaines de mètres de profondeur sous une pyramide égyptienne ou sous des mégalithes perdus dans un lointain désert. En fait, les sept ombres étaient réunies en pleine ville, dans son quartier le plus ancien, bien sûr, mais à quelques pas du « Griffon d’or ». Le grand individu qui avait ouvert la voie et qui semblait faire office de chef ordonna aux autres de mettre leurs masques. Quatre grandes torches furent allumées et accrochées aux murs, dégageant suffisamment de lumière pour que chaque participant puisse distinguer les autres. Ils avaient ôté manteaux, vestes ou blousons de ville pour revêtir chacun une large cape blanche marquée par une grande croix rouge sur le côté gauche. Personne ne se parlait. Une impression de solennité étrange régnait dans cette cave…

« Pauvres Chevaliers du Temple et du Gwaal, moi Arménius votre Grand Maître, déclare ouverte notre tenue d’admission... Formons le cercle sacré et invoquons Gwaal… »

Arménius parlait d’une voix grave et profonde. Il avait prononcé quelque chose entre : « Graal » ou « Baal » d’une façon si bizarre qu’il était presque impossible de les distinguer. Cela ne devait pas choquer les participants qui se mirent à bourdonner une sorte de « Oooommm » d’abord sans presque ouvrir les lèvres puis allant crescendo. Le mantra bouddhique gronda ouvertement un long moment avant de s’interrompre brusquement.

« Que le grand souverain de l’Univers, le clément et le miséricordieux nous illumine de sa Lumière ! » lança Arménius.

« Que les merveilles de la Connaissance nous éclairent ! » entonna d’une seule voix l’assistance.

« Que la puissance de la Lumière soit notre force ! » ajouta le Grand Prêtre.

« Que Lucifer soit avec nous ! » répondirent les participants d’une voix forte.

« Que l’épée et le Gwaal nous reviennent ! »

« Et que la force soit avec vous ! »

Le silence revint. Les sept individus vêtus de blanc formaient un cercle, ils se tenaient par la main et avaient senti l’énergie monter en eux au fil de cette étrange prière. A la fin, ils criaient presque en levant les bras en l’air.

Venue on ne sait d’où, une délicate musique bretonne mêlant harpe et flûte se répandit doucement dans la cave. Les participants se mirent à se déplacer de côté et d’autre, se tenant toujours par la main, balançant les bras, un pas à gauche, deux à droite dans une sorte d’an-dro un peu lent. Puis tout s’arrêta. Le cérémonial semblait réglé comme du papier à musique. Les mains se séparèrent, chacun recula de deux grands pas en arrière et se retrouva devant une sorte de rondin faisant office de tabouret. Seul Arménius bénéficiait d’un véritable siège de bois sombre, une sorte de trône ouvragé, une cathèdre avec marche pied et accoudoir. Il s’y installa solennellement avant de déclarer :

« Plie-toi en deux, tu resteras entier,

Incurve-toi et tu seras redressé,

Sois vide afin d’être rempli,

Usé, tu seras rajeuni,

Possède peu, ce peu fructifiera,

Accumule beaucoup, ce beaucoup se perdra. »

Il se fit un grand silence puis un coup de gong suivi d’un long « Ooom padme ooom » avant qu’Arménius ne reprenne la parole dans un silence recueilli : « Mes frères, mes amis, pauvres Chevaliers du Temple et du Gwaal, nous voici réunis en tenue tout à fait extraordinaire car nous allons aujourd’hui introniser un nouveau frère. Si l’un d’entre nous y voit quelque inconvénient qu’il se lève et parle sans peur ni contrainte car ensuite il sera trop tard, il lui faudra se taire définitivement. »

Une voix féminine se fit entendre : « Espérons, Grand Maître, que ce ne sera pas un cas comme les deux personnages qui ont troublé notre précédent chapitre… »

- Ces deux individus, personnages louches, peut-être dangereux et sûrement envoyés par nos ennemis - et le Puissant sait combien ils sont nombreux- s’étaient introduits parmi nous d’une façon pernicieuse. Ils avaient honteusement trompé notre vigilance. Sachez mes frères et mes sœurs, que même s’ils ont réussi à fuir, nous les retrouverons et nous leur ferons rapidement oublier ce qu’ils ont pu découvrir à notre sujet.

- Il me semble que ce lieu de réunion n’est plus très sûr, fit une grosse voix masculine avec une pointe d’accent africain. Ne pourrions-nous pas tenir nos convents ailleurs ou communiquer autrement ?

- Nous y songeons, mon frère, nous y songeons. D’ailleurs, tout à l’heure nous nous disperserons un par un et par deux issues différentes.

Il y eut comme un soupir de soulagement dans le cercle et Arménius reprit : « Donc pas d’objection à cette intronisation… Le frère qui va paraître devant vous a un grand désir de nous rejoindre et il a déjà apporté plusieurs preuves de sa loyauté et de sa bonne foi. Depuis 48 heures maintenant, il attend enfermé dans une cave voisine, dans l’obscurité la plus totale avec une cruche d’eau pour seule boisson et un quignon de pain pour seule nourriture. Dois-je le faire entrer ? »

- Qu’il se présente, Grand-maître, répondirent les autres d’une seule voix.

Sur un signe de tête d'Arménius, le templier à la peau noire quitta le cercle et revint quelques instant plus tard en guidant un homme qui arriva avec un bandeau sur les yeux.

- Qui donc êtes-vous pour vous présenter ainsi parmi nous ? commença Arménius.

« Je me nomme Nogaro Eric et suis habitant de Villedieu le haut », répondit l’impétrant.

- Pourquoi vous présentez-vous dans ce cercle ?

- Je désire être un des vôtres, ô Grand Maître… Si vous m’accueillez dans votre maison, je promets d’être fidèle, discret et obéissant jusqu’à la mort…

- Ne croyez pas que vous allez entrer dans notre fraternité pour y recueillir honneur, argent, plaisirs et récompenses. Attendez-vous plutôt à n’y trouver qu’ingratitude, souffrance et tourments. Vous étiez homme libre, vous allez devenir serviteur. On vous demandera de faire ce qui peut-être ne vous plaira pas. Mais comme vous nous devez obéissance, il faudra vous y résoudre. Voulez-vous toujours être introduit parmi nous ?

- Je le veux, Grand Maître, je le veux.

- Tout ce que vous entendrez, tout ce que vous verrez, tout ce que vous apprendrez devra rester secret. Même à votre épouse, à vos enfants, à vos proches, vous ne pourrez absolument rien raconter. Si vous enfreigniez cette règle sacrée, non seulement vous seriez rejeté immédiatement dans les ténèbres extérieures, mais encore votre vie ne vaudrait plus grand-chose car notre règle punit de mort celui qui la viole. Sachant cela, voulez-vous toujours être introduit parmi nous ?

- Je le veux, Grand-maître, je le veux.

- Et vous mes frères, acceptez-vous d’accueillir Eric ici présent, de le considérer comme votre frère, de lui demander aide, accueil et protection si vous en avez besoin et d’agir de même vis-à-vis de lui le cas échéant 

- Nous le voulons ! braillèrent les tuniques blanches.

- Dans ce cas, que la Lumière l’illumine ! annonça solennellement Arménius.

Le templier noir dénoua le bandeau des yeux de Nogaro qui se retrouva ébloui puis appuya fortement sur son épaule pour l’amener à mettre un genou en terre.

« L’impétrant Nogaro Eric, ici présent, a répondu de façon satisfaisante à nos questions. Si un des frères a quelque chose a dire qu’il parle. S’il n'a rien à dire, qu’il se taise à jamais ! »

Silence dans le cercle. Le Grand Maître quitta son trône et avança vers l’homme agenouillé. Il prit une épée, plaça le plat de la lame ainsi que sa main sur le crâne du postulant puis effleura chacune de ses deux épaules avant de planter l’épée juste devant lui, dans le sol de terre battue. Puis il prononça ces paroles un peu étranges : « Par Gwaal le puissant, Bouddha le très sage et Allah le très miséricordieux, je te fais chevalier du Temple. Montre-toi digne de cet honneur. » Et il lui tendit la main pour l’aider à se relever avant de lui donner l’accolade. Un autre templier lui présenta un minuscule bouclier rond qui, retourné, aurait eu l’aspect d’une sorte de grosse coupe ou même d’un saladier. Nogaro le mit à son bras. Un second lui apporta la grande cape blanche à croix rouge et l’aida à s’en revêtir. Et finalement un troisième termina l’étrange adoubement en lui plaçant un loup de velours noir sur le visage.

- Maintenant que vous voilà chevalier de premier grade, vous pouvez rejoindre notre cercle, conclut Arménius.

Et le cérémonial reprit avec les séries de « Ooom », les invocations au Gwaal ou au Bwaal, les lectures plus ou moins mystiques, la remise en cercle et l’an-dro guilleret du début.

Au bout d’environ un heure, chacun quitta la cave dans la plus grande discrétion. Les uns se dirigèrent un vers la cour de la rue des Bouchers et les autres remontèrent par la cave du « Griffon d’or » et la rue des Blancs-Manteaux. Il faisait nuit noire, les deux rues étaient vides. Personne ne remarqua l’étrange ballet de ses ombres qui disparaissaient une à une.

(A SUIVRE)

09:13 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)